(Re)découvrez les chroniques que Pierre Desproges livraient chaque soir juste avant le journal de 19h. C'était en 1986

Pierre Desproges
Pierre Desproges © Getty

L'homme vit mal Loin de la nature, François Villon, en son temps, chantait son mal de vivre de citadin. Loin des forêts habitées, rappelez vous son bestiaire. 

Oncques ne vit biche au bois          
Oncques ne vit singe au joli minois          
Oncques ne faucon caressoit          
Oncques, Oncques, Oncques...

L'homme vit mal. Loin de la nature, François Villon, en son temps, chantait son mal de vivre de citadin. Loin des forêts habitées, rappelez vous son bestiaire. On ne vit Bisch au bois. On kuni faucon dessus. Mon poignet droit. Aucune vie. Petit singe. Gentil minois. Joli. 

J'aime les animaux. Je vis en contact permanent avec les animaux. Contrairement à Villon, qui stagnait dans le ruisseau, j'ai la chance d'habiter en plein Paris, une maison qui donne sur un petit jardin. Quelle joie, chaque matin, d'ouvrir les volets pour entendre tousser les oiseaux. Paris est plein d'animaux pour qui sait écouter la nature. La ville est une fête. Ecoutez le gai cui cui du moineau qui pépie. Écoutez le doux croucrou du pigeon qui roucoule. Écraser le gros caca du chien chien qui pète. 

Je possède un chat persan. Je suis possédé par un chat persan. Pardon? Indépendance et fierté le chat n'est que noblesse. Particulièrement le persan. Les persans se prennent tous un peu pour LE chat. J'ai su tempérer la sublime arrogance du mien. Je lui ai coupé la queue. Je l'ai tondu comme un caniche. J'ai juste laisser la fraise et les pattes à pompon. Je le fais dormir dans le frigo pour lui réduire un peu la démarche. Il y a gagné en humilité, ce qu'il a perdu en grâce. Depuis que le berger allemand, le Sodomise dans sa sciure, Sa Majesté féline a la couronne un peu penchée. 

Tous les animaux sont utiles à l'homme, et pas seulement parce qu'ils nous aiment, qu'ils nous gardent ou qu'on les bouffe. Les animaux ont souvent des qualités qui font défaut à l'homme. 

Il y a sûrement plus d'humanité dans l'oeil d'un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son oeil. 

Les animaux sont moins intolérants que nous. Un cochon affamé mangera du musulman. Ils sont persévérants. Malgré la minceur des résultats, l'obstination du hérisson crève pneus forcent l'admiration. Et comment ne pas louer la sobriété de la camel qui peut tenir 60 jours sans fumée de camau? Ou l'admirable pudeur de l'anaconda qui peut se masturber sans bouger les genoux? Non seulement parce qu'il n'a pas de genoux, mais parce (Et ça c'est authentique, je le tiens du regretté Trémolin) il lui reste à l'anaconda de l'époque où il était quadrupède, deux embryons de papattes enfermés sous la peau à hauteur des génitoires. Ce qui lui permet donc de se chatouiller de l'intérieur, à l'abri des gelées matinales et sans risquer des coups de bâton sur la gueule quand il croise un flic au bois de Boulogne. 

Pour toutes ces raisons, nous devons aimer nos frères animaux et mépriser leur bourreau. Honte au boucher! A bas les corridas! Je le dis sans joie, car j'aime le peuple espagnol, ce peuple fier et ombrageux, avec un tout petit cul pour éviter les coups de corne. À mort les bouchers. A mort les matadors. À mort la mère Bardot qui ne craint pas de s'exhiber en pulls de laine arrachée poil par poil sur le dos du mérinos innocent. Dieu merci, il y a une justice. Les bouchers ne font pas de vieux os, les matadors non plus.y'a que Bardot qui s'éternise, réchauffant sa vieille gloire dans l'ample culotte en bébés phoques Damart que le capitaine du Greenpeace lui a offert l'année dernière à la saint Hubert. Jamais je n'aurais pu être boucher. Je n'avais pas le coeur. Je n'aurais pas pu être matador. Je n'avais pas les tripes. Je n'aurais pas pu être Bardot. Je n'avais pas les fesses. 

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