L'humour parfois décalé de PIerre Desproges

Un ami hypersensible m'est revenu des antipodes sans dessus dessous. Il était totalement bouleversé pour avoir assisté dans la banlieue de Melbourne aux finales du championnat de lancement de nains sur matelas. Il dit que ce n'est pas très drôle et de nombreux nains ne sont pas loin de partager cet avis. 

Personnellement, il me semble qu'il serait plus amusant, effectivement, de lancer des jockeys. D'autant que ce serait une bonne action. J'en ai parlé à mon cheval. Il opine. Les jockeys ne se doutent pas à quel point les chevaux les détestent. En réalité, les jockeys ne comprennent rien au chevaux. 

Je regardais l'autre jour sur Canal avec un certain ébahissement, monsieur Yves Saint Martin, qui n'est pourtant pas la moitié d'un con, occupé à flagorner une jument dans les allées cavalières de Chantilly. 

"Oh la grosse mémère! Oh oui, la grosse mémère, elle est mimi, les mémère!" Minaudait-il en flattant l'encolure de l'ongulé. Car tous les chevaux sont des ongulés et ce n'est pas une raison pour les prendre pour des cons. Monsieur saint Martin avait beau dire à la caméra, l'oeil mouillé de tendresse, qu'il aimait les chevaux d'amour, la jument n'y croyait pas du tout. 

Mon cheval re-opine. 

"Pour quelles raisons, dit il, des animaux comme moi que Dieu a créé pour qu'ils broutent et baisent à l'aise dans les hautes herbes se prendraient-ils soudain d'affection pour des petits nerveux exaltés qui leur grimpent dessus, les cravachent et leurs filent des coups de pied dans le bide dans le seul but d'arriver les premiers au bout d'un chemin sans paquerettes pour que les chômeurs puissent claquer leur Assédic le dimanche?"

"En réalité", c'est toujours mon cheval qui parle. "En réalité, les jockeys aiment les chevaux comme les charcutiers aiment les cochons. C'est un amour dénaturé et pervers qui pousse le charcutier tronçonneur de goret s'il en est, à signaler la présence de sa boutique par un cochon en bois hilare ceint d'un tablier blanc. Et c'est le même anthropomorphisme malsain qui incite des publicitaires tordus à vendre de la moutarde par le biais du spectacle effroyable d'un bœuf complètement taré et tout à fait ravi à l'idée qu'on va le bouffer avec de la moutarde, mais pas avec de l'Amora, parce que, meugle-t-il : "Il n'y a que Maille qui m'aille". 

Et les chasseurs mon cher Pierre ?" C'est toujours mon cheval qui parle, "les chasseurs qui affirment sans rire qu'ils chassent parce qu'ils aiment la nature. Peut on entendre des propos plus consternants de sottise dans la bouche d'un homme? Tu as raison Reviens, lui dis je, car mon cheval s'appelle Reviens, je le précise à l'intention des éventuels bouchers hippophagiques qui aurait survécu à la récente épidémie de piroplasmose. "

Tu as raison Reviens. Mais plus dégénérées que le chasseur, il y a. Il y a le pécheur, le pécheur qui affirme que le chasseur est un tueur sans pitié, alors que lui même accroche par la bouche et fait souffrir à mort des carpes encore plus innocentes qu'immangeable. Ou le dompteur qui déborde pour les lions en cage du même amour que Louis XI réservait à la Balue. 

"Il y a les coups de sabot dans la gueule qui se perdent, soupira mon cheval. L'autre nuit, ajouta t il en riant. J'ai fait un rêve absolument charmant. C'était dans une arène. La Vache qui Rit attrapait un matador par la peau du cul, le jetait par terre et lui piétinait les oreilles et la queue. Qu'est ce que j'ai bien rigolé?"

Je convins que c'était amusant. Allez, viens, lui dis viens, Reviens, on va se promener. Appelle le chien et les enfants. Et nous voilà partis à grand pas dans les chemins forestiers. Tous derrière et lui devant. 

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