Notre Voisin le Roi

Dans une tribune publiée par Le Monde mardi 3 mars 2015, Me Patrick Beaudoin, le président d’honneur de la Fédération internationale des Droits de l’homme, écrivait : “La France est-elle dans les actes aussi vertueuse que dans les discours lorsqu’il s’agit de lutte contre la torture, de poursuite de crimes contre l’humanité, de défense de la liberté d’expression ? La réponse est hélas négative à l’aune des récentes péripéties des relations franco-marocaines”.

En effet, le 14 février, sans doute pour célébrer leur Saint-Valentin, le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, en visite à Rabat, annonçait que M. Abdellatif Hammouchi, chef de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) au Maroc, serait prochainement décoré des insignes d'Officier de la Légion d'Honneur par la France. Etrange idée, quand on sait que le même M. Hammouchi est visé par trois plaintes, en France, pour complicité de torture et actes de torture ! Mais il faut croire que le gouvernement français ne s'encombre pas de ce genre de problème. Pire, quand on l'a interpellé à ce propos, le Ministère de l'Intérieur semblait très surpris qu'on pose la question du bien fondé de cette Légion d'Honneur.C'est avec le même déni qu'ont été abordés Jean-Louis Perez et Pierre Chautard, deux journalistes de l'agence de Paul Moreira, Premières Lignes, lorsqu'ils ont été violemment expulsés du Maroc, le 16 février, après avoir été arrêtés dans les locaux de l'Association marocaine des droits de l'homme(l'AMDH), à Rabat. Alors qu'ils se faisaient expulser, les journalistes avaient rapidement contacté l'ambassade, qui n'a pas levé le petit doigt. Puis à son tour, le Quai d'Orsay n'a pas bougé. Comment expliquer un tel mutisme ?Pour le gouvernement français, il s'agit de donner des gages au roi du Maroc, après que celui-ci avait rompu les liens diplomatiques entre les deux pays, suite à la convocation, par une juge française, de M. Hammouchi, en février 2014, dans le cadre des plaintes déposées pour complicité et faits de torture. Pour le gouvernement français, il faut renouer de bonnes relations, avant tout pour lutter main dans la main contre le terrorisme. Quoi qu'il en coûte.C'est pour protester contre cette Légion d'Honneur que des manifestants se sont rassemblés le 21 février, devant l'ambassade du Maroc en France. Zakaria Moumni, un champion de boxe thaï marocain, était dans le rassemblement. Zakaria Moumni a porté plainte contre Abdellatif Hammouchi pour actes de torture, l'accusant d'avoir été l'un de ses bourreaux lorsqu'il avait été kidnappé puis torturé pendant quatre jours à Témara, la prison secrète de la DGST (dirigée par M. Hammouchi).Que d'accusations proférées contre le pauvre Mohamed VI ! Il est temps de prendre sa défense. Heureusement, il existe en France, un endroit où Mohamed VI est particulièrement bien vu.

C’est un petit village de l’Oise, 1100 habitants, où le roi a un grand château, une forêt, des fontaines, des chevaux…

Et ce n’est pas le seul château de Sa Majesté.

On estime à "12 le nombre de palais royaux au Maroc, plus une trentaine de résidences ; où travaillent plus de 1200 personnes, pris en charge par le Trésor public à hauteur d'un million de dollars par jour" (Le Roi prédateur , Catherine Graciet et Eric Laurent).

En 2009, le magazine américain Forbes estimait la fortune de Mohamed VI à 2,5 milliards de dollars .

Pourtant, à son arrivée à la tête du royaume en 1999, Mohamed VI était surnommé “le roi des pauvres”.

Après le régime autoritaire d’Hassan II, on pensait que Mohamed VI aiderait les Marocains dont le revenu annuel par habitant est de 4950 dollars, c’est-à-dire moitié moins que celui des Algériens et des Tunisiens (chiffres Banque Mondiale, 2009) ;

On pensait qu’il aiderait les 5 millions de Marocains qui vivent avec moins 10 dirhams par jour (un peu moins d’un euro).

Mais ça ne s’est pas exactement passé comme prévu… En tout cas pas au Maroc… En France en revanche, le roi Mohamed VI est très généreux avec les habitants de Betz, le petit village de l’Oise où le roi a un château, 70 hectares, et quelques vassaux…

Merci à Catherine Graciet, à Zakaria Moumni, aux manifestants de Betz et de Paris, à Philippe Boulland et aux habitants de Betz qui ont accepté de nous répondre.

Un reportage d'Anaëlle Verzaux

Château Betz
Château Betz © Radio France

Pour en savoir plus :

Le Roi prédateur , Catherine Graciet et Eric Laurent, éditions Seuil 2012

Mohammed VI, derrière les masques , Omar Brouksy, Nouveau Monde Editions 2014

Quand le Maroc sera Islamiste, Nicolas Beau et Catherine Graciet, éditions La Découverte 2006

Notre ami le roi, de Gilles Perrault (sur Hassan II), Gallimard 1990

Le cas Naâma Asfari

Le Sahara occidental, dernier territoire non décolonisé du continent africain, est une ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc a partir de 1975 avec le consentement du dictateur Franco alors sur son lit de mort. Le peuple Sahraoui, comme on appelle ses habitants, revendique depuis son droit à l’auto détermination par l'intermédiaire du front Polisario qui après quelques années de lutte armée a signé un cessez le feu avec le Maroc en 1991 et attend que soit organisé un référendum d’autodétermination promis par l’ONU.

La MINURSO (Mission des Nations Unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara Occidental) est créé en avril 1991 et doit de surveiller les forces en présence et veiller à la préparation du référendum d’autodétermination mais sans mandat de surveillance des droits de l’homme.

Naâma Asfari est un défenseur des droits de l’homme et militant pour l'autodétermination du Sahara occidental. Il a été arrêté le 7 novembre 2010 à Laayoune, à la veille du démantèlement du camp de Gdeim Izik, érigé un mois plus tôt par des milliers de Sahraouis pour protester contre les discriminations dont ils s’estiment victimes de la part du gouvernement Chérifien.

Le 16 février 2013, après plus de 27 mois de détention préventive, il a été condamné à 30 ans d’emprisonnement par le tribunal militaire de Rabat à la suite d’un procès marqué par la prise en compte d’aveux signés sous la torture.

Le 20 février 2014 deux plaintes sont déposées par l'ACAT (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture) et l'avocat Joseph Breham pour que lumière soit faite sur les tortures subies par Naâma Asfari.

Rencontre avec sa compagne Claude Mangin.

Un reportage d'Antoine Chao

MINURSO Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental

ACAT - L'ONG de lutte contre la torture et la peine de mort

Le film: Enfants des nuages, la dernière colonie

Nouvelles du Sahara | Site d'informations et d'analyses

Carte Sahara Occidental
Carte Sahara Occidental © Radio France

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Mariem Hassan con Leyoad - Id Chab (la fête)

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