Un disque paru sur le label Lyrinx. Ingmar Lazar y interprète deux œuvres majeures : la redoutable Wanderer Fantaisie et avant-gardiste Sonate n°20.

 Portrait du compositeur autrichien Franz Schubert vers 1810.
Portrait du compositeur autrichien Franz Schubert vers 1810. © Getty / Keystone-France / Gamma-Keystone

Je suis heureuse de vous parler de ce pianiste aujourd'hui parce que c'est un jeune homme que j'ai connu il y a une douzaine d'années, il avait 12 ans, lors d'un récital qu'il avait donné à l'époque Salle Cortot. Alors c'était un phénomène, un enfant prodige, c'est un concert qui m'avait beaucoup marquée à l'époque, mais on ne sait jamais comment évoluent les jeunes virtuoses, tout peut s'arrêter aussi, il y a des enfants géniaux qui, passée l'adolescence, arrêtent tout, ou pire, deviennent de piètres musiciens, donc j'étais très curieuse, et ravie, d'entendre avec ce premier album le très bel et puissant interprète qu'il est aujourd'hui. Le programme s'ouvre par la Wanderer-Fantaisie en Ut Maj...

La Wanderer-Fantaisie est une des oeuvres les plus virtuoses écrites par Schubert, au point que, dit-on, elle surpassait les propres capacités pianistiques du compositeur. "Le Diable seul peut jouer ça", aurait-il déclaré. Composée en 1822, on distingue dans cette œuvre d'un seul tenant quatre mouvements. Après "l'Allegro con fuoco ma non troppo", qu'on écoute, plein de fougue, débordant d'énergie, place au profond et doux Adagio...

Cet Adagio reprend le thème central du lied "Der Wanderer", le fameux voyageur errant cher à Schubert, composé quelques années plus tôt par Schubert sur un poème de Schmidt Von Lübeck.

"Je descends des montagnes,

La Vallée s'assombrit, la mer rugit.

Je me promène silencieusement et suis un peu malheureux,

Et mes soupirs demandent toujours "où?"

Le soleil me semble si froid ici,

Les fleurs fanées, la vie vieille,

Et ce qu'ils racontent bruit vide et creux;

Je suis un étranger partout."

Le lied se termine par "Là où tu n'es pas, se trouve le bonheur"

Une phrase que Liszt citera plusieurs fois, lui, le musicien itinérant, à qui la Wanderer Fantaisie inspira avant sa transcription pour piano et orchestre une oeuvre pour piano seul, parmi les 12 lieder Von Franz Schubert S.558...

Et c'est avec Schubert, encore et toujours, que se clôt cet album.

Avec la Sonate n°20 en La Maj, D.959, une des dernières oeuvres du compositeur, parmi ce qu'on appelle "Les trois dernières sonates", achevée deux mois avant la mort de Schubert, à 31 ans.

Le sublime Andantino, Brahms l’appelait "berçeuse de la douleur" Lancinant au début, hypnotique, le mouvement se transforme peu à peu en vision d'horreur, d'une violence terrible. Avant que rejaillisse le poignant chant initial, qu’on entend ...

Ingmar Lazar nous donne à entendre un Schubert sans fard. Un piano aussi musclé que délicat, qui chante, vibre, respire large, et émeut.

Il sera en concert à la Salle Cortot, à Paris, le 12 octobre prochain. 

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