Les œuvres majeures de Joseph Conrad choisies par Dominique Le Brun, anthologiste marin, dans un recueil en l'honneur de cet écrivain britannique d’origine polonaise, qui a su allier la mer à l’aventure…

Joseph Conrad arrivant à New York à bord du Tuscania
Joseph Conrad arrivant à New York à bord du Tuscania © Getty

Cette anthologie regroupe les œuvres maritimes les plus remarquables de Joseph Conrad, incontournable écrivain marin de la littérature anglaise ; un homme qui a donné l'envie, le goût à des générations de jeunes hommes et femmes de larguer les amarres. 

Il s'agit de Joseph Conrad, né en 1857, décédé en 1924. Ici, c'est un recueil de ses œuvres majeures choisies par Dominique Lebrun, anthologiste maritime. 

Comment Joseph Conrad, écrivain britannique d'origine polonaise, a-t-il su allier la mer à l'aventure ?

Dominique Lebrun : "C'est l'extraordinaire mystère de Conrad : il naît au milieu de l'Ukraine et lui qui n'a jamais vu un marin de sa vie, c'est évident. Mais il a dû, en revanche, être séduit par la lecture de certains titres. Je pense notamment à ceux de Jules Verne, mais rien n'est moins sûr. 

Mais il convainc son tuteur, parce qu'il est orphelin, d'aller à Marseille, vivre en France et devenir marin dans le Vieux-Port. Et là, on n'y croit pas ! Mais c'est dans le vieux port de Marseille que le Polonais devient navigateur sur des navires d'abord français et ensuite anglais. Il va écrire non pas dans le français qu'il maitrisait parfaitement pourtant, mais dans l'anglais, qu'il avait appris laborieusement."

José-Manuel Lamarque : "Vous rassemblez des œuvres de Conrad dans cet ouvrage comme Jeunesse, Le Miroir de la mer, évidemment, Lord Jim, Les Frères de la côte, ces œuvres sont-elles de votre choix ?" 

Dominique Lebrun : "Tout à fait. Ce choix représente un volume déjà absolument considérable. Je voulais surtout des textes nouveaux qui allient à la fois le côté exotique et le côté didactique de Conrad. Dans Jeunesse et dans Le miroir de la mer, c'est un véritable cours de navigation qu'il donne ! Sans oublier le côté strictement humain et complexe de l'écrivain avec Lord Jim qui est une intrigue fabuleuse. A cela, il fallait ajouter un côté moderne avec Le frère de la côte. Avec ces cinq titres, je crois que j'ai réussi à donner un panorama complet du Conrad maritime."

José-Manuel Lamarque : "Cela nous permet à tous de découvrir ou redécouvrir ces écrivains marins."

Dominique Lebrun : "Oui, justement, c'est bien de dire "redécouvrir" Conrad. Il faut prendre le temps d'entrer dedans. C'est une écriture du XIXème siècle, donc les choses sont décrites lentement. On prend son temps et là, ce qu'on avait lu une première fois, je ne vais pas lire en diagonale, mais sans doute un peu trop vite, on peut maintenant prendre le temps. Revenir dessus. Comprendre la force d'un personnage, ou alors les remarques extraordinaires entre navigateurs qui se trouvent dans Le miroir de la mer. Et ça, c'est un plaisir absolument unique."

José-Manuel Lamarque : "Lord Jim est l'oeuvre la plus célèbre, mais vous avez quand même voulu commencer cet ouvrage par Jeunesse."

Dominique Lebrun : "C'est pour une raison simple : Jeunesse est un texte court et extraordinairement vivant. Je voulais donc que le lecteur qui entrait dans l'œuvre ait d'abord accès à quelque chose de facile, de court de dense, de simple. 

Ensuite, j'ai mis Le Miroir de la mer car c'est un ensemble de textes qui parlent vraiment à des marins. Quand on lit cette histoire on a l'impression d'être soi-même un capitaine au long cours de la fin du XIXème, avec en face de soi un autre capitaine au long cours en train de parler métier. 

Ensuite, à ce moment là on peut amener le lecteur au "poids lourd" Lord Jim et ensuite finir par quelque chose de plus léger comme Le Frère de la côte."

José-Manuel Lamarque : "Le frère de la côte avec Pérol, l'ancien flibustier"

Dominique Lebrun : "J'y suis particulièrement attaché parce que ça se passait chez nous, près de la presqu'île de Giens près de Toulon. Je n'arrive pas à savoir si Conrad a vraiment exploré ce coin dans le détail ou si c'est un hasard, mais la calanque où est caché le bateau de Pérol, on peut la voir. Il suffit de suivre le sentier du littoral !

La façon dont Conrad a rendu l'ambiance méditerranéenne, l'odeur de la pinède ou les brises thermiques, est absolument sublime. Et puis, l'intrigue est belle, je trouve." 

Les invités
Les références
L'équipe