Le "War Requiem" de Britten se joue à l'Opera de Lyon jusqu'au 21 octobre dans une mise en scène de Yoshi Oida, dirigé par Daniele Rustioni. Une oeuvre rarement donnée.

Le Baryton Lauri Vasar (R) et le ténor américain Paul Groves pendant une répétition du "War Requiem", le 6 octobre 2017 à l'Opéra de Lyon.
Le Baryton Lauri Vasar (R) et le ténor américain Paul Groves pendant une répétition du "War Requiem", le 6 octobre 2017 à l'Opéra de Lyon. © AFP / PHILIPPE DESMAZES

Cela faisait 40 ans que le War Requiem n'avait pas été joué à l'Opera de Lyon, l'effectif que nécessite l'œuvre étant très important.

C'est une sorte d'immense symphonie chorale, qui réunit un grand orchestre, un orchestre de chambre, un grand chœur, un chœur d'enfants et trois solistes.

Cathédrale de Coventry

Le War Requiem est né d'une commande passée à Britten pour célébrer la reconstruction de la Cathédrale de Coventry, détruite en 1940 par les bombardements de la Lüfwaffe. On donne au compositeur carte blanche, et Britten, plutôt que d'exalter la victoire de l'armée britannique, choisit d'écrire une pièce qui dénonce les atrocités de la guerre sous la forme d'un requiem.

A la Missa pro defunctis de la liturgie chrétienne, en latin, Britten enchâsse des poèmes de Wilfred Owen, un poète anglais, homosexuel, comme lui, mort dans les tranchées quelques jours avant l'armistice de 1918.

"Ces poèmes magnifiques, écrit Britten, pleins de haine pour toute destruction, sont une sorte de commentaire de la Messe ; Ils doivent être chantés avec la plus grande beauté, la plus grande intensité et sincérité."

Distribution symbolique

Britten avait en tête trois solistes pour interpréter son Requiem. Son compagnon, le ténor anglais Peter Pears, son ami Dietrich Fischer-Dieskau, génial baryton allemand, et la soprano russe Galina Vichnevskaia.

Une distribution hautement symbolique, réunissant en scène un britannique, un allemand et une russe. Galina Vichnevskaia ne sera pas autorisée par les autorités soviétiques à participer à la création, le 30 mai 1962. Mais l'année suivante, c’est avec elle que le War Requiem sera gravé au disque.

Trois univers différents

Le grand orchestre, le chœur et la soprano prennent en charge le sacré, la traditionnelle liturgie latine, l'orchestre de chambre avec le ténor et le baryton donnent à entendre l'humain, sur les poèmes d'Owen, et le chœur d'enfants, accompagné par un orgue, représente la transcendance.

Dans la production qui se joue en ce moment à Lyon, Yoshi Oida met en scène des enfants qui apparaissent comme les spectateurs d'une pièce à laquelle ils sont étrangers. Ils montent en scène depuis la salle, en tenue de ville, d'aujourd'hui. Et montrent une distance à l'égard de ce qui se joue, un profond étonnement. Un contraste qui saisit, très évocateur.

Paix intérieure

Pour Yoshi Oida, qui a vécu, enfant, la guerre au Japon, l'œuvre fait référence aux 1ère et 2nde guerres mondiales, mais pour lui, cette pièce touche directement au plus profond de l'humain, à une intériorité qui fait écho en chacun d'entre nous.

Ce n'est pas une oeuvre qui console, qui apaise,écrit il. Bien au contraire, elle nous incite à regarder frontalement les ravages des conflits, la violence infligée à des générations d'enfants. Britten met en scène une paix intérieure chimérique.

► EN SAVOIR PLUS | Le War Requiem de Britten, à l’Opera de Lyon, jusqu'au 21 octobre. Une production dirigée par Daniele Rustioni et mise en scène par Yoshi Oida

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