Inspiré par la catastrophe nucléaire, Kein Licht, cinquième opéra du compositeur Philippe Manoury est présenté à l’Opéra-Comique à Paris, jusqu’au 22 octobre.

 Une scène de l’opéra « Kein Licht  » lors de sa création le 25 août 2017 à Duisbourg, en Allemagne
Une scène de l’opéra « Kein Licht » lors de sa création le 25 août 2017 à Duisbourg, en Allemagne © Maxppp / Caroline Seidel/dpa/picture-alliance/Newscom

"Kein licht", pas de lumière en français, est une création du compositeur Philippe Manoury, avec l’Ircam, et du metteur en scène Nicolas Stemann, d'après un texte de Elfriede Jelinek.

Thinkspiel

Kein Licht est un "Thinkspiel" pour acteurs, chanteurs, musiciens et musique électronique en temps réel. On connaît le Singspiel, le forme faisant alterner le chant et les dialogues parlés, mais qu'est-ce qu'un Thinkspiel ?

Comme un clin d'œil au Singspiel, c'est un jeu avec la pensée, un jeu de pensées. Comme un casse tête, fait d'énigmes, sans narration classique, qui tend à faire réfléchir les spectateurs. Thinkspiel comme nouveau genre aussi, où s'entrelacent le théâtre et l'opéra, avec l'envie de créer une forme hybride où seraient expérimentées les graduations de nuances entre les différentes vocalités, du chuchotement au chant lyrique.

Catastrophe de Fukushima

Un livret plutôt touffu, où dialoguent des personnages perdus dans l'espace et le temps, suite à la catastrophe de Fukushima. Quand le spectacle commence, nous sommes le 11 mars 2011. Un chien rescapé fait son entrée en scène, gémissant, en duo avec une trompette 

Puis deux acteurs, appelés A et B, s'interrogent. "Comment imaginer une sortie du nucléaire? Impossible, nous ne sommes que radiation".

Nous serons ensuite en 2012, face à des zones devenues entièrement inhabitables, où l'eau envahit tout. Trois chanteuses, telles les filles du Rhin, aboient avec le chien. Ces chiens errants autrefois aimés. Les acteurs A et B nient toute responsabilité, tandis qu'une femme endeuillée est outrée par tant d'hypocrisie.

Palimpseste

Entre ces deux parties, le compositeur Philippe Manoury prend la parole. Réchauffement climatique, énergie nucléaire, connaissances scientifiques, prises de positions idéologiques, calculs politiques, stratégies économiques : tout désormais, s'entrechoque. Notre réel est un immense palimpseste, ce Thinkspiel veut à son tour creuser ce palimpseste réel.

Il y a une atmosphère en scène qui tient en éveil, ça fourmille d'idées. Une vraie cohésion aussi entre la musique, dramatiquement forte, pleine de contrastes et de nuances, et le texte, les images, et le théatre. Ça bruisse, ça tinte, ça sonne, ça crie, allant d'à peine perceptibles clapotis jusqu'au déferlement de notes.

La pièce interroge le moment où la technologie devient hors de contrôle, menant à la catastrophe. C'est intéressant car Philippe Manoury utilise lui aussi ces technologies dans son travail : le principe de réaction en chaîne, alliant l'acoustique et les machines en direct. 

La pièce se termine en 2017, avec les fantômes des morts.

La femme endeuillée apparaît pour chanter un dernier lamento, hommage à la 3 ème symphonie de Mahler, d'une grande beauté.

O Mensch! Gib acht! / O homme, prend garde !

► "Kein Licht" de Philippe Manoury et Nicolas Steman d'après la pièce d'Elfriede Jelinek, jusqu'au 22 octobre à l'Opera Comique à Paris.

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