Voici une émission quotidienne, mais pas tous les jours, mais presque quand même qui s'appelle "Les Chroniques de la haine"

Pierre Desproges
Pierre Desproges © Getty

Dans ces métiers péri pathétiques du showbiz et des médias, on rencontre beaucoup de monde. 

Et n'est ce pas, ça nous interpelle quelque part comme ça. N'est ce pas? En particulier, cet environnement pléthorique est la porte ouverte à toutes les gaffes. On a beau avoir une excellente mémoire, cela n'empêchera jamais personne d'être incapable de reconnaître au bout de dix ans de cocktails et de Premières, une pétasse bien ravalée d'une star authentique. 

Un soir, on vous présente le couple Sim - Marie-France Garaud. Le lendemain, on vous fait trinquer avec Silvia Monfort et Krasucki. Vous croyez voir les mêmes. Voulant bien faire et pour vous rendre aimable, vous demandez à Krasucki si ça fait toujours rigoler quand il se déguise en baronne. Et vous pouvez dire au revoir au piston CGT pour votre nomination à la direction du personnel de la SNCF. 

La gaffe la plus notoire dans ce domaine avait pour cadre le Théâtre de l'Odéon, je crois. Lors de la générale d'un vaudeville progressiste avec message à gauche et amant dans le placard, un grand acteur de cinéma s'était trouvé assis auprès d'un fringant quadragénaire dont il était sûr qu'on le lui avait présenté. Mais hélas! Où ? à l'entracte, ébauche de conversation. Le comédien, justement pour éviter les gaffes éventuelles, branche assez naturellement le blabla sur le spectacle de ce soir. 

  • "C'est nul, cette pièce non ? 
  • Je suis l'auteur, dit l'autre. 
  • Non, je veux dire, le texte est très bon, mais il y a une telle platitude dans la mise en scène. 
  • Je suis le metteur en scène. 
  • Ah oui, mais comment dire la vieille qui joue la mère abusive elle est vraiment tarte. 
  • C'est ma mère, monsieur."

Une amie écrivain prolifique, jolie femme, mais plutôt timide, m'a rapporté le cas d'une gaffe beaucoup moins cruelle et tout à fait charmante dont elle venait d'être à la fois l'auteur et la victime, comme cela se conjugue souvent dans ce domaine. Cette dame et son mari font couramment table ouverte et sortent beaucoup. Un matin, Catherine, car elle ne s'appelle pas Catherine, mais je la pseudonymise ainsi parce que je n'ai pas pu la joindre au moment où j'écris cette chronique pour lui demander l'autorisation d'exhiber en public un tout petit coin d'elle même qui ne m'appartient pas. 

Un matin, Catherine enfourche son vieux vélomoteur pour aller chez son éditeur. Alors qu'elle venait de stopper au feu rouge, à hauteur du Café de Flore. Elle voit venir vers elle un sémillant jeune homme bien mis qu'elle était sûr d'avoir déjà vu. Mais hélas ou ? et qui lui faisait des gestes d'amitié. S'arrêtant à sa hauteur. Il lui dit simplement : 

"Salut. Pour après-demain soir, on fait comme on a dit. "

Il faisait probablement allusion au bal costumé chez Barclou, où les hommes seraient habillés en mac et les filles en prostituées, et elles la malheureuse, obéissant à ce réflexe conditionné chez toute cette faune intello artistique de par chez nous. Elle, la misérable, tendant le cou par dessus le trottoir, embrassa l'homme chaleureusement sur les deux joues en lui lançant, avant de redémarrer un joyeux : 

"OK, à après demain, on va se marrer, je serai déguisé en pute." 

Elle passa le reste de la journée à tenter, en vain d'identifier le sémillant jeune homme bien mis. Elle s'en voulait terriblement de cette défaillance de sa mémoire, car elle était absolument convaincu qu'une forme de relation récente, mais suivie, existait entre elle et ce garçon, en dehors des mondanités d'usage. Où l'avait elle vu pour la dernière fois ? chez Michou, chez Lipp, chez Patrice Bertin, dont le journal commence dans 5 minutes ? Au bar de l'Olympia, à Honfleur ? 

Il avait dit "Pour après demain soir, on fait comme on a dit", cela voulait dire qu'il était de la fête, mais seulement il y en avait 200 autres. Et puis, c'est la vie. Et le vent efface sur le sable, les souvenirs de l'avant-veille et les feuilles mortes se ramassent... Je te raconte pas la pelle et Catherine avait oublié l'incident. Et c'est normal, car elle est oublieuse. 

Le soir du bal costumé, avant de rentrer se déguiser en hétaïre à cowboys, elle, se rappela qu'elle devait passer chez le boucher de la rue de Bucy, à qui elle avait commandé un gigot pour huit personnes destiné à figurer en plat de résistance lors du déjeuner du dimanche suivant où elle avait convié des parents. Elle s'enfuit donc à la boucherie. 

Le sémillant jeune homme bien mis était là. Sanglé dans un tablier blanc, un couteau rouge à la main. C'était Riton, le nouveau garçon Boucher, qui n'était entré en fonction que depuis quelques semaines. 

Il l'accueilli à bras ouverts : 

"Ah, Madame Catherine, il est prêt votre mouton et vous serez pas déçu. C'est rien que du bon". 

Il arborait, mine de rien, une ébauche de sourire à la Clark Gable du type, "Toi et moi, poulette, quand c'est qu'on concrétise". 

Depuis ce jour, Catherine ne cache pas un soudaine enthousiasme pour la cuisine végétarienne. Et en ce qui concerne ses élans affectifs, elle n'embrasse plus que sa carrière. 

Quant au mois de mars, je le répète sans aucune arrière pensée politique, ça m'étonnerait vraiment qu'ils passent l'hiver. 

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