Cinéaste aujourd’hui célèbre, Jean Renoir n’a pas eu tout de suite cette reconnaissance et ses premiers films n’ont pas toujours été bien accueillis par la critique ou le public.

La Partie de Campagne de Jean Renoir (1936). À gauche, Gabriello dans le rôle de Mr Dufour et à droite, Jean Renoir dans le rôle de Mr Poulain.
La Partie de Campagne de Jean Renoir (1936). À gauche, Gabriello dans le rôle de Mr Dufour et à droite, Jean Renoir dans le rôle de Mr Poulain. © AFP / Coll Christophel / Pantheon

La première diffusion de cette Chronique Sauvage a lieu le 10 septembre 1994, sur France Inter, à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Jean Renoir mais aussi à l’occasion du quinzième anniversaire de sa disparition.

Jean Renoir est né à Montmartre à Paris le 15 septembre 1894, et il est décédé à Beverly Hills le 12 février 1979.

Biographe sensible à son sujet, Robert Arnaut cherche à comprendre tout au long de cette émission quelles sont les raisons de l’incompréhension du public et des critiques envers la première période de la production cinématographique du réalisateur.

Cette émission est aussi l’occasion d’écouter la voix du cinéaste qui parle volontiers de lui-même, de ses souvenirs et de sa relation avec son père, le célèbre peintre Pierre-Auguste Renoir ; l'occasion d'entendre aussi des extraits de certains films que Jean Renoir laisse à la postérité.

La part de l’enfance, l’influence du père, mais aussi la personnalité même de Jean Renoir éclairent d’un jour nouveau cette partie de sa vie, et donnent aussi la mesure de ce qu’on appelle « échec » au regard de la célébrité d’aujourd’hui.

Pierre-Auguste Renoir :

il faut toujours préférer les gens qui perçoivent aux gens qui raisonnent.

Les invités

  • Célia Bertin, décédée en 2014, romancière, lauréate du Prix Renaudot en 1953, biographe de Jean Renoir. En 1994, l'année de la première diffusion de l'émission, Célia Bertin publie Jean Renoir, cinéaste chez Gallimard.
  • Jacques Renoir, petit-neveu de Jean Renoir, photographe et directeur de la photographie pour le cinéma.
  • Dominique Païni, théoricien et acteur de la conservation des films, critique et commissaire d'exposition. À l’époque de l’interview, il dirige la Cinémathèque française.

Jean Renoir, né avec le cinéma

Blessé pendant la Première Guerre mondiale, il reste boiteux, ne peut vivre comme les jeunes gens de son âge et commence à se passionner pour ce qu’il appelle « le cinématographe »

Fin 1919, la mort de Pierre-Auguste Renoir, le père, va définitivement mettre les fils, Pierre, Jean et Claude, à l’abri du besoin, puisque la vente des toiles prestigieuses sert à financer les films de Jean.

Catherine Hessling, la jeune épouse de Jean Renoir, est le dernier modèle de son peintre de père.

Cette beauté rousse aime les actrices américaines, comme Gloria Swanson ou Mary Pickford, et s'habille comme elles.

C'est tout naturellement que Jean Renoir en fait l'héroïne de ses premiers films muets.

Jean Renoir :

Le démon de la mise en scène était en moi.

L'accueil mitigé des films de Renoir

Dès 1924, Jean Renoir se passionne pour les trucages et toutes les différentes techniques de laboratoire, et _La Fille de l'Eau_ se pare de ces magies visuelles, mais ce premier film, hélas, ne rencontre pas son public.

Même chose pour les films suivants, Nana, adapté du roman d'Émile Zola, ou La Chienne, pourtant tourné avec le célèbre acteur, Michel Simon.

Ce dernier lui propose de tourner Boudu sauvé des eaux, mais le public est tout aussi choqué.

Le Crime de Monsieur Lange, avec l'acteur Jules Berry, sur un scénario de Jacques Prévert, paraît trop libertaire à la critique.

  • Une Partie de Campagne

Adapté de la nouvelle éponyme de Guy de Maupassant, ce court-métrage reste inachevé. Le tournage est conflictuel et les conditions climatiques catastrophiques.

Revoir avec délices, l'émission Jean Renoir vous présente de janvier 1962, où le cinéaste nous explique tout !

Les Bas-Fonds, adapté du roman éponyme de Maxime Gorki, obtient tout de même le Prix Louis Delluc, en 1936.

  • La Grande Illusion

Jean Renoir rêvait de tourner avec son idole de toujours, Éric Von Stroheim ! La Grande Illusion, avant la Seconde Guerre mondiale, résonne comme une utopie.

Ce film, aujourd'hui cité parmi les chefs-d’œuvre du septième art, déçoit la critique de l'époque, qui le qualifie de pacifiste à un moment où il était bon d'être agressif. Mais l'accueil du public est très chaleureux.

Après La Marseillaise, ou le projet de faire un grand film national, mais encore boudé, Jean Gabin propose de réaliser son rêve de gosse, conduire une locomotive !

La Bête Humaine, sorti en 1938, adapté du roman éponyme d'Émile Zola, aura un beau succès mais la menace nazie se confirme dans la réalité.

Dans le film qui suivra, La Règle du Jeu, le cinéaste Jean Renoir anticipe l'effondrement des valeurs humanistes à la veille du conflit mondial, et reçoit un accueil glacial.

Pour Jean Renoir, qui continue à voir ses tournages interrompus par la situation politique instable, la vie sera ailleurs. Il embarque alors pour les États-Unis. Mais ceci est une autre histoire…

Jean Renoir sur France Inter

Jeudi 9 mai 2013, le producteur Jean Lebrun nous proposait aussi un portrait de Jean Renoir, dans son émission La Marche de l'Histoire.

et en décembre 2012, Pascale Clark recevait Pascal Mérigeau, auteur d'une biographie de Jean Renoir publiée aux éditions Flammarion, dans Comme on nous parle.

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