Aujourd'hui, je ne sais plus comment ça a commencé. Je ne sais plus si c'était une belle journée. D'ailleurs, je ne sais pas non plus si c'était une journée particulière. J'avais l'impression de vivre une journée comme les autres. De prendre le métro comme toujours. De voir la tristesse de tous les gens. De sentir la solitude des cœurs et l'envie d'ailleurs. Et puis, j'ai pris le bus pour arriver jusqu'ici. Le chauffeur avait l'impression d'en avoir marre de cette vie qui tourne en rond. Et moi, j'avais l'impression que c'était la même chose qu'hier. Que les taxis étaient enragés et que les patrons étaient des salauds. J'avais l'impression de vivre aujourd'hui comme tous les jours. D'arriver au bureau. De dire bonjour à Virginie, à Hélène, à Sonia, à Alexia.

Ce n'était pas une journée particulière, c'était une vie de radio. Ça aurait pu durer six jours ou six mois, mais ça a duré six ans. Autant d'histoires, autant de gens, autant d'allers et autant de retours. Autant d'amour. Ça aurait pu durer six jours ou six mois, mais ça a duré six ans. Autant de temps. Autant d'endroits. Autant de vies. C'est finalement ici qu'on a grandit. Qu'on a appris à parler. Et qu'on a appris à aimer la radio. Ses silences, ses frissons. Qu'on a aimé chacun de ses directs comme des sauts à l'élastique. Qu'on a voulu continuer jusqu'à ce que ça s'arrête. Et d'ailleurs, maintenant, comment est-ce qu'on pourrait se dire au revoir ? Peut-être faudrait-il tout simplement ne plus rien dire.Aujourd'hui, je ne sais plus comment ça a commencé. Je ne sais plus si c'était une belle journée. D'ailleurs, je ne sais pas non plus si c'était une journée particulière. Seulement, aujourd'hui, il a fallu rendre notre micro. Celui qui nous avait accompagné partout. Celui qui avait cueilli tous les destins, toutes les voix, tous les écueils. Il a fallu rendre notre micro comme on rend notre arme. D'un seul coup, on se sentait tout seul, mais il nous restait notre voix. C'était une vie de radio. Et jusqu'à ce soir, elle avait duré six ans. J'aimais cette vie-là. Ses surgissements. Ses artistes qui passaient pendant que les gens faisaient l'amour ou la guerre. Ses vies qu'on racontait comme des épreuves de vérité. Ses musiciens qui jouaient pour ne pas mourir.Aujourd'hui, je ne sais plus comment ça a commencé. Je ne sais plus si c'était une belle journée. Il sera bientôt minuit et il sera bientôt demain. D'ailleurs, comment est ce qu'on se dit au revoir ? Peut-être Pascale faudrait-il juste te dire merci. Pour la confiance. Pour la liberté qu'on aura nulle part ailleurs. Pour la vie d'Alive qui était forcément plus belle la nuit. Pour l'amour de ta voix. Pour ta façon de dire non.

D'ailleurs comment est-ce qu'on se dit au revoir ? Peut-être faudrait-il ne plus rien dire. Mais il y a encore tellement de cris. Tellement d'envie qui battent. Tellement de voyages à faire. Tellement de coup d'amour.Et si nous, on ne nous aime pas ici, alors on ira chercher l'amour ailleurs.

Mais d'ailleurs, comment est-ce qu'on se dit au revoir ?

Les liens

Revivre de Gérard Manset

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.