Avec le Dictionnaire de la bêtise de Bechtel Carrière récemment réédité chez Robert Laffont, l'Encyclopédie des idées reçues de Claude Vallette me semble constituer l'un des ouvrages les plus importants de cette fin de siècle dans le domaine de la culture déniaisante.

Pierre Desproges, Sherlock Holmes et les lions : stop aux idées reçues
Pierre Desproges, Sherlock Holmes et les lions : stop aux idées reçues © Getty

On y apprend, entre autres certitudes à réviser, que Lindberg ne fut pas le premier à traverser l'Atlantique par la voie aérienne. Il fut le 67ème. Parfaitement. Il fut le premier à l'avoir fait en solitaire, sans même une hôtesse pour lui peloter les genoux. Bon, je compatis. Mais 64 aéronautes ensemble et en ballon et deux aviateurs en couple avaient réussi avant lui cette équipée casse gueule au dessus des dents de la mer.

 On y découvre encore que Gutenberg n'a pas inventé l'imprimerie. Mais seulement la typographie, c'est déjà pas si mal. Je voudrais vous y voir. Ou que le fameux "Elémentaire, mon cher Watson" attribué à Sherlock Homes, ne figure dans aucun des 56 romans de Conan Doyle. Ça vous en bouche, un coin. Ou même que Jésus, loin d'être fils unique, avait quatre frères dont il nous parla peu. Car c'était un homme qui avait tendance à ramener le suaire à lui. 

Mais la plus salutaire démystification à laquelle se livre Claude Vallette est sans conteste celle du mythe du lion en tant que roi des animaux. Se fier bestiau couronné en prend plein la gueule et avec lui tous ses thuriféraires béats, à commencer par Jean de La Fontaine, le chef de file des lèche culs zoophiles versaillais dont les clichés verbeux, pro léonins ne cessent d'égarer nos progénitures sur les chemins hasardeux de la connaissance. 

En réalité, le lion est un gros con, lâche et couard. 

Contrairement à d'autres félins moins bien cotés en brousse, il ne chasse pas. C'est pas de moi, je l'ai piqué sur une affiche de film. C'est les rares que je pique. Mais quand je pique, je le dis, ça fait moins voleur. C'est quand même du vol. Contrairement à d'autres félins moins bien cotés en brousse, il ne chasse pas seulement pour se nourrir, mais aussi pour le simple plaisir de tuer comme n'importe quel officier de carrière. Et encore, à condition d'être en bande et que le gibier soit malingre. On a vu ainsi des lions se mettre à 6 pour massacrer un seul roquets sauvage arthritique. Compter les mêmes proportions pour un peloton d'exécution. C'est bien ce que je disais à mon colonel. 

La plupart du temps, le lion ne chasse pas lui même, d'ailleurs. Il n'a pas que ça à faire. Il dort. Il laisse à sa femelle le soin de chasser à sa place. Ou bien il se planque derrière elle pour ne pas prendre un mauvais coup de patte de gnous dans ses nobles couilles royales. La formidable puissance du lion lui permettrait de foudroyer un zèbre percheron en lui fracassant les vertèbres cervicales d'un seul coup de patte. Mais il a bien trop peur de s'abîmer les ongles. Le terrible rugissement du lion qui a impressionné des générations d'enfants au cinéma les soirs de Metro-Goldwyn-Mayer, n'est pas destiné à subjuguer, ni pétrifier les animaux de la jungle. Le lion ne rugit qu'en sortant de table ou au moment de trombiner une femelle récalcitrante lors d'un rut mal compris. 

En fait, le rugissement du lion n'est au mieux qu'un rot et au pire, qu'un couinements extatique d'éjaculateur précoce. 

Pour achever de déboussoler cette majesté usurpatrice, Claude Vallette nous révèle qu'on a observé des lions disputer aux vautours, des restes de cadavres grouillant de vers et repartir la queue basse en faisant kaï kaï kaï pour un petit coup de bec dans le cul. 

En conclusion, je déconseillerais aux partisans des animaux de défense l'acquisition d'un lion de garde pour lutter contre la délinquance maghrebo-juvénile. Certes, une pancarte "Attention, lions méchants" peut s'avérer dissuasive. Mais le lion, outre qu'il est plus lâche qu'un élastique de culotte petit bateau de la femme canon, est trop sot pour pouvoir vivre en appartement ou dans un pavillon de banlieue. Il est incapable de faire le beau, de donner la papatte ou de rapporter la baballe. 

En revanche, le pot au feu de lion est délicieux. En voici d'ailleurs la recette que je viens de déposer à la Société des auteurs. En même temps que celle du Chihuaha Melba. Alors, vous notez : vous prenez un lion, un beau loin, comptez 900kgs pour 750 personnes. L'œil doit être vif. Plongez votre lion dans l'eau bouillante. Quand l'eau frémit, le lion aussi. S'il se sauve, faites le revenir avec une échalote. Ajouter au bouillon un bouquet garni, thym, laurier, estragon. Laisser mijoter à feu doux pendant deux heures en touillant régulièrement. La crinière ne doit pas attacher. Pour voir si le lion est cuit. Piquez lui son gros cul avec une fourchette. Normalement, au bout de deux heures, le lion ne doit plus rugir. Ce que le dicton bantou exprime fort poétiquement. 

Lion bouillu, lion foutu

À toutes fins utiles, je signale aux éventuels lecteurs que j'aurais réussi à appâter, que l'Encyclopédie des idées reçues de Claude Vallette est épuisée depuis six ou sept ans. Mais Brigitte Bardot aussi. Ça l'empêche pas de continuer de bouffer du phoque.
 

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