Le célèbre pianiste Menahem Pressler enregistre pour le label La Dolce Volta l'intégrale des sonates de Mozart. Le second volet est paru, avec au programme deux sonates : K.457 et K.333, ainsi que la Fantaisie en Do mineur K.475.

Menahem Pressler, pianiste, interprète Mozart avec le Boston Symphony Orchestra le 22 novembre 2016.
Menahem Pressler, pianiste, interprète Mozart avec le Boston Symphony Orchestra le 22 novembre 2016. © Getty / Jessica Rinaldi / The Boston Globe

C'est après le concert donné pour ses 90 ans, où Mozart figurait au programme, que Menahem Pressler s'est lancé dans l'enregistrement d'une intégrale des Sonates. "J'ai toujours eu un grand amour pour Mozart, dit-il. Et en vieillissant, je deviens plus aventurier, je prends plus de risques. A bien des égards, je vois plus loin, plus profondément".  Alors aventurier et audacieux, Menahem Pressler l'est à n'en pas douter, puisque c'est à 85 ans qu'il a repris une carrière de soliste, après un parcours absolument hors du commun.

Né en 1923 en Allemagne dans une famille juive de la moyenne bourgeoisie, il parvient à fuir le nazisme en embarquant en 1938 avec sa famille pour la Palestine. Installé à Tel Aviv, il étudie le piano avec Eliyahu Rudiakow et Léo Kastenberg, puis exprime au pianiste Paul Loyonnet, venu se produire en Israël, son désir de passer le concours Debussy de San Francisco. Loyonnet le prépare, organise son départ, et Pressler remporte le concours.

Sa victoire lui ouvre les portes de Carnegie Hall, la mythique salle de concert. Pressler s'installe à Hollywood, où il fréquente les grands exilés que sont Arnold Schoënberg, Thomas Mann, Alma Mahler. Il grave quelques disques pour la MGM, et émet le désir d'enregistrer de la musique de chambre. C'est à Mozart, déjà à l'époque, qu'il pense.

On lui présente le violoniste Daniel Guilet, le violoncelliste Bernard Greenhouse, et c'est le début, en 1955, du légendaire Beaux Arts Trio. Une formation à la longévité record, plus de 50 ans, qui verra se succéder plusieurs violonistes et violoncellistes, à laquelle Pressler restera fidèle jusqu'au départ de son dernier violoniste en 2008. Pressler considère alors qu'il est temps de tourner la page, et que c'est le moment, pourquoi pas, de reprendre sa carrière de soliste mise entre parenthèses pendant plus d'un demi siècle.

Alors bien sûr, c'est un pianiste un peu hors d'âge qu’on entend ici. Les tempi sont, comme souvent chez les musiciens âgés, très lents, et il n'a plus l'aisance et les doigts d'un musicien plus jeune, mais c'est autre chose. Il faut prendre le temps de rentrer dans son interprétation, son jeu plein, aux phrasés magnifiques et d'une grâce dénuée de toute afféterie. Un piano apaisant, celui d'un homme qui a traversé le siècle, qui vit pour s'imbiber de notes et les partager, et pour qui le bonheur et l'accomplissement de soi passe par le piano. "Grâce à Mozart,a-t-il déclaré, nous pouvons danser. Sans lui, nous devrions marcher."

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