Et vous, c’était quand votre dernière grosse entrecôte saignante ?

Entrecote
Entrecote © Getty / Francesco Perre / EyeEm

« Christophe, que vous inspire le sujet de ce mardi ? »

Notre sujet me fait penser à l’empreinte précoce du saucisson et des œufs mayo sur nos cerveaux.

Eh oui, nous sommes tous marqués par les influences précoces de ce que nous avons vu, vécu, regardé dans nos jeunes années. Avoir grandi à la ville ou à la campagne, avoir eu une enfance facile ou difficile, tout cela pèse beaucoup sur nos automatismes et nos réflexes psychologiques, une fois que nous sommes devenus adultes.

Et cela vaut aussi pour ce que nous avons mangé dans notre passé

Quand, comme moi et bien d’autres, on a savouré de délicieuses tranches de saucisson une fois arrivé au sommet des montagnes, qu’on les a partagées avec ses compagnons d’escalade, en contemplant le paysage majestueux des cimes… Quand, comme moi et bien d’autres, on a dégusté chaque hiver de savoureuses tranches de foie gras lors des fêtes avec ses proches… Alors, on est abominablement conditionné, et c’est très difficile d’y renoncer.

Je m’y efforce, bien sûr, car je pense que le végétarisme, à défaut du véganisme, est bel et bien l’avenir de l’humain et de la planète.

Mon cerveau en est convaincu, mais mon corps l’est moins

Alors, je fais des efforts pour être cohérent. Par exemple, je n’achète plus de viande, je m’efforce de ne plus en faire entrer chez moi, comme un alcoolique s’efforce de ne plus avoir d’alcool sous son toit.

Mais dès que je suis invité chez des amis, et qu’il y a du saucisson à l’apéritif, ou de la daube à dîner, je craque. Lâchement, je me dis qu’il ne faut pas les vexer, et manger poliment tout ce qu’ils m’ont préparé ; mais en fait, je m’en délecte, c’est irrésistible, addictif…

♫ « Mangez-moi! Mangez-moi! Mangez-moi! (x2)

C'est la chant du psylo qui supplie
Qui joue avec les âmes
Et ouvre les volets de la perception… » ♪

C’est clair, je fais partie d’une génération de transition, une génération perdue, marquée par l’empreinte précoce de la viande, une génération qui salive à la vue d’un saucisson, une génération pour qui les odeurs de barbecue sont savoureuses et font penser aux vacances, à l’été et au vin rosé.

Mais une génération méritante, aussi !

Par exemple, ma plus jeune fille, exposée depuis des années à des vidéos montrant des animaux d’abattoirs maltraités, est végétarienne sans efforts majeurs, c’est naturel pour elle de repousser tout plat contenant de la viande, même chez des amis, même au restaurant.

Par contre, pour moi et la plupart des gens de mon âge, ce sera toujours un effort. Bien sûr, le côté agréable, c’est que nos efforts peuvent toujours s’avérer plus puissants et intelligents que nos réflexes, nos automatismes, nos conditionnements. Mais ce sera toujours du boulot, le boulot de toute une vie.

Ça ne me dérange pas, finalement, c’est ce que j’appelle une contrainte féconde. Comme je dois faire un effort pour aller vers le végétarisme, ça me pousse à réfléchir, à m’informer, me renseigner, à nourrir et muscler sans cesse ma motivation. Tout comme j’ai du faire mes efforts pour être zen, à cause de mon anxiété, ou des efforts pour parler en public à cause de ma timidité.

Finalement, la vie serait peut-être moins intéressante si nous n’avions pas quelques obstacles à surmonter…

Et vous, Ali, c’était quand votre dernière grosse entrecôte saignante ?

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