Avec les souvenirs bouleversants d'anciens bagnards, des chants et des images sonores, cette chronique au sujet du bagne de Cayenne par Robert Arnaut devient un hymne à la liberté.

Statue de bagnard enchaîné (Guyane française)
Statue de bagnard enchaîné (Guyane française) © Getty / Éric Travers

Pour cette Chronique Sauvage, le reporter bourlingueur au grand cœur mit toute son énergie à évoquer les lointains rivages d’une terre de douleurs, devenue aujourd’hui terrain d’expérimentation spatiale.

La devise de Robert Arnaut : « La radio peut aussi être un art, et le son peut être supérieur à l’image » n’a jamais été aussi percutante que dans cette diffusion du 5 septembre 1987 sur France Inter, rediffusée en ce 6 juillet 2017, trente ans plus tard.

Les invités

  • Jean-Marie Caloque, 95 ans, ancien bagnard, entré au bagne de Cayenne en 1913, libéré en 1978, ce qui signifie tout de même 65 années en Guyane, puisqu’il a subi le «doublage», une règle qui obligeait les condamnés à rester dans le pays après leur libération et ceci pour une durée identique à la peine initiale.
  • Stanislas Surlikovski, interné en 1931, après le passage d'Albert Londres, le reporter qui dénonça les horreurs du bagne dès 1925. Cet ancien bagnard a purgé une peine de dix ans et vivait encore en Guyane au moment du reportage.
  • Étienne Dailly, vice-président du Sénat en 1987, est interviewé par Julien Meije au sujet d’un éventuel rétablissement du bagne en France.

- Chanson du chansonnier Aristide Bruant (1889) à propos du bagne de Biribi, en Afrique du Nord, interprétée par Les Quatre Barbus sur le disque Chansons Anarchistes, aujourd'hui introuvable.

Le bagne, un exil

Dès les années 1840, l'éloignement des criminels hors de France constituait déjà un vœu politique. Les colonies françaises devenaient des endroits de choix pour cela.

Le bagne de Guyane était un ensemble de prisons et de camps de travail dispersés sur les espaces habitables de la Guyane française. Une population de 70 000 condamnés, du simple délinquant à l’assassin, séjourna en ces lieux entre 1852 et 1946, avec un taux de mortalité très élevé.

Après le reportage exceptionnel de l’écrivain et journaliste Albert Londres sur le bagne de Cayenne en 1923, la réalité de la situation ne peut plus être cachée.

Albert Londres, journaliste :

Les bagnards sont des hommes ! – même si dans ce lieu, ils tendent à devenir des animaux.

En septembre de cette année-là, son enquête paraît dans les colonnes du quotidien LePetit Parisien et il est certain que cette publication est à l'origine de la prise de conscience de toute la population française.

En 1938, Édouard Daladier, Président du Conseil, signa enfin le décret mettant fin aux déportations,mais ce n'est qu'en 1946 que le rapatriement des forçats commença.

Il restait alors près de 3300 condamnés en Guyane, et certains d'entre eux, qui avaient été astreints au "doublage" (à leur libération, ils devaient encore rester en Guyane durant une période équivalente à leur peine), préférèrent ne pas rentrer et finirent une vie de misère dans un pays à l'abandon.

Les derniers bagnards, eux, sont libérés en 1953.

Le bagne, travaux forcés ou prison

En 1980, la célèbre chanson _Cayenne_ de Jacques Higelin, de l'album Champagne et Caviar, (réédition en 2007) nous donne à entendre le bruit des cailloux que les bagnards cassaient à longueur de journée, sous un soleil de plomb et dans des conditions inhumaines.

Jacques Higelin :

Où y a d'la chaîne y a pas d'plaisir

Une prison dont on ne s'échappe pas, ou si peu. Certaines archives précieuses nous racontent ce qui fut vécu là-bas.

Ainsi ce documentaire remarquable, un docu-fiction, en noir et blanc de 1937, dédié à la mémoire d’Albert Londres. Les images sont été tournées en 1931 et sont commercialisées par L'Atelier des Archives. L'anarchiste Eugène Dieudonné, ancien bagnard, accusé d'être un membre de la bande à Bonnot, témoigne du quotidien des prisonniers en Guyane et raconte l'évasion d'un prisonnier médecin.

Pour vous faire une idée plus précise de la vie quotidienne au bagne de Cayenne, vous pouvez aussi consulter cet article passionnant d’Hélène Taillemite sur le site Criminocorpus.

Des milliers de lettres, témoignages saisissants de l’univers carcéral des condamnés dont elles décrivent la réalité quotidienne.

Des pages qui racontent la cruauté d’un système arbitraire et rappellent celles du best-seller Papillon d'Henri Charrière, qui paraîtra en 1969, suivi dix années plus tard, par l'adaptation du réalisateur américain, Franklin J. Schaffner, réunissant Steve McQueen dans le rôle d'Henri Charrière (Papillon), et Dustin Hoffman dans celui de Louis Delga.

Publié le 30 avril 1969, l'autobiographie Papillon d'Henri Charrière, ancien bagnard en Guyane française sera vendu à plus de 13 millions d'exemplaires dans le monde. Et même si la vérité des aventures de l'ancien forçat est sujet à caution, ce livre reste un best-seller.

Pour en savoir plus

vous pouvez réécouter ces émissions de France Inter

Albert Londres, l'envers du bagne

En 1925, Albert Londres dénonça la machine à crimes dans une publication qui fit grand bruit et France Inter vous propose une fiction qui raconte cet épisode de la vie du journaliste.

Vous pouvez retrouver cette fiction radiophonique, Albert Londres, l’envers du bagne, diffusée en octobre 2015, dans l’émission Affaires Sensibles.

Une émission proposée par Christophe Barreyre, une fiction écrite par Manuelle Calmat, réalisée par Benjamin Abitan.

Le Bagne de Guyane

Dans son émission La Marche de l'Histoire de juin 2014, Jean Lebrun évoque le Bagne de Guyane dans une perspective politique réactualisée.

Vous pouvez retrouver les Chroniques Sauvages de Robert Arnaut dans un coffret INA

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