La saison de l'Opéra de Paris s'ouvre avec Œdipe de Georges Enesco, qui inaugure également le mandat de son nouveau directeur, Alexander Neef. Une production dirigée par Ingo Metzmacher et mise en scène par Wajdi Mouawad.

C'est une tragédie lyrique rarement montée. On ne l’avait pas revue à Paris depuis sa création en 1936. Enesco, c’était alors un violoniste absolument génial, chef d’orchestre aussi, et compositeur roumain formé à Vienne puis à Paris, où il a passé une grande partie de sa vie… 

C'est à la comédie française qu’Enesco découvre, en 1909, Œdipe incarné par le grand tragédien Mounet-Sully, et c’est pour lui une révélation :

« Je sortis de la comédie française possédé. Cette tragédie de la lutte entre l’homme et son destin, cette tragédie la plus inexorable mais aussi la plus pitoyable de toutes, de quelle hauteur ne dépassait-elle pas les tristes faits divers qu’on nous sert en tableaux lyriques! »

Œdipe mûrira en lui plus de 20 ans, et contrairement à Sophocle qui se concentre dans sa tragédie sur le moment où Œdipe enquête sur ses origines, Enesco choisit d’embrasser toute la vie du héros maudit, de sa naissance à sa mort.

Le metteur en scène Wajdi Mouawad, grand spécialiste de Sophocle, remonte aux origines avec l’ajout d’un prologue qui retrace la lignée royale thébaine, et convoque les quatre éléments pour définir les lieux. Thèbes correspond à la terre, Corinthe au monde céleste, Athènes, lieu de renaissance d’Œdipe, est l’eau, et le feu évoque le monde intérieur du héros.

Mouawad a à cœur d’étreindre toutes les possibilités de l’œuvre et de l’animer le plus possible, il nous propose une mise en scène généreuse et très claire. Tout comme la direction d’Ingo Metzmacher, qui nous donne à entendre toutes les différentes textures de l’orchestre, les rythmes et les dynamiques sans cesse fluctuants. C’est un ouvrage très complexe. pour les voix aussi, les langages sont multiples... 

Œdipe, c’est Christopher Maltman, exceptionnel baryton anglais qui incarne le rôle titre avec autant de puissance vocale que dramatique. Il a un engagement en scène saisissant, ce qui est très important pour une œuvre comme celle là, qui s’apparente presque à certains moments à du théâtre musical.

Œdipe d’Enesco, dirigé par Ingo Metzmacher et mis en scène par Wajdi Mouawad, c’est jusqu’au 14 octobre à l’Opéra Bastille, visible également en direct le 14 sur les plateformes Opéra chez soi et Medici, puis diffusé sur France Musique le 30 octobre.

Extrait sonore : Œdipe d'Enesco, dirigé par Lawrence Foster (Warner Classics)

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