Deux associations se font face, "Larmor Baden durable", et "Berder ensemble". L'une est en faveur d'un projet d'un complexe hôtelier, l'autre s'y oppose. De fait tout le monde veut sauver l'île de Berder mais, avec des orientations différentes. Ne serait-il pas temps que tout le monde en discute sereinement ?

Tout le monde veut sauver l'île de Berder, mais avec des visions différentes
Tout le monde veut sauver l'île de Berder, mais avec des visions différentes © Maxppp / Marc Ollivier

La semaine dernière, Jean-Louis Etienne parlait au nom de l'association Berder Ensemble, qui s'oppose à la construction d'un hôtel de luxe sur cette île Berder. Donc respectons l'équilibre entre gens de mer. La parole est à Pierre Violo. Le président de Larmor-Baden durable : 

Pierre Violo : « En tant qu'association « Larmor-Baden durable », on est concerné plus que tout autre par ce qu’il se passe. Nous voulons sauver Larmor-Baden et Berder est le fleuron de Larmor-Baden. 

En l'espace d’un peu plus de trois mois, nous avons réussi à mobiliser 400 membres. 80% de ses membres sont larmoriens. Cela représente environ la moitié de la population en âge de voter de Larmor-Baden. 

On a 100% des commerçants. Tout à fait récemment l'association Ty Plates, qui rénove des bateaux comme celui sur lequel a navigué Eugène Riguidel a décidé de se joindre à notre action parce qu'elle estime que, comme nous, Berder est en péril. » 

Jose Manuel Lamarque : "Pierre Violo, qu'est-ce qui vous oppose à Berder ensemble ?"

PV : "On a écouté Jean-Louis Etienne que l’on apprécie beaucoup. On estime que des personnalités comme lui ont été abusées. L'Île a toujours été privée. Il n'y a aucun changement de la partie publique de l'île. Elle va toujours rester accessible et a aucun projet de pont. Le passage va rester le même qu'aujourd'hui, c’est imposé par le domaine maritime. Il n'y a pas de projet de héliports, il n'y a pas de bétonnage et il y a même au contraire une restauration et remplacement d'un bâtiment qui est vraiment laid qui n'est pas du tout une forteresse comme on a entendu parler."

L’île était déjà aménagée entre le XVIIIe et le XIXe siècle…

PV : "Le comte d'Hillion est celui qui a vraiment aménagé l'île et il a travaillé d'ailleurs sur ce projet avec la duchesse d'Uzès. Il en a été propriétaire avant de la transmettre elle-même à des religieux. Ces religieuses sont restées du début du 20e siècle jusqu'à la fin des années 1970 propriétaire de cette île. Yves Rocher l'a ensuite acquise et l’a laissé en location à une association qui s'appelle LBT et avant d'aboutir à son projet, puisqu'il y avait un contrat de location qui courait, il est mort. Michel Giboire en a fait l'acquisition à la suite d’Yves Rocher. "

Vous soutenez le projet de Michel Giboire ? 

PV : "Absolument. L'accès n'a jamais été totalement libre. Seul le sentier côtier a été accessible depuis 1982. Dans le projet de Giboire, le sentier est respecté. C'est l'essentiel en matière pour les résidants.

En fait, il y a toujours eu des résidants dans cette île du temps des religieuses parce qu'elle recevait du monde et ensuite du temps d'Helvétie, qui sont montés jusqu'à 300. Et pour l'anecdote, ce sont en fait ces résidants qui ont permis à Larmor-Baden d'avoir une pharmacie. Il y avait des conférences, des mariages qui étaient organisés. Dans le projet, tout restera accessible : le restaurant, le café, la possibilité d'organiser des conférences, des mariages… Bien sûr, ce sera payant, mais c'était déjà payant du temps des. Et en ce qui concerne l'accès, l'île est accessible quatre heures par jour. Michel Giboire nous a dit qu'il allait mettre trois passeurs pour assurer l'accès. 

Mais ce qu'il y a d'intéressant dans ce projet de Michel Giboire. Il dit : « Mon rêve est de refaire ce qui existait auparavant»  Il y avait une vigne, des potagers, un verger… : « Je vais garder Berder avec un aspect extrêmement sauvage. Tout ce que l'on peut faire, on refera. » Dans cette mesure, cela nous permet de sauver l'île et il y a urgence et de faire en sorte qu'elle retrouve sa beauté, ses plantations d'avant. Toute la nature qui faisait son exception." 

Etes-vous prêt à discuter avec l'autre association, Berder ensemble ? 

PV : "La description du projet qui est faite dans les journaux, etc. ne correspond pas à la réalité de ce projet. Nous, on est tout à fait d'accord pour nous asseoir et discuter sur ce qu'est ce projet. Parce que ce projet est dans l'intérêt de tout le monde et en plus, il a un avantage important aujourd'hui où France va sortir endettée de la crise, c'est qu'il n'engage pas d'argent public."

Aller plus loin  

Le site officiel de la Mairie de Larmor-Baden, commune comprenant l'île de Berder, nous informe quant à l'histoire de cette île du Golfe du Morbihan : 

" Cette île, l'une des quatre de la commune de Larmor-Baden, est privée, mais accessible aux visiteurs sur sa périphérie. Elle est reliée au continent par un passage, qui se découvre à marée basse, permettant le passage des véhicules et des piétons. Le tour de l'île à pied (2,6 km, environ 1h00) permet de découvrir une variété végétale de type méditerranéen peu commune dans la région. 

L'île est aujourd'hui encore un havre de verdure coloniale, avec de belles collections de palmiers et de majestueux résineux. Au sud, la vue est magnifique sur le courant de " La Jument ", le deuxième courant d'Europe par sa puissance. L'île est accessible aux piétons, à marée basse, par un passage. En 1750, l’île appartenait à une demoiselle Dubreuil-Jarno et à ses frères et sœurs. En 1879, l’île fut achetée par le comte Arthur Dillon (1834-1922). 

Ruiné, il vendit l’île à la duchesse d’Uzès (1847-1933). La duchesse d’Uzès vendit Berder en 1927 aux Oblats de Marie-Immaculée qui en firent un éphémère noviciat, et en 1937, ce sont les Petites sœurs de Saint-François (qui étaient installées jusque-là à l'île-aux-Moines) qui en devinrent propriétaires, jusqu’en 1991, date à laquelle elles vendirent l'île au groupe Yves Rocher. Louée et exploitée de 1984 à 2013 par une association (LVT) comme centre de vacances, La SIMYR (Société Immobilière Yves Rocher), l'a mise en vente; un compromis a été signé en 2013 avec le groupe rennais Giboire qui projette d'y construire un hôtel 4 étoiles.".

Deux associations de sauvegarde de l'île mais deux visions

  • Pour l'association Larmor-Baden durable : "Cela fait bientôt 7 ans que le projet Giboire est bloqué. C’est le seul  projet qui soit en mesure de sauver ce magnifique patrimoine de  Larmor-Baden."
  • Pour l'association Berderensemble et ses quatre présidents, présidente d'honneur, Irène Frain, Jean-Louis Etienne, Eugène Riguidel et Gilles Servat : "Nous disons stop à la confiscation de Berder, et nous demandons à toutes  les intelligences bretonnes de trouver la bonne porte pour que Berder  vive sa vie pour toujours !"
Les invités
  • Pierre VioloPrésident de l'association Larmor-Baden durable
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