Pierre Desproges fustige le football et "dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied"... Il lit aussi le courrier que les enfants lui envoient !

Capture d'écran "A mort le Foot !" - Pierre Desproges
Capture d'écran "A mort le Foot !" - Pierre Desproges

Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent, subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur gazon l'honneur minuscule d'être les champions de la balle au pied. 

Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football. 

Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints. 

Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester publiquement sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grands coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ? 

Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois : le jour où j'ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques.

J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais Dieu n'a pas voulu. Ça ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque, on ne peut y échapper. 

Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l'école ou dans la rue. On me disait : "Ah la fille, ah la fille !" ou bien "Tiens, il est malade", tellement l'idée d'anormalité est solidement solidaire de la non-footballité. 

Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celle des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades. 

Pouf, pouf. 

"Je vous signale (entre parenthèses) que ce que je viens de vous dire, c'est un papier qui m'a été commandé par le Journal du dimanche, qui peut pas être un journal d'imbéciles puisque c'est le groupe Hachette, et ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas le passer parce que ce n'était pas bien écrit. Donc vous, vous êtes suffisamment nuls pour comprendre, donc je vous le dis à vous. Et ça passera dans Libé dans la semaine. Voilà."

À part ça, je suis très content, car les enfants m'écrivent. Une auditrice de 9 ans, qui a malheureusement oublié de me communiquer son adresse me dit :
"Non, mais ça  va pas la tête de dire des choses pareilles sur le bon Dieu. Crétin va. Imbécile".
Signé Anne, 9 ans.
Tu as raison, Anne, ça va pas la tête. Je ne le ferai plus, je te le promets. N'empêche que c'est pas moi, c'est le bon Dieu qui a commencé.
Demande à ta mère de t'expliquer le comportement du bon Dieu avec les petites filles de 9 ans en Éthiopie ou au Liban. Moi, j'ai pas tout compris, mais ça fait rien. Je t'embrasse, petite Anne. 

Pouf, pouf 

D' Alexandre Laumonier, 10 ans : "J'écoute les chroniques de la haine ordinaire. Je comprends pas tout. Quand j'entends rire les autres, ça m'énerve, je me dis : c'est pas juste".
C'est normal, Alexandre. À 10 ans, on a l'esprit éveillé à d'autres altitudes que celles où plafonnent les vieux de 30 ans et plus.
A l'inverse, quand vous vous jouez à Zorro, nous ne comprenons pas tout. Par exemple, quand il y en a un qui dit "Pan t'es mort", on comprend pas pourquoi celui qui vient d'être touché se relève en disant : "Ça fait rien, on dirait que j'en serais un autre". Parce que nous, quand on joue à la guerre, on n'en est jamais un autre. Je crois que c'est parce qu'on n'a pas l'intelligence. On comprend pas tout. Moi aussi, ça m'énerve. Salut Alexandre.

Pouf, pouf 

Pour en finir avec ce douloureux problème de l'incommunicabilité entre les générations, permettez-moi une anecdote familiale.
Un crétin mutin - j'en ai plein mes salons - m'a offert un gadget imbécile : une petite boîte en bois dont une face vitrée abrite un préservatif. Sur le côté, il y a un petit marteau pointu et une mise en garde tout à fait consternante : "En cas d'urgence, brisez la vitre." J'en ris encore. 

- Maman, c'est quoi le truc dans la boîte ? demande une petite fille de 11 ans qui m'est assez proche, à sa mère. Laquelle mère, ayant dépassé depuis quand même longtemps le stade super-branché-Pernoud, bonjour la p'tite graine, est ce qu'on peut appeler une maman moderne. Un peu gênée tout de même (elle a fait huit ans chez les soeurs avant de voir le loup), cette maman se lance dans un cours sommaire de contraception élastique que l'enfant suit d'une oreille distraite, sans le moindre ébahissement. 

- C'est super, commente-t-elle poliment. Mais enfin, bon, papa et toi, c'est pas votre problème.
- Comment ça ?
- Ben, vous voulez plus d'enfants.
- Ben et alors ?
- Alors, de toute façon, quand on veut plus d'enfants, on fait plus l'amour.
- Mais si, mais si.
- Mais enfin, pourquoi maman ?
- Pour le plaisir...
- Alors là, vous êtes vraiment des cochons tous les deux ! 

Quant à ces féroces soldats, je le dis, c'est pas pour cafter, mais y font rien qu'à baiser dans nos campagnes. 

Aller plus loin

Les invités
Programmation musicale
L'équipe
(Ré)écouter Chroniques de la haine ordinaire : Desproges