L'écrivain, scénariste et metteur en scène Jean-Claude Carrière est décédé à 89 ans. En septembre 2013, Denis Cheissoux lui avait rendu visite dans sa maison à Colombières-sur-Orb, dans le département de l’Hérault. L'occasion d'une jolie rencontre.

Jean-Claude Carrière en 2014 à l'Hôtel de ville de Vincennes à la remise du Prix Henri Langlois
Jean-Claude Carrière en 2014 à l'Hôtel de ville de Vincennes à la remise du Prix Henri Langlois © Getty / Foc Kan

Célèbre scénariste mais également un homme engagé depuis longtemps dans la protection de l’environnement. Il reçoit dans la maison où il est né dans l'arrière-pays entre Massif Central et Méditerranée. Ses ancêtres étaient viticulteurs. 

Avoir ce lieu le fait s'interroger sur la notion de racines

Il se demande s'il ne vaudrait mieux pas naître métisse, mais d'être de nulle part. Faut-il être de quelque part ? Jean-Claude Carrière : "C'est une question à laquelle la réponse n'est pas si facile : on risque de se bloquer sur une série d'impressions, de sentiments, de soi-disant certitudes et ne pas être ouvert aux autres. 

Moi, j'ai eu la chance de naître entouré de montagne et sans images. Les premières ont été celles des albums de Tintin et Milou. Ce que nous y recherchions, c'était les dessins d'Hergé du Caire, d'avion, ou de bateau... Choses que nous ne connaissions pas du tout. 

J'avais la certitude qu'il y avait derrière ces montagnes un autre monde que je ne connaissais pas. 

Par exemple, la première fois que je suis allé à Sète, qui est situé à 40 ou 50 km d'ici, j'avais déjà sept ans. C'est la première fois que j'ai vu la mer ! 

Ici, nous sommes sur cet arc de cercle qui boucle le bas du Massif central, qui va du Périgord à la Lozère et qui est le lieu de l'habitat préhistorique. De Lascaux à la Combe d'Arc ou à la grotte Chauvet en passant par ici, où il y a beaucoup de vestiges comme des menhirs, ou des dolmens. Pas très loin d'ici, à Olargues, il y des pierres gravées très anciennes. 

Nous sommes donc sur l'habitat très ancien puisque la grotte Chauvet, c'est quand même plus de 300 siècles d'existence, avec déjà une manifestation artistique extrêmement brillante. 

Il n'y a pas ça dans le reste du monde. Quand j'entends des Indiens, des Iraniens, des Egyptiens se battre pour dire se disputer pour savoir qui est le plus vieux. Ils évoquent des 3000, 4000 ou 5000 avant Jésus-Christ. Ici, c'est 30.000 le minimum. 

Entre la Combe d'Arc et Lascaux, il y a 160 siècles ! Autant qu'entre Lascaux et nous. 

Le socle ancien sur lequel nous vivons ici, ici en particulier, est très impressionnant. Quand je marche dans la montagne et que je vois des énormes pierres qui constituent les chemins, les murs qui ont été bougés et mis en place on ne sait plus quand...  Cela se perd dans ce qu'on appelle la nuit des temps. 

Quand ces hommes construisaient, c'était pour très longtemps. Peut-être sommes-nous au moment où ces travaux vont devenir totalement inutiles, où les murs s'effondrent, où la terre s'en va et où la planète tout entière est menacée. C'est un changement brutal."

La nature et le sol

Jean-Claude Carrière : "J'ai un lien très précis avec le sol d'ici. Mais aussi avec d'autres sols, parce que ça a été ma première culture. Mon père m'a appris à faire ce qu'il faisait, lui, pour que je puisse prendre sa succession. Je sais encore aujourd'hui greffer un arbre, labourer avec un cheval ce qui n'est pas si simple. Je sais tailler la vigne, m'occuper d'un jardin. A l'âge de quatre ou cinq ans, mon père me donnait un coin de jardin en me disant : "c'est à toi, tu plantes ce que tu veux, et nous le mangerons".

Cette responsabilité-là forge ce rapport avec un sol qui est la terre d'où nous venons, et qui est la terre qui nous fait vivre. Le climat ici est plutôt sec, et quand il pleut c'est une bénédiction. 

Quand je vois que maintenant, tout ce village est en friche, ce n'est pas forcément un mal, mais qu'on laisse pousser des arbres qui pompent l'eau en grande quantité dans la terre et assèche le sol...  Où allons-nous ? Même ici. Sans parler du reste du monde où l'agriculture est devenue folle."

La démographie

Jean-Claude Carrière : "Un jour en Espagne, j'ai rencontré un Japonais qui étudiait ce que mangeait les domestiques espagnols au XVIe siècle... Et c'est le premier qui m'a parlé de cesser d'avoir des enfants... C'est un sujet tabou, mais la démographie est le phénomène le plus important de ces derniers siècles. "

La suite à écouter...

Auparavant, Denis Cheissoux rendra hommage à Albert Jacquard

Programmation musicale 

  • "T 2 ceux" par Feloche et Roxanne SHANTE; Label : LYA BASTA
  • "Modern jesus" par PORTUGAL. THE MAN; Label : EAST WEST
  • "Ah les p'tites femmes de paris" par Jeanne MOREAU/Brigitte BARDOT

Les liens

L'actualité environnementale Le site de veille d'Anne Gouzon de la Documentation de Radio France.

Denis Cheissoux avec Jean Claude Carrière
Denis Cheissoux avec Jean Claude Carrière © Radio France / Denis Cheissoux
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