Vous êtes-vous déjà amusé à éprouver attentivement ce qu’un léger début d’ivresse provoque dans votre esprit ?

Un verre dégusté en pleine conscience
Un verre dégusté en pleine conscience © Maxppp / Alexandre MARCHI

Cette semaine, en pensant au sujet de ce matin, j’ai pris le temps de déguster un petit verre de vin en pleine conscience. Eh oui, puisqu’il faut aujourd’hui parler de nos vices, je dois reconnaître que je préfère de très loin le vin au cannabis. Je fais pourtant partie de la génération des étudiants post-soixante-huitards qui a découvert le hasch' et qui l’a largement célébré et consommé. Mais je n’ai jamais vraiment aimé tout ce qui est associé au cannabis : devoir le fumer avec du tabac, beurk ; passer par des circuits d’approvisionnement souvent glauques et tristes… Donc, après avoir un peu essayé quand j’étais étudiant, parce que c’était la mode, j’ai vite préféré l’alcool…

Oui, j’aime boire de l’alcool, mais attention, en pleine conscience et avec le cerveau aux aguets ! J’apprécie le début, le tout début des effets de l’alcool, le commencement de l’ivresse. Pas quand ça va trop loin, pas jusqu’au moment où on se met à beugler, de joie ou de tristesse, comme ce bon Claude Nougaro…

♫ "Je suis sous sous sous sous ton balcon
Comme Roméo ho ! ho ! Marie Christine
Je reviens comme l'assassin sur les lieux de son crime
Mais notre amour n'est pas mort, dis moi que non
Depuis que l'on s'est quittés
Je te jure que j'ai bien changé
Tu ne me reconnaîtrais plus
Et d'abord je ne bois plus
Je suis ron ron ron rongé d'remords
J'suis un salaud ho! ho! Marie Christine
Je t'en prie, encore une fois montre toi magnanime
Donne moi une chance encore, dis, recommençons" ♪

Non, à ce stade c’est déjà trop tard pour l’introspection et la vie intérieure, et ce n’est plus du tout drôle, ni pour soi ni pour les autres.

Ce qui est passionnant par contre, ce sont les débuts, les tout premiers stades, lorsque l’on perçoit que notre vision du monde change sous l’effet de ce que l’on boit (ou de ce que l’on fume). Passionnant d’observer ce qui se passe alors dans nos esprits : apaisement et légère euphorie, recul et relativisation de nos soucis, réceptivité, sentiment d’amitié avec le monde et de fraternité avec les autres humains.

Passionnant aussi de tirer des leçons à partir de l’observation de nos cerveaux très légèrement sous l’emprise de l’alcool, et de nous demander si, finalement, nous ne serions pas capables de vivre de telles expériences existentielles sans recours à des substances ?

Des débuts d’ivresses sans alcool, des petits vols planés sans cannabis ? Des étourdissements subtils devant la vie, le monde, le soleil qui se lève ou qui se couche, l’océan, les montagnes, un soir d’été, un ciel d’hiver, la lune ou les étoiles… En vérité, je vous le dis, mes amis : c’est possible ! Et pas si compliqué : il faut juste un peu s’entraîner, s’arrêter à temps, au tout début, et observer ce qui se passe en nous, avant de reprendre le verre ou le joint de trop, qui vont nous embrumer au lieu de nous éveiller.

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