La seule femme au monde à avoir traversé intégralement le continent Antarctique en solitaire et à ski. Laurence de la Ferrière revient sur son expérience de confinement en Antarctique et nous donne quelques conseils.

Photo prise le 10 novembre 2008 de l'aventurière française Laurence de la Ferrière, posant devant le glacier des Bossons à Chamonix.
Photo prise le 10 novembre 2008 de l'aventurière française Laurence de la Ferrière, posant devant le glacier des Bossons à Chamonix. © AFP / JEAN-PIERRE CLATOT

Elle fut la directrice de la station Dumont d’Urville est située sur l’île des Pétrels, dans l’archipel de Pointe Géologie, à 5 km de l'Antarctique. 

C'est à vingt ans qu'elle découvre la haute montagne et renonce alors à la flûte traversière et à la médecine pour partir à la conquête des plus hauts sommets du monde avant de s'engager vers l'exploration polaire arctique et antarctique. 

"Cela ressemble vraiment à ce que j'ai vécu. Dans la station Dumont d'Urville pendant l'hiver polaire, qui dure à peu près 9 mois de confinement total avec aucune communication avec le monde extérieur. C'était régi avec une discipline très rigoureuse qui consistait à établir ce que les gens devaient faire, comment ils devaient le faire, en particulier quand ils avaient des missions à effectuer à l'extérieur, avec le temps qu'ils y passaient. Nous avions des fiches que l'on remplissait et qui déterminaient ce qu'on faisait, combien de temps on partait, le type de communications.

Finalement, c'est quelque chose qui rentre dans le mode de vie et qu'en général, les gens respectent, à part quelques irréductibles. Mais voilà cela fait partie de la nature humaine. Mais quand les choses sont établies de manière très claire, très carré, les gens le respectent. Et du coup, ils mettent en oeuvre pour eux-mêmes et pour les autres, des mécanismes qui permettent de vivre ensemble dans les meilleures conditions possibles et d'en tirer pour chacun des choses qui sont très importantes dans le cadre familial. 

On a souvent tendance à rejeter les contraintes. Mais à partir du moment où on les accepte et on se les approprie, on prend conscience que c'est un pas vers autre chose et cette découverte est extrêmement intéressante."

Mais il y a une grande différence entre être confiné en Antarctique avec la nuit polaire et confiné dans un petit appartement en ville.

"Oui, mais les mécanismes sont les mêmes. Après, il faut faire en sorte que chacun puisse bénéficier de cette bulle, de ce cocon dans lequel il va se sentir bien, donc le respect de l'autre, de son autonomie, de sa différence est très important. Cela peut se matérialiser dans le fait d'avoir chacun un endroit à soi, dans lequel il peut s'exprimer, parler, écrire, travailler. 

Ce qui est important aussi, c'est la communication dans le foyer. Ce que je faisais à la station Dumont d'Urville où ce qu'on vivait était assez proche de ce que l'on vit aujourd'hui, c'est que j'établissais 30 min par jour où chacun dit ce qu'il a envie de dire, comment il a envie de vivre. Finalement, on va peut-être entendre des choses qui sont différentes de ce qu'on entend habituellement. C'est une occasion qu'il ne faut pas ignorer parce qu'elle peut beaucoup apporter."

Si l'on applique cette expérience avec le confinement que nous sommes en train de vivre ? 

"J'essaye de ressentir ce que j'ai ressenti pendant cet hivernage pour mettre en lumière ce que je peux mettre en oeuvre dans mon petit appartement. Là, je ne peux pas vraiment sortir. Donc je me suis créé un petit cocon de bien-être, avec des horaires, une discipline, avec des choses relativement établies, sur lesquelles je m'appuie et qui, finalement, me rassurent et me donnent la possibilité de m'évader d'une manière différente. 

Je peux envisager ma vie de manière différente par rapport à cet environnement qui a priori est difficile à vivre. Il faut impérativement ne pas avoir envie de ce qu'on ne peut pas avoir. Ca, cela facilite beaucoup l'adaptation."

Quelques informations sur l'exploratrice

Son palmarès est vaste :

  • 1984 - KANGCHENJUNGA 8505m - Sommet le 20 octobre (Pakistan). Première sans oxygène au Yalungkang. Record mondial féminin d’altitude sans oxygène en 1984, 
  • 1984 - ANNAPURNA 8091m - Tentative hivernale (Népal),
  • 1985 - NANGA PARBAT 8125m - Sommet le 8 juillet (Pakistan), 
  • 1986 - GASHERBRUM II 8035m - Altitude atteinte à 7800m (Pakistan), 
  • 1989 - BROAD PEAK 8047m - Altitude atteinte à 7600m - Descente à ski (Pakistan), 
  • 1991 - SIBERIE ORIENTALE - Exploration sur la banquise du Détroit de Béring en attelages de chiens de traîneau, 
  • 1992 - MC KINLEY 6200m - Sommet le 1er juin (Alaska), 
  • 1992 - EVEREST - Record mondial féminin d’altitude sans oxygène à 8700m (Népal), 
  • 1993 - KILIMANJARO 5890m - Sommet le 14 mars (Tanzanie),
  • 1993 - CARSTENSZ 5040m - Sommet le 1er novembre (Nouvelle Guinée), 
  • 1994 - ACONCAGUA 7012m - Sommet le 14 février (Argentine), 
  • 1995 - SPITSBERG - Traversée en autonomie totale, 
  • 1995 - GROENLAND - Traversée intégrale en autonomie totale et à la voile de la côte Ouest à la côte Est, 
  • 1996/1997 - ANTARCTIQUE - Première traversée française en solitaire au Pôle sud.
  • 1999/2000 - ANTARCTIQUE - Première traversée en solitaire de l’Antarctique, du Pôle sud à la Terre Adélie en passant par Dôme C. Une première mondiale. Laurence est la première et la seule femme au monde à avoir traversé intégralement l’Antarctique.

Le 23 novembre 1999, Laurence de la Ferrière quitte le pôle Sud. Elle a pour seuls équipements de progression une paire de skis et des voiles, pour seuls liens la rattachant à la civilisation un téléphone satellite et une balise Argos. 

Harnaché à ses reins, un traîneau de 140 kilos contenant de quoi assurer sa subsistance en autonomie totale. Devant elle, l’étendue blanche à perte de vue d’une terre où aucune vie animale ni végétale n’est possible, et près de 3000 km à parcourir sous des températures pouvant descendre jusqu’à - 50° C.

  • 2006 - LES ALPES - La grande traversée des Alpes de Vienne (Autriche) à Menton au bord de la mer. En charge de la base de Dumont d´Urville en Terre Adélie de 2008 à 2010.

La station Dumont d’Urville

La station Dumont d’Urville est située sur l’île des Pétrels, dans l’archipel de Pointe Géologie, à 5 km du continent. La gestion fonctionnelle de la station Dumont d’Urville et la conduite des projets de recherche sont assurées par l’Institut polaire français. À Concordia, ces responsabilités sont partagées avec le PNRA. Les Taaf conservent à Dumont d’Urville, la souveraineté et la responsabilité des missions de service public (radio, médecine…). Le premier hivernage de la station a été réalisé en 1952. On y trouve entre 25 et 35 hivernants et jusqu’à 100 personnes en été

La superficie totale des bâtiments représente environ 5.000 m². Pendant l’hivernage (mars à novembre), la station héberge entre 20 et 30 personnes réparties entre les services généraux et les services scientifiques assurant l’acquisition de données pour les laboratoires français impliqués dans les programmes polaires. Il s’agit d’un véritable observatoire scientifique comprenant une cinquantaine d’installations, avec ses lieux de vie : logements, réfectoire, cuisine, bibliothèque, hôpital ; ses laboratoires de biologie, géophysique, météo… ses locaux techniques : centrale électrique, ateliers, garages. Ces installations sont adaptées aux conditions locales : températures variant de 0°C à -35°C, blizzard, longues nuits polaires, vents pouvant dépasser les 300 km/h.

La production électrique (90 à 100 kWh de consommation moyenne) est actuellement assurée par des 3 groupes électrogènes Diesel. L’eau sanitaire est produite par un distillateur à eau de mer utilisant la chaleur issue des circuits de refroidissement de la centrale électrique. Les volumes moyens produits sont de 5.500 L/jour en été. Il est prévu qu’une partie du chauffage collectif soit également alimenté par co-generation.

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