Pierre Desproges profite de l'entière liberté qui lui est offerte dans ces chroniques pour faire une mise au point qui lui tient à coeur depuis son 8ème anniversaire.

Pierre Desproges
Pierre Desproges © Getty

C'est en effet cette année là que, pour la première fois de ma vie, j'ai entendu de la bouche pincée d'un instituteur laïque grisâtre la fable intitulée Le corbeau et le renard de monsieur Jean de La Fontaine.  

Les plus sourds de nos auditeurs auront entendu parler de cette aimable gigolo poudrée qui traversa le 17ème siècle en squattérisant les mondains versaillais qu'il éblouissait d'une plume alerte, dont il nourrissait la verve en piratant sans vergogne les fables d'Ésope.  

On ne compte plus les consternantes balivernes plus ou moins Alexandrine, dont La Fontaine a abruti son siècle et les suivants, jusqu'à la semaine dernière, où j'ai surpris la moins exubérante de mes filles, bramant Le coche et la mouche en montant la rue Lepic. Mais il va de soi que c'est Le corbeau et le renard qui restera à tout jamais comme la fable la plus rédhibitoirement injurieuse à l'égard des fromages surtout.  

Je m'explique parce que je sens que vous allez décrocher. Si l'on veut bien accepter le navrant lieu commun sous préfectoral qui lui sert de moralité. Que reste t il de cette oeuvrette animalière? À peu près rien, si ce n'est une vile tentative de dénigrer les laitages français en les ravalant au rang de trivial canigouterie pour prédateur des bois.  

Associer sciemment l'idée 350 fois grandiose de nos fromages à l'imagerie dégradante des deux bestiaux les plus nuisibles de nos clairières, n'est ce point la preuve flagrante des intentions subversives antinationales de La Fontaine? Car enfin, car enfin, Dieu m'accouche, si possible sous péridurale.  

Qu'est ce qu'un renard ? Qu'est ce qu'un corbeau ? 

L'un hideux, pointu, bas sur pattes, grouillant de vermine, est plus sournois qu'une fouine jésuitique sur un trône élyséen, partage son temps entre le génocide de nos volailles et la propagation de la rage. L'autre d'un noir de diable, insupportable aux âmes pures et qu'on voit, par les champs dandiner sa silhouette arthritiques de prélat en sabbat satanique, l'autre saccage nos récoltes effarouche, nos perdrix et nos épouvantails de son ricanement métallique de poule mouillée. Il pousse le cynisme jusqu'à s'avérer inmangeable après trois heures de cours bouillon.  

À qui ferez vous croire, monsieur de La Fontaine qu'un renard charognard baffreur et plumivore. puisse tenter de séduire un corbeau pour s'emparer d'un camembert dont la moelleuse onctuosité normande ne saurait flatter le palais vulgaire de ce chien sans maître?  

À qui ferez vous croire qu'un oiseaux de malheur haï des hommes, aille risquer sa vie dans les garde manger pour y piller des coulants au reste trop mou pour tenir en son bec?  

D'où tenez vous, emperruqué ignare, que les corbeaux pique-niquent dans les arbres de nos campagnes, malgré la présence de ces soldats dont nous ne cessons ici même chaque jour de fustiger la férocité et les mugissement.  

Je dis, et la lumière de cette démonstration dont la lumineuse clarté en époustouflera plus d'un, que Jean de la Fontaine, sous couvert de fabuler, était en réalité un ennemi de la France à la solde de la Hollande en guerre contre Louis XIV et déjà exportatrice de fromages médiocres et anti-français.  

Honissons la mémoire de ce cuistre. Louons plutôt celle de son auguste modèle grec Cricri Ésope, dont je me permettrais ici de vous réciter une courte et jolie fable : Le coq et la poule en grec, Lu kokis et la Pullos.  

La poule, un beau matin, s'en fut trouver le coq et lui dit : "Mon ami, j'ai grande envie de vous, ma libido s'agace, et ce n'est point le phoque, avec ses airs de folle et son regard trop doux, qui pourrait apaiser mes ardeurs printanières."  

Le coq, un peu surpris du ton du préambule, se dit : "Mais quelle époque! En voici des manières. À quelles extrémités faut il que l'on m'accule? Moi qui connaît si peu cette poule en chaleur, voici qu'elle m'invite à la crapahuter."  

Ayant dit, il s'exécuta mais sans ferveur, grimpa sur la furie pour coco-niqué mais sans ardeur aucune et sans plus d'enthousiasme qu'on en met à pisser quand on n'a pas envie.  

Il eut beau réviser un à un ses fantasmes en s'agitant au mieux sur le tas, rien n'y fit. Et quoi? Se dit bientôt la cocotte qu'on frustre et qui voit son orgasme à nouveau reporté au hasard incertain d'un autre coq en rut. Pour un gallinacées, je suis câline assez. Mon cul, c'est du poulet. J'ai le croupion frivole et voici que je sue, sous ce con bariolé qui me besogne en vain, tandis que je m'étiole. Lors, se tournant un peu, elle pria Chanteclerc de lui lâcher les plumes et d'arrêter sa houle. Le coq se consola.  

"Je ne crains plus l'hiver, je me suis ramassé une veste en pied de poule". 

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