Symbole de la tyrannie, la prison de la Bastille a sa légende et son destin, que nous découvrons avec Robert Arnaut dans cette chronique historique emplie de bruit et de fureur.

La Bastille, gravure du XVIIIe siècle de Jean-François Rigaud
La Bastille, gravure du XVIIIe siècle de Jean-François Rigaud © Getty / DEA Picture Library

Diffusée pour la première fois sur les ondes de France Inter le 15 juillet 1989, cette Chronique Sauvage honorait alors le bicentenaire de la Révolution française.

À la réécoute, nous ne pouvons qu’admirer l’art de Robert Arnaut qui nous livre, d’entrée de jeu, un épisode d’embastillement tout en bruitages et en vociférations. On s’y croirait vraiment !

Invités

  • Françoise Commenges, conservatrice à la Caisse nationale des Monuments historiques.
  • Alain Taillade, collectionneur de lettres de cachet et de brevets de "Vainqueur de la Bastille".
  • Nicolas Faucherre, spécialiste des plans et constructions militaires.
  • Claude Quetel, historien, auteur de La Bastille ; histoire vraie d’une prison légendaire, paru en 1989 aux éditions Robert Laffont. Depuis, une nouvelle édition entièrement revue est parue en 2006 chez Larousse, puis en 2013, chez Texto, sous le titre : Histoire véritable de la Bastille. En 2013, l'historien a encore publié deux autres ouvrages sur le sujet, La Bastille dévoilée par ses archives, aux éditions Omnibus et Le mythe du 14 juillet ou la méprise de la Bastille, aux éditions Jean-Claude Lattès.
  • Henri Kubnik, producteur de radio et écrivain, auteur des Mémoires de la Bastille, paru en 1989 aux éditions Jean-Claude Lattès.

La Bastille, prison royale

Édifiée entre 1370 et 1378, en pleine Guerre de Cent ans, pour protéger l’Est de Paris des troupes anglaises, la citadelle porte à l’origine le nom de bastide Saint-Anthoine lez Paris, puis de Bastille Saint-Antoine.

C’est un authentique château-fort avec des douves profondes de huit mètres alimentées par l’eau de la Seine, un pont-levis et un arsenal. Mais, ironie du sort, cette forteresse primitive, flanquée de deux tours seulement à cette époque, n’aura jamais à se défendre des Anglais et joue le rôle d’une porte de Paris.

Dès la fin du XIVe siècle, après l’élévation d’autres tours et d’une plateforme sommitale, la bastille devient prison d’état où l’on enferme les prisonniers dans des cages en bois, baptisées les fillettes du Roi.

Crime de lèse-majesté, atteinte à l’ordre politique, religieux, ou social, mais aussi critique du pouvoir en place ou contestation, les motifs sont nombreux pour être embastillé.

Enfermés par lettre de cachet, et donc sur ordre du Roi, les citoyens incriminés entrent discrètement par la porte, nuitamment, et nul n’ose lever les yeux sur leur passage.

Quelques prisonniers célèbres

  • En 1676, Marie-Madeleine Anne Dreux d'Aubray, marquise de Brinvilliers, est inculpée dans l'Affaire des Poisons. Embastillée, elle sera décapitée pour crime de fratricide par empoisonnement.

Pour en savoir plus sur la série de scandales que fut l’Affaire des Poisons, vous pouvez réécouter l’émission Autant en emporte l’histoire du dimanche 18 septembre 2016, intitulée Louis XIV et l’Affaire des Poisons.

  • François-Marie Arouet dit Voltaire, l'écrivain à l'existence tumultueuse, embastillé plusieurs fois et qui écrira un poème, La Bastille, sur ces événements.

Me voici donc en ce lieu de détresse,
Embastillé, logé fort à l’étroit,
Ne dormant point, buvant chaud, mangeant froid,
Trahi de tous, même de ma maîtresse.

Pour en savoir plus sur la vie de Voltaire, vous pouvez réécouter l’émission La Marche de l'Histoire du jeudi 31 octobre 2013, intitulée Voltaire et la religion.

Pour en savoir plus sur la vie du marquis de Sade, vous pouvez réécouter l’émission Ça peut pas faire de mal du samedi 25 octobre 2014, intitulée Sade, le divin marquis.

  • L’homme au Masque de Fer, dont l’identité ne fut jamais révélée, et dont le masque n’était probablement que de velours, fut aussi un pensionnaire de marque, qui conforte l’idée que la Bastille recèle de biens lourds secrets.

Avec talent et rigueur, Robert Arnaut évoque avec ses invités tous ces aspects de l'énigme de la Bastille.

La Bastille, une légende

Jetés pêle-mêle dans les fossés au moment de la Révolution, les archives ont été récupérées et sont aujourd’hui source d’informations sur ce haut-lieu d’intrigues et de mystères.

C’est ainsi que l’on découvre que cette prison n’a hébergé que 6 000 prisonniers et n’a connu que sept évasions au cours de quatre siècles d'existence !

Le plus singulier évadé de la Bastille, se nomme Jean Henry, dit Danry, dit Masers de Latude. Cet aventurier passe 35 ans en diverses prisons pour avoir envoyé une machine infernale à la marquise de Pompadour. En 1787, Latude publie ses Mémoires, sujettes à caution, mais qui ont beaucoup de succès pendant la Révolution.

La Bastille, un symbole renversé

Même si Louis XVI a le projet de cesser les lettres de cachet, de fermer la Bastille et d’en faire une esplanade, le mouvement de masse contre la monarchie absolue est lancé, et l’Affaire du collier de la reine va aussi sonner le glas pour la Bastille.

Pour en savoir plus, vous pouvez réécouter l’émission Autant en emporte l’histoire du dimanche 19 mars 2017, intitulée Jeanne de La Motte et le Collier de la Reine.

D’autres événements se succèdent très rapidement : les émeutes du Faubourg Saint-Antoine, en avril 1789, à deux pas de la Bastille, la fusillade et le carnage par la Garde française, peu évoqués par les historiens de l'époque ; puis le renvoi par le Roi du très populaire ministre Necker le 11 juillet 1789.

L’abbé Morlaix :

La populace ouvre les maisons, prend les armes, demande de l’argent, les canons dans les rues, les rues dépavées, le peuple s’amasse avec dans les yeux, la fureur et l’effroi.

La destruction presque immédiate de la Bastille après sa prise qui signe le début de la Révolution française, donne le ton et les ambassadeurs des autres pays se pressent pour confirmer que la France, le 14 juillet 1789, a destitué sa monarchie.

Les historiens s’accordent sur le fait que la Bastille était le symbole de la royauté à abolir. Pour cette raison, les chroniques du temps ont exagéré la réalité.

Sur les lieux où s'élevait l'ancienne prison, aujourd'hui simple place parisienne, s'élève un nouveau symbole, le génie de la Bastille !

Avec ses ailes dans le dos, portant dans la main gauche les chaînes brisées du despotisme et brandissant dans sa main droite le flambeau de la Liberté, il porte une étoile au front, c’est le génie de la Liberté.

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