Le coronavirus pourrait-il se diffuser dans le milieu marin ? Tracer la diffusion du coronavirus (2019-nCoV) dans l'environnement : 11 pays européens se mobilisent à travers le projet VEO

L'eau transmet-elle le covid-19 ?
L'eau transmet-elle le covid-19 ? © Getty / Eduardo Ramos Castaneda

Dans le contexte de pandémie actuelle, la recherche en virologie s’accélère. Initialement prévu pour débuter en juin, mais déjà initié, le projet européen VEO « Observatoire polyvalent des maladies infectieuses émergentes » est coordonné par le département de virologie du Centre hospitalier universitaire Erasmus à Rotterdam : "il vise à trouver des critères et des outils pour prévenir l’émergence de nouveaux virus capables d’affecter la santé humaine", explique Soizick Le Guyader, la responsable du laboratoire Santé environnement et microbiologie de l’Ifremer.

"Ce projet implique 19 équipes de 12 pays dont 2 équipes françaises (Institut Pasteur et Ifremer), et à l’Ifremer, nous démarrerons dès que possible un travail d’analyse des séquences virales du coronavirus présentes dans les eaux usées. Notre objectif est de développer une méthode d’analyse efficace, standardisée et transposable dans tous les pays afin d’être en mesure de prévoir sa diffusion dans l’environnement."

Le coronavirus est-il résistant aux traitements classiques des eaux usées dans les stations d’épuration ? Peut-on le retrouver dans l’eau du robinet ? 

Dans l’eau de mer ? Dans nos coquillages ? "Nous manquons de données sur la propagation du coronavirus dans le milieu marin, étant donnée son apparition récente. Des premières publications chinoises montrent néanmoins que le virus est peu excrété dans les selles (10 à 100 fois moins que le norovirus responsable de la gastro-entérite) et qu’il persisterait deux fois moins longtemps dans l’eau. De plus, sa nature de virus « enveloppé » le rend plus fragile. Le risque qu’il se propage via les eaux usées est donc réduit mais il peut exister". 

Les scientifiques de l’Ifremer se posent des questions sur les impacts du coronavirus 2019-nCoV sur la biodiversité marine A l’Ifremer, les scientifiques s’interrogent sur les conséquences de la pandémie mondiale de covid-19 sur le milieu marin. Même si les questions restent encore très ouvertes vu l’émergence récente du coronavirus 2019-nCov, voici quelques pistes de réponses. 

  • Y a-t-il un impact du confinement sur la biodiversité marine ?

Alain Biseau, biologiste à l'Ifremer et membre du comité d’avis du Conseil international pour l’exploration de la mer : la question peut se poser par rapport à la baisse importante de l'activité de pêche depuis le confinement de la population. Une baisse des captures au printemps sera probablement observée. Aura-t-elle un impact réel sur l'état des populations de poissons ? Tout dépend du cumul des captures sur toute l’année : c’est ce cumul qui définit la pression de pêche et qui déterminera l’état des populations. La baisse actuelle des captures sera-t-elle compensée ou non plus tard dans l'année ? Les captures totales sur l’année seront-elles équivalentes ou non à celles qui auraient eu lieu en l’absence de Covid-19 ? 

  • Le coronavirus pourrait-il se diffuser dans le milieu marin ?

Soizick Le Guyader, virologiste, responsable du laboratoire Santé environnement et microbiologie de l’Ifremer : les scientifiques manquent de données sur la propagation du virus dans le milieu marin, étant donnée son apparition récente. Il semblerait a priori que le virus soit peu excrété dans les selles ; il ne risque pas forcément de se propager via les réseaux d'eaux usées. De plus, sa nature de virus « enveloppé » le rend plus fragile. Ces deux caractéristiques en font un virus très différent de ceux retrouvés plus fréquemment dans les eaux côtières, comme les norovirus qui peuvent être à l'origine de gastroentérites aigües suite à la consommation de coquillages. 

  • Depuis l’émergence du Covid19, on évoque les risques d’émergence de nouvelles maladies attribués aux interactions Homme/Faune sauvage. Existe-t-il des maladies transmissibles des espèces marines aux humains ?

Philippe Goulletquer, océanographe, directeur adjoint à la direction scientifique de l’Ifremer : en dehors du cas des toxines produites par des espèces particulières de micro-algues, ou par certains poissons et coquillages (venins), il n’y a pas d’exemple de maladies humaines qui proviendraient directement du milieu marin. Seuls quelques cas de transmission à l’homme de parasites et de microorganismes d’origine marine par des mammifères marins ont été rapportés. A contrario, des mammifères marins peuvent contracter des maladies humaines comme la grippe. Les norovirus responsables de gastroentérites aigües survivent en milieu marin mais sont issus du milieu terrestre, véhiculés via les eaux usées. Il y a bien des milliards de virus dans le milieu marin, mais ils ne sont pas transmissibles à l’homme. On peut citer le cas de l’Herpes virus, bien connu pour ses effets sur les élevages conchylicoles, mais sans impact sur les humains. 

  • La mer pourrait-elle être source de médicaments contre le coronavirus ?

Philippe Goulletquer, océanographe, directeur adjoint à la direction scientifique de l’Ifremer : le milieu marin peut être source de médicaments, notamment de molécules antivirales issues par exemple d’éponges ou d’algues. La griffithsine, molécule isolée à partir d’algues rouges, a déjà démontré son pouvoir inhibiteur sur le virus à l’origine de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) de 2003. La question pourrait donc se poser de l’utilisation de telles molécules pour lutter contre le coronavirus. Une autre molécule de la société morlaisienne Hemarina obtenue à partir du sang d’un ver marin arénicole sera testée sur des premiers patients atteints du Covid-19. Si elle ne guérit pas le coronavirus, sa capacité oxygénante pourrait favoriser la guérison des malades en détresse respiratoire aiguë.  

Les invités
  • Soizick Le GuyaderVirologiste, responsable du laboratoire Santé environnement et microbiologie de l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer, IFREMER
Programmation musicale
  • PHILIPPE KATERINE & ANGELEDuo (radio edit)2020
L'équipe
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