Une représentation filmée à l'Opera de Nancy vient de paraître en DVD et Blu-Ray chez Harmonia Mundi.

Raphaël Pichon contre-ténor, chef de chœur et chef d'orchestre le 14 avril 2015 à l'Opéra de Bordeaux
Raphaël Pichon contre-ténor, chef de chœur et chef d'orchestre le 14 avril 2015 à l'Opéra de Bordeaux © AFP / NICOLAS TUCAT

L'Orfeo de Luigi Rossi filmé à l'Opera de Nancy vient de paraître en DVD et Blu-Ray chez Harmonia Mundi. C'est une production mise en scène par Jetske Mijnssen, avec l'Ensemble Pygmalion dirigé par Raphael Pichon. Une oeuvre très rarement donnée.

Il n'en existe même qu'un seul enregistrement, celui de William Christie, c'était en 1990, alors que l'œuvre est considérée par les spécialistes comme absolument majeure dans l'histoire de la musique.

L'Orfeo de Rossi, lors de sa création au Palais Royal en 1647, a été un événement, parce que ça a été la découverte en France d'un genre encore inconnu, né en Italie au début du XVII ème siècle : l'opéra. 

Un événement aussi parce le public entend  de grands castrats, dans la fosse le mélange des 24 violons du Roy avec de nombreux musiciens italiens, et que la machinerie imaginée par l'ingénieur Giacomo Torelli est époustouflante.

On sait que les divertissements donnés à la cour étaient des armes importantes pour assoir le pouvoir politique, et c'est dans ce but aussi que Mazarin commande une oeuvre de très grande ampleur à Rossi et au librettiste Francesco Butti. 

Avec scènes de ballets dans la tradition Francaise, hymne à la royauté incarnée par Anne d'Autriche, qui était présente dans la salle, et fin heureuse.

De ce spectacle de plus de 6 heures, Raphael Pichon explique que pour la musique, seule une copie manuscrite incomplète où ne figurent que la ligne vocale et la basse continue lui est parvenue, et que le livret était très incomplet également.

C'est donc une véritable recréation, effectuée avec Miguel Henry, qu'il nous propose aujourd'hui. En choisissant de couper le prologue, l'épilogue, et de concentrer l'action sur les héros de cette tragi-comédie.

Les héros étant Orphée et  Euridice bien sûr,  les deux amants au destin tragique, c’est eux qu'on entend, mais aussi Aristée, jeune Berger épris d'Euridice, qui sombrera dans la folie après la mort de la jeune femme, mordue par sa faute par un serpent.

Cette reconstitution, qui est un travail titanesque, est, sans aucun doute une grande réussite. C'est animé de bout en bout, d'une grande variété et richesse de timbres. On a le tragique, le comique aussi, des énergies, des dynamiques très contrastées, avec lamentos, duos, et ensembles qui se marient, et s'enchaînent avec une fluidité et une continuité dramatique remarquables.

Les chanteurs, dans cette production mise en scène par Jetske Mijnssen, sont tous très investis. L'Euridice de Francesca Aspromonte est vivante, lumineuse, sensuelle, avec un timbre charnu. L'Aristée de Giuseppina Bridelli touchante dans sa rage et son impuissant  désespoir, et l'Orphée de Judith Van Wanroy, par sa simplicité, sa noblesse , et la beauté de sa ligne de chant nous déchire dans le lamento final avec lequel Raphael Pichon a choisi de clore le spectacle.

La précieuse redécouverte d'une oeuvre, qui fondera les bases des tragédies lyriques à la Francaise inventées par Lully, qui fleuriront les décennies suivantes.

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