Jeudi dernier, le Quotidien de Paris a annoncé la mort de Marcel Dassault. Aussitôt, sans même vérifier la source de leur information, les chers confrères ont démenti...

Pierre Desproges
Pierre Desproges © Getty

"Fausse nouvelle", annonce les radios dès le journal de 8 heures : "Marcel Dassault n'est pas mort". Une heure plus tard, Marcel Dassault, lui même, téléphone à une rédaction. Il prétend qu'il est vivant. Alors je vous le demande. Qui croire ? 

Sans vouloir prendre parti, je puis témoigner pour avoir assisté, il y a cinq ans, à une projection de film à côté de Monsieur Dassault, que ce dernier ne donnait déjà plus aucun signe de vie. Certes, il s'agissait d'une oeuvre létargico-bucolique, où Chantal Goya jouait, sans grande conviction, le rôle pourtant sur mesure de Blanche-Neige, confrontée au drame de la ménopause dans le Poitou. 

Mais enfin, c'est un film que le PDG de Jours de France avait produit lui même, et il y avait mis toute l'émotion dont peut être capable un marchand d'armes international. Et il m'avait paru surprenant qu'il s'endormit. J'en avais déduit qu'il était déjà mort. Quoiqu'il en soit, et quand bien même Marcel Dassault ne serait pas mort, il finira bien par mourir un jour. Alors, chers confrères, je vous en prie, cessez d'enfoncer un peu plus le journal de Philippe Tesson, qui vient déjà d'amortir un sacré coup en basculant malgré lui dans la majorité, au risque de devenir aussi chiant que Le Matin, le journal qui a perdu tout naturel en revenant au galop. 

En réalité, Le Quotidien de Paris a été le premier journal de toute la presse française, a annoncé la mort de Marcel Dassault. J'attends de pied ferme un démenti. Tout le reste n'est que verbiage et papotage qui sont les deux mamelles de 

Jours de France, le journal de Caroline et Stéphanie font du ski, qui est évidemment la revue glacée préférée des coiffeurs, car les pellicules glissent dessus quand les Grimaldi glissent dedans. 

Notons au passage, pour le cas où l'annonce du décès de Papy vroum vroum serait une fausse nouvelle, qu'elle est plutôt de bon goût. Je veux dire qu'elle est moins sinistre que son contraire, qui eût consisté à annoncer : 1. Dassault va très bien. 2. Pouf Pouf, c'est pas vrai, il est mort. Comme ce fut le cas par deux fois au moins dans les annales journalistiques de ce siècle. 

La première fois, en mai 1927, la presse française et américaine annonçaient bruyamment l'arrivée triomphale de Charles Nungesser et François Coli de l'autre côté de l'Atlantique, après une traversée aérienne sans histoire. Pendant qu'on commençait à mettre le champagne au frais en leur honneur à Paris et à New York, les deux malheureux pionniers avaient déjà fini de jouer à 

Pince-mi et pince-moi sont dans un avion. L'avion tombe dans l'eau. Qu'est-ce qui reste ? Deux steaks tartare pour les dents de la mer. 

Plus près de nous, au cours des Jeux Olympiques de Munich de 1972, onze athlètes israéliens sont pris en otage par les terroristes. Dans la nuit du 4 au 5 septembre, alors que les négociations pour leur libération semblaient plutôt mal tourner, la première édition du journal L'Aurore titre sur huit colonnes : "Ils sont tous sauvés". Alors qu'ils venaient d'être exécutés à la grenade. Le correspondant à Munich du journal avait probablement balbutié au téléphone : "Ils ont tous sauté", mais la friture et l'émotion aidant, si j'ose dire, son confrère parisien, à une consonne près, avait compris le contraire. 

C'est sans doute parce qu'il était lui aussi bouleversé qu'un journaliste d'une radio périphérique annonça le décès de Jean XXIII en 1963, en lançant d'une voix lugubre et trois fois de suite : "Le Pope est mart" . Trois jours après un reporter d'une autre radio révélait gaiement au monde, à l'issue du conclave, l'élection du nouveau pape : Paul V un

Quant à ces féroces soldats, je le dis, mais c'est pas pour cafter, ils font rien qu'à mugir dans nos campagnes. 

Étonnant non ?

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