Entraîné par le courant circumpolaire, tel un satellite autour de l’Antarctique, le 'Polar Pod' va permettre de manière originale l’acquisition de données et d’observations sur le long terme qui seront transmises aux chercheurs, océanographes, climatologues, biologistes. Et permettra de mieux le connaître.

 Icebergs près de l'ïle Melchior  en Antarctique
Icebergs près de l'ïle Melchior en Antarctique © Getty / Posnov

Jean-Louis Etienne : 

La jeunesse a besoin de rêve, de modèles d’audace, d’engagements incitatifs, de croire en ses ambitions.

Jean-Louis Etienne est médecin-explorateur français, le premier à atteindre le Pôle Nord en solitaire en 1986 et de 1989 à 1990. Ce fut la Transat Antarctica en Antarctique. Il est aussi le père de la goélette Tara, qui s'appelait naguère Antarctica, et aujourd'hui l'aventure continue avec le 'Polar Pod' pour l'ancien directeur général de l'Institut océanographique et du Musée océanographique de Monaco. 

FRANCE INTER : Qu'est-ce que le 'Polar Pod' ?

JEAN-LOUIS ETIENNE : "Le 'Polar Pod', c'est un navire vertical, une plateforme océanographique qui va nous servir pour étudier l'océan autour de l'Antarctique. 

L'Antarctique, pour avoir une idée de la taille, c'est grand comme 28 fois la France en surface et c'est recouvert par deux kilomètres et demi de glace moyenne. 

"Tout autour, se trouve une courroie de transmission entre les trois océans l'Atlantique, l'Indien et le Pacifique, qu'on appelle le courant circumpolaire. Il fait le tour de l'Antarctique. C'est le plus puissant courant océanique. Et ce courant circumpolaire, c'est une immensité d'eau froide qui est le principal puits de carbone océanique de la planète. Ça veut dire que le CO2 que l'on émet à l'excès, responsable du réchauffement, se dissout en grande quantité dans cet océan."

Quel type de "bateau" pour étudier cet océan dans de bonnes conditions ?

"Le principe est simple : il faut un flotteur vertical de 100 mètres de haut à 80 mètres immergés. Donc, quand vous avez 80 mètres immergés, et que vous descendez dans des eaux vous êtes beaucoup plus stables. On est stabilisé par le fond et à la surface. Ça permet d'obtenir une plateforme plutôt stable que l'on a testée dans les bassins de l'Ifremer à Nantes

Et il y aura huit personnes à l'intérieur qui habiteront en permanence : trois marins, des officiers de marine marchande et quatre scientifiques. C'est un projet international et en plus, c'est un arbre de Noël de capteurs. Il y a tellement de monde qui veut faire de la mesure dans le secteur ! Ça sera piloté par quatre personnes en plus : des observateurs supplémentaires, dont moi quand j'irai. Cela devrait durer deux ans".

Qu'est ce qu'on étudie dans le Polar Pod ? 

"Il y a quatre sujets principaux : 

  • D'une part, ce qu'on appelle les échange entre l'atmosphère et l'océan. Le CO2 que l'on émet à l'excès se dissout dans les eaux froides. Quelle est la capacité de cette immensité océanique sur la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère ? 
  • Deuxièmement, il y a une originalité, c'est qu'à 80 mètres sous l'eau, il y a le silence. Donc, comme nous serons sur une plate forme zéro émission : on n'a pas de moteur, mais des éoliennes pour faire de l'électricité et c'est le courant qui est notre moteur. Comme c'est silencieux, nous allons on va poser des "hydrophones", des micros sous l'eau, et faire un inventaire de la faune par acoustique le jour, la nuit, par temps de brouillard, été, hiver...
  • Troisièmement, les grands observateurs de la Terre sont quand même des satellites. Qu'est ce qui se passe vraiment au sol pour calibrer la mesure que l'on prend de l'espace ? Il faut avoir une validation au sol. On va observer une multitude de choses : la direction du vent, la vitesse du vent, la force des vagues, la couleur de l'océan. 
  • Le quatrième volet, c'est l'impact des activités humaines. Qu'est ce qu'on va trouver dans ces eaux lointaines qui sont isolées par ce qu'on appelle le front polaire ?  Est-ce qu'on va trouver des métaux lourds, des organochlorés, des microplastiques ? Je ne sais pas. On va faire des prélèvements que l'on va analyser."

Quand ce Polar Pod va-t-il être construit ? 

"On ne sait pas encore. C'est l'État qui finance la construction et l'IFREMER qui est maître d'ouvrage. Il va y avoir un appel d'offres. Autour de 2021/2022 pour un départ en 2023 serait l'idéal'.

Le Polar Pod, lors d'un test de fonctionnement
Le Polar Pod, lors d'un test de fonctionnement © AFP / Fred Tanneau

En savoir plus sur le Polar Pod

Dans l’hémisphère Sud, l’océan Austral n’est pas cloisonné par les continents ; c’est un océan ouvert qui circule autour de l’Antarctique. Poussé par les vents d’ouest le Courant Circumpolaire Antarctique (CCA) réunit les trois océans, l’Indien, le Pacifique et l’Atlantique.

A l’autre bout du monde, cet immense océan est encore méconnu, les campagnes océanographiques y sont rares. Acteur majeur du climat et réserve de la biodiversité marine, la communauté scientifique internationale est unanime : on a besoin de mesures in situ.

Pour explorer cet océan de tempête, que les marins ont baptisés les « cinquantièmes hurlants », le bureau d’ingénierie navale SHIP ST de Lorient a conçu le Polar Pod.

Entraîné par le courant circumpolaire, tel un satellite autour de l’Antarctique, le Polar Pod va permettre l’acquisition de données et d’observations sur le long terme qui seront transmises aux chercheurs, océanographes, climatologues, biologistes ; 

43 institutions scientifiques de 12 pays sont impliquées dans le projet

Cette expédition digne de Jules Verne, permettra d’animer en « temps réel » un grand projet pédagogique international sur les Sciences de la Vie de la Terre et de l’Environnement en collaboration avec l’Union Internationale de Conservation de la nature (UICN). 

Plus d'informations sur le site de Jean-Louis Etienne

Jean-Louis Etienne, lors d'un des tests de "Polar Pod"
Jean-Louis Etienne, lors d'un des tests de "Polar Pod" © AFP / Jean-Sébastien Froissart
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