Clara Dupont-Monod et Gilles Heuré reçoivent ce samedi Lionel Duroy pour L'hiver des hommes (éditions Julliard)

Reclus dans la petite république ethniquement « pure » pour laquelle ils ont combattu leurs voisins croates et bosniaques, les Serbes de Bosnie sont pourtant aujourd'hui les gens les plus désespérés qui soient. Un voyage aux confins de l'Europe et une méditation sur la guerre et l'inaptitude au bonheur.

L'hiver des hommes
L'hiver des hommes © radio-france

Pourquoi la fille du général Mladic, commandant en chef des forces serbes durant le siège de Sarajevo, accusé de génocide, s'est-elle tirée une balle dans la tête avec le revolver préféré de son père ? C'est pour tenter de répondre à cette question que Marc, écrivain, passionné depuis toujours par le destin des enfants de criminels de guerre, s'envole pour Belgrade en novembre 2010 alors que rien ne va plus dans sa propre vie. À Belgrade, il est amené par d'étonnants hasards, ou malentendus, à rencontrer quelques-uns des plus proches lieutenants du général Mladic, des hommes pour la plupart recherchés pour crimes de guerre. Ce sont eux qui l'encouragent à partir pour la petite République serbe de Bosnie ou, disent-ils, il rencontrera le véritable peuple serbe, celui qui a gagné la guerre et continue de se battre aujourd'hui contre les Musulmans.

Arrivéà Pale, la capitale historique des Serbes de Bosnie, un ancien village de montagne devenu une ville de trente mille habitants prise sous un mètre de neige, Marc découvre une population emmurée dans le désespoir, abandonnée de tous, mais cependant persuadée d'avoir mené une guerre juste. Les ex-officiers ne nient pas avoir commis les crimes les plus épouvantables contre leurs anciens voisins musulmans et croates, mais ils estiment avoir agi en état de légitime défense et avoir été trahis par leurs anciens alliés français. Pour se justifier, ils font à Marc le récit de leur guerre, ne cachant rien des atrocités qu'ils ont commises, ou qu'ils ont subies. Marc ne les juge pas – des jours et des nuits durant il les écoute. Ce sont pour la plupart des hommes attachants, exceptionnels parfois, qui luttent aujourd'hui contre leur propre conscience, contre leurs cauchemars aussi, enfermés dans une prison dont ils sont les geôliers. L'écrivain éprouve à leur endroit une curieuse empathie, comme si cet enfer dans lequel ils se sont enfermés faisait écho à son propre désarroi.

« Nous croyons qu'à rompre avec la source du mal nous allons pouvoir inventer notre propre vie et apporter le bonheur à nos enfants », écrit-il, « alors que nous sommes faits de ce mal et qu'ainsi il continue de nous habiter et de nous ronger quoi que nous décidions, et quel que soit l'endroit du monde ou nous allions nous réfugier. » Ce que vivent ces hommes est finalement pour Marc l'écho le plus exacerbé, le plus terrifiant, de ce que nous sommes nombreux à vivre chacun silencieusement au fil de notre propre destin.

Idées reçues

« Difficile d’apprécier les romans de Patrick Modiano si on n’est pas parisien »

Faux d'après Clara Dupont-Monod, la preuve parL’herbe des nuits (Gallimard)

« Alexandre Dumas devait payer son loyer »

Vrai selon Gilles Heuré, la preuve par Les Médicis : splendeurs et secrets d'une dynastie sans pareille d'Alexandre Dumas (La Librairie Vuibert)

« L’arrivisme a explosé avec le néolibéralisme »

Faux d'après Clara Dupont-Monod, la preuve par Le manuel de l’arriviste de Henri Château, (Editions Jean-Claude Gawsewitch)

L'anniversaire oublié

Gilles Heuré évoque octobre 1946: la revue n°13 des « Temps modernes » publie pour la première fois les extraits de L’écume des jours de Boris Vian, autour du livre D'où viens-tu Boris ? : 1920-1939. Vian, de Ville-d'Avray à Landemer, enfance, adolescence, insouciance de Nicole Bertolt (Le Cherche Midi)

Mais pourquoi

Pourquoi tant de polémiques autour de Lorànt Deutsch ?

Clara Dupont-Monod à l'occasion de la parution de Métronome : l'histoire de France au rythme du métro parisien : le coffret de Lorànt Deutsch (Livre + 2 DVD, M. Lafon)

Le neurone en folie

Gilles Heuré nous parle de Entre deux rives d'Emmanuel de Waresquiel (L’iconoclaste)

Les lectures des auditeurs

Coup de coeur de Paul de Thionville pour Home de Toni Morrison (Christian Bourgois éditeur)

Coup de coeur de Stéphane de l'Haye les Roses pour Le chant du monde de Jean Giono (Folio)

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