Henry de Monfreid (1879- 1974), l'aventurier qui n'aurait jamais écrit sans Joseph Kessel... Henry de Monfreid, l’homme qui vécut tous les dangers, tous les périls, mais aussi les rêves réels et l’intimité d’un univers loin du tumulte parisien et proche des contes des mille et une nuits…

L'écrivain Henry De Monfreid sur le plateau de l'émission "Presentez moi", 1970
L'écrivain Henry De Monfreid sur le plateau de l'émission "Presentez moi", 1970 © AFP / INA

Cet ouvrage est un testament spirituel de celui qui nous fait découvrir la Mer Rouge a vécu libre jusqu’au bout, sans convention et a rencontré au hasard de l’existence Joseph Kessel, Pierre Teilhard de Chardin, l'abbé Breuil le pape de la Préhistoire. 

Henry de Monfreid, l'aventurier qui vous a fait rêver avec "Les secrets de la mer Rouge", "Mon aventure à l'Île des forbans"...

Retour aujourd'hui sur un ouvrage comportant ses poèmes, ses récits, sa correspondance, préfacé par Arnaud de La Grange : Henry de Monfreid aux mille vies et sur la trentaine d'ouvrages qu'il n'aurait jamais écrit sans les conseils d'un autre esprit libre : Joseph Kessel 

Arnaud de La Grange : 

C'est ce qui est absolument incroyable. Et c'est raconté d'ailleurs dans ce livre : derrière l'aventurier, derrière le baroudeur, c'est Joseph Kessel, qui a décelé l'écrivain. C'est lui qui l'a invité à écrire, "qui l'a révélé à lui-même", comme l'a dit un jour Monfreid. 

Les deux hommes s'étaient rencontrés à l'occasion d'un reportage que faisait Kessel entre Djibouti et la Corne de l'Afrique

Arnaud de La Grange : "Kessel enquêtait sur la traite des esclaves. Et évidemment, Monfreid était une bonne porte d'entrée. Et puis, un jour, Monfreid lui a confié les journaux de bord, en lui disant qu'il trouverait de la matière pour ses écrits, pour ses livres ou ses reportages. Et après une nuit de lecture, Kessel a dit : 

C'est impossible, ce serait un plagiat si j'utilisais ça. Il faut absolument que vous le publiez.

Et l'histoire ne s'arrête pas là. Non seulement il l'a incité, mais ensuite, il l'a aiguillé dans le monde de la République des lettres. De manière émouvante, Monfreid le remercie et dit que c'est assez rare, ce genre d'attitude dans un monde où "la jalousie comme la mauvaise herbe étouffe tout ce qui voudrait fleurir". 

Joseph Kessel n'était pas du tout dans ce genre d'attitude. Et c'est grâce à lui certainement que l'on doit les livres écrits plus tard par Monfreid". 

José-Manuel Lamarque : "Sur les bords de la mer Rouge" est le livre qui a révélé Henry de Monfreid. On est face à un architecte naval (qu'était Henry de Monfreid)… et un vrai aventurier. 

Arnaud de La Grange : "La vie de Monfreid, c'est la mer, et le désert. Et après tout, le désert est une mer pétrifiée. Il a clamé son amour de la mer et des bateaux. Mais il dit : "Malgré moi, la mer m'entraine et puisqu'il faut mourir, je préfère mourir par elle que d'étouffer mon désir". La mer est essentielle.

Ce recueil, Vivre libre, est hétéroclite parce qu'il y a à la fois une nouvelle, une lettre, une interview.... Il m'a fasciné. Il y raconte que l'aventure pour lui, n'a pas été une vocation immédiate. Tout a été un peu une affaire de circonstances. 

Sa vie a été plus qu'un appel de l'aventure, une fuite loin du tumulte de la vie européenne, loin du grand cirque parisien, "loin du troupeau", comme il l'a dit ailleurs. Il parle du "souriant mensonge des contraintes modernes". Les mots de Monfreid sont étonnamment contemporains. 

J-ML : C'est l'appel de l'audace. Quand on demande à Jean Cocteau "dans une maison en feu que sauvez-vous" ? Cocteau répond le feu, évidemment 

Arnaud de La Grange : "Oui, je pense que Monfreid serait parti avec le feu ou éventuellement l'eau. Mais en tout cas, certainement pas avec la pierre. Dans ce livre aussi, ce qui est assez étonnant, et c'est là qu'on peut parler d'un testament spirituel de Monfreid, il y a des moments où il se livre un peu. Il parle de sa rencontre avec Pierre Teilhard de Chardin, par exemple. 

Monfreid était fasciné par lui, et par le conflit entre la raison et la foi chez cet homme qui est à la fois prêtre et savant. 

Et Monfreid parle de cet univers qui est aussi un reflet de Dieu et il cite Saint-Augustin, "Credo quia absurdum", "Je crois parce que c'est absurde".

Il y cet appel spirituel chez Monfreid, qui n'est pas très habituel. Mais il y a aussi une immense poésie dans sa prose.

De la même façon, il se livre un peu sur le plan humain. 

Il explique dans son entretien testamentaire de 1974, quelques mois avant sa mort, en citant Musset : "Le seul bien qu'il me reste au monde est d'avoir quelquefois pleuré". Et pour lui, la joie, c'est l'enfer de la douleur. 

Il y a, je pense, par effet miroir de notre époque une nostalgie pour l'audace de celui qui partait sans billet de retour. Chez lui, il y a une immense liberté que l'on retrouve aussi chez Kessel.

À un moment, Monfreid dit aussi que pour lui, le plus grand malheur d'un homme, c'est de perdre l'illusion.

Pour lui, le mystère du monde, l'illusion des choses est à préserver. Ce que nous enseigne Henry de Monfreid, c'est que rien n'est jamais fini et qu'il faut savoir entretenir le goût du merveilleux."

Vivre libre est édité chez Point Aventure. 

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