Entre Matisse le fauviste et Picasso le cubiste, la relation complexe de deux géants de la peinture moderne, décrite subtilement, en évocations et en musique, par Robert Arnaut.

"La Joie de Vivre" (extrait) d'Henri Matisse © GettyImages - "Les Demoiselles d'Avignon" (extrait) de Pablo Picasso © J-M Emportes / AFP
"La Joie de Vivre" (extrait) d'Henri Matisse © GettyImages - "Les Demoiselles d'Avignon" (extrait) de Pablo Picasso © J-M Emportes / AFP

Dans cette Chronique Sauvage qui fut diffusée pour la première fois le 20 novembre 1993, Robert Arnaut développe génialement toutes les étapes de la rencontre des deux chefs de file des mouvements qui bouleversèrent la peinture française, le fauvisme pour Henri Matisse et le cubisme pour Pablo Picasso.

Les invités

  • Anne Distel, conservateur général honoraire du patrimoine au Musée d'Orsay et auteur de nombreux ouvrages sur la peinture du XIXe siècle, elle est aussi professeur d’histoire de l'art à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV et spécialiste de peinture impressionniste.

  • Xavier Girard, conservateur du patrimoine, commissaire d’expositions et enseignant, il est également écrivain, historien, critique d’art, plasticien et jardinier. Il écrit sur l’art contemporain depuis la fin des années 1970, ainsi que de nombreux ouvrages sur Matisse.

  • Dominique Fourcade, poète et critique d'art, il reçoit le Grand prix de poésie de l'Académie française pour l’ensemble de son œuvre poétique.

  • Pierre Daix, journaliste, écrivain et historien de l'art français, il a écrit de nombreux ouvrages sur Picasso entre 1966 et 1997.

Deux chemins différents

En 1892, à 23 ans, Henri Matisse arrive à Paris pour devenir peintre, il a découvert cette passion lors d’une période de convalescence. Alors que, dans le Nord-Ouest de l’Espagne, vit Pablo Ruiz y Blasco, onze ans, dont le jeune talent force l’admiration de son père, professeur de dessin qui l’inscrit à l’Institut secondaire des Arts et Métiers.

En compagnie de ses invités, Robert Arnaut évoque la situation des deux artistes avant leur rencontre, c’est la période des voyages dans le Sud de la France pour Matisse, la venue du jeune Picasso à Paris, en 1901.

C’est la période du Bateau-Lavoir, la cité d’artistes où loge le jeune Pablo Picasso, et celle du Lapin Agile, un cabaret de la butte Montmartre où les artistes se rencontrent.

Au début du siècle dernier, de nombreux peintres cherchent leur style dans le refus de l’académisme.

« Moyen d’expression plus que de reproduction, le tableau devient le théâtre d’une émotion ».

Advient la passionnante épopée de la naissance du fauvisme (1905) de celle du cubisme (1907), et de l’évolution des deux artistes dans leur milieu et avec leurs pairs.

Catalyseur d’art et d’artistes, la poétesse féministe Gertrude Stein est celle qui provoque une rencontre entre les deux artistes.

Gertrude Stein définissait les deux artistes comme le « Pôle Nord » (Matisse) et le « Pôle Sud » (Picasso) de l'Art moderne.

« Le Bonheur de Vivre » de Matisse

Présenté au Salon d’Automne de 1906, Le Bonheur de Vivre est une huile sur toile d'Henri Matisse qui défraie la chronique lors de cette exposition.

Gouaches découpées évoquant des silhouettes, aplats de couleur et construction géométrique de l’espace, tout est nouveau.

Alors qu’elle est exposée chez les Stein, puisque le frère de Gertrude, Léo, en a fait l’acquisition, Pablo Picasso reçoit cette œuvre comme un défi.

Sa réponse, en peinture, viendra quelque temps après, avec Les Demoiselles d’Avignon.

« Les Demoiselles d’Avignon » de Picasso

Opposé à l’idéal esthétique de Matisse, Picasso cherche à provoquer dans cette toile immense et inachevée, sur laquelle il travaillera une année entière.

Le thème des prostituées, les codes de la peinture classique brisés, le tableau provoque fureur et passion, et Picasso révolutionne, lui aussi, la peinture.

Matisse et Picasso, en dépit des rumeurs, se rencontrent plus souvent qu’on ne pense, et vivent leur admiration mutuelle à leur façon : Matisse plus généreux, plus serein et Picasso le prédateur, plus susceptible d’emprunter des idées artistiques à son aîné.

Mais lorsque dans le Groupe des Six, Jean Cocteau écrit le poème Parade pour le ballet éponyme composé par Erik Satie, et choisit Pablo Picasso pour les décors, les costumes et le rideau de scène, Henri Matisse, lui, va signer les costumes et les décors du ballet Le Chant du Rossignol d’Igor Stravinsky.

(Dans ce document, Jean Cocteau raconte la création de Parade)

Simultanéité des découvertes, recherche picturale en constant échange de visions, les deux artistes, chefs de deux mouvements synchrones dans la révolution artistique du siècle, se soutiennent de leur propre évolution.

Pierre Daix :

Aux yeux de Picasso, Matisse était l’autre plus grand peintre du XXe siècle.

Le 3 novembre 1954, Matisse meurt.

Picasso lui survivra pendant presque vingt ans et deviendra le maître de l’Art Moderne.

Pour en savoir… et en voir plus, sur France Inter !

En 2015, Mariel Bluteau nous emmenait au Moma de New York, pour la remarquable exposition Matisse !

Plus récemment, l'émission Autant en emporte l'Histoire relatait un épisode important de la vie de Picasso, avec une fiction écrite par Julie Birmant, réalisée par Baptiste Guitton : Fernande et Pablo.

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