Voici une émission de radiophonique très bien. Ça s'appelle Les chroniques de la haine ordinaire.

Pierre Desproges
Pierre Desproges © Getty

Si l'on fait le bilan des événements d'intérêt national qui ont marqué la dernière quinzaine, je retiendrai que Le Canard enchaîné vient de fêter ses 70 ans. 

ça vous fait pas rire. Ça devrait. 

Le Canard enchaîné vient de fêter ses 70 ans. Avouez que pour une belle contrepèterie, c'est une belle contrepèteries, non? 

Difficile, difficile, mais superbe. Vous casser pas la tête, je vous envoie la solution. 

Contre 50 francs en timbre j'ai horreur des contrepèteries gratuites. 

J'ai des rapports extrêmement ambigus avec les contrepèteries. Je les trouve toujours. Elles ne me font jamais rire. C'est extrêmement pénible. J'ai comme ça un copain qui a horreur des champignons et qui en débusque tous les automnes à chaque pied de chêne. Il adore les contrepèteries. Il est malheureusement incapable d'en trouver une seule. Alors je l'aide et en échange, il me refile un ou de bocaux de cèpes en conserve. 

À propos de canards, j'ai dans mes tiroirs une histoire à plumes que je brûle de vous narrer, car elle finit mal. J'aime bien les histoires qui finissent mal. Ce sont les plus belles parce que ce sont celles qui ressemble le plus à la vie. D'ailleurs, je demande aux personnes sensibles et impressionnables de ne pas quitter l'écoute. Mon histoire ne manquera pas de les faire pleurer et rien au monde n'est plus salubre au cœur des personnes sensibles et impressionnables que quelques larmes bienvenues au bout d'une histoire qui finit mal. 

Il était une fois, une seule, car une fois n'est pas coutume. Il était une fois une petite fille qui s'appelait Caroline et qui aimait les canards. Avec ses chers parents qui se détestaient, mais qui savaient se tenir dans le monde, elle habitait une jolie maison bourgeoise dans la banlieue chic de Paris, avec une piscine, un barbecue panoramique et un portail électronique, mais pas de canard. 

Caroline avait un grand frère qui allait à la Foire du Trône pour faire des cartons quand c'était le moment de la Foire du Trône. Il savait faire un tas d'autres choses, mais n'entre pas dans le cadre de mon histoire. Alors que le fait qu'il aille à la Foire du Trône, si. Un jour, le grand frère de Caroline gagna un lot au tir à la carabine à la Foire du Trône. C'était un carton cubique avec un caneton oval dedans. 

Tiens, Caroline. Voici un caneton. Moi, je garde le carton. 

Caroline éleva le caneton avec beaucoup de tendresse et de croutons et l'appela Mickey, car elle n'avait pas tout compris dans Walt Disney. Mickey vivait sous le lit de Caroline dans une boîte à chaussures de pointure 44, car son père était un grand con. Je parle du père de Caroline. Au moment des faits, le père du caneton avait déjà été laqué dans le 13e par un ancien boat people sino-poitevin qui s'appelait Henry Cantonnais, mais oublions le, il n'entre pas non plus dans le cadre de notre histoire. 

Quand le caneton Mickey devint un canard, on s'est aperçu que c'était une canne. A cause des plumes. Les canards mâles ont au derrière le plumage vif et chatoyant que les mousquetaires ont au chapeau pour affirmer leur virilité. Les cannes ont le plumeau gris terne que les concierges ont dans l'escalier pour souligner leur féminité. En plus, les canards en avaient. Alors que Mickey, non! 

Qu'à cela ne tienne, dit Caroline, qui parlait comme une speakerine, nous t'appellerons Mickette. 

Quand Mickette fut en âge d'être maman, Caroline lui donna à couver un œuf de poule. Au bout de trois semaines, l'œuf de poule éclot / éclosi / éclosa (rayer les coquilles inutiles). Un petit poussin naqua / naqu / naquit et vint au monde. Caroline l'appela Droopy, car elle n'avait pas tout compris non plus dans Tex Avery. 

Quand le poussin devint un poulet, on s'aperçut à ses plumes que c'était une poule. 

Qu'à cela ne tienne, dit Caroline, nous t'appellerons Droopette

Et c'était merveille de voir dans le grand parc de la maison où les parents de Caroline se poursuivaient avec des couteaux de cuisine la canne, Mickette et la poule Droopette qui la suivait partout, comme si c'était sa vraie maman. 

Un jour, hélas, la canne plongea dans la piscine. Et la poule en fit autant. Et bien sûr, elle périt noyée. C'est pourquoi cette histoire est triste. D'autant plus qu'elle est vraie. J'ai simplement changé les identités des protagonistes en donnant des noms d'enfants du bon Dieu aux canards sauvages. 

Quant au mois de mars, je le dis sans aucune arrière pensée politique, ça m'étonnerait qu'il passe l'hiver

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