L'Orchestre Philharmonique de Radio France fête ses 80 ans et interprétera vendredi 15 septembre la célèbre partition du compositeur russe.

Portrait d'Igor Stravinsky
Portrait d'Igor Stravinsky © Getty / George Rinhart / ContributeurCorbis

J'entrevis dans mon imagination le spectacle d'un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, en observant la danse à la mort d'une jeune fille, qu'ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps

Igor Stravinsky

Le ballet, sous titré "Tableaux de la Russie Païenne", est construit en deux parties : L'adoration de la Terre, puis, le Sacrifice.

Quand Stravinsky écrit le Sacre, les deux précédents ballets qu'il a composé pour les Ballets Russes, "Petrouchka" et "L'oiseau de Feu", l'on déjà rendu célèbre. Mais il fait preuve ici d'une audace qui va nettement plus loin. La partition est d'une richesse, d'une complexité rythmique et harmonique tout à fait nouvelle. D'une sauvagerie, aussi, qu'on ne retrouvera jamais si puissante dans l'œuvre de Stravinsky.

Le compositeur et chef d'orchestre Pierre Boulez :

Une sorte de barbarie très bien étudiée, qui a tout l'air d'une barbarie, mais qui - en fait - est un produit extrêmement élaboré

Lorsque Debussy entend la réduction pour piano à 4 mains, quelques temps avant la création, il écrit à Stravinsky : "Votre Sacre me hante comme un beau cauchemar, et j'essaye vainement d'en retrouver la terrible impression. C'est pourquoi j'en attends la représentation comme un enfant gourmand auquel on on aurait promis des confitures".

Serge Diaghilev, le directeur des Ballets Russes, confie la chorégraphie à Vaslav Nijinsky. Les répétitions ont lieu non sans heurt. Stravinsky reproche à Nijinsky son incapacité à s'approprier les idées révolutionnaires de Diaghilev, mais aussi une méconnaissance de la musique.

Et Nijinsky, est lui exaspéré par le peu de considération que lui témoigne Stravinsky, avec lequel il est pourtant ami depuis des années. Au point que Diaghilev est régulièrement contraint d'intervenir pour calmer les deux artistes.

La création aura lieu le 29 Mai 1913 au Théâtre des Champs Elysées et fera scandale

"J'ai quitté la salle dès les premières mesures du Prélude, qui tout de suite soulevèrent des rires et des moqueries, écrit Stravinsky. J'en fus révolté. Ces manifestations, d'abord isolées, devinrent bientôt générales et, provoquant d'autre part des contre manifestations, se transformèrent très vite en un vacarme épouvantable".

Certains parlent de Massacre du printemps, d'autres hurlent frénétiquement "Bravos !" Mais si la musique déstabilise, c'était avant tout la chorégraphie qui met le feu aux poudres : la répétition des gestes, la tribalité des mouvements choquent des chroniqueurs qui moquent "Une danse des Caraïbes où l'on rampe "A la manière des phoques."

L'œuvre a inspiré nombre de chorégraphes

Maurice Béjart, Angelin Preljocaj, Martha Graham entre autres, ont chacun crée leur Sacre. Et puis, il y la splendide version de Pina Bausch, en 1975.

Le plateau est recouvert de terre. Les jeunes femmes sont en nuisette sable, les hommes torses nus, et la sacrifiée, l'élue, est en rouge. Dans une lutte sauvage, ils s'affrontent, dans une danse aussi violente que poétique, jusqu'à la mort.

Pour Boulez, "Ce rituel de la Russie païenne atteint une dimension passablement éloignée de son point de départ : il est devenue le sacre, et le mythe, de la musique moderne."

Le Sacre du Printemps sera donc au programme du concert anniversaire de l’Orchestre Philharmonique de Radio France le 15 septembre et le lendemain, le 16, l’oeuvre sera expliquée par Jean-François Zygel à l’Auditorium de la Maison de la Radio également.

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