Mathias Deguelle reçoit Christian Cailleaux pour son ouvragePrévert, inventeur (édits : Aire Libre) il est accompagné du clarinettisteThomas Savy .

Prévert, inventeur
Prévert, inventeur © Radio France

Envoyé à 21 ans en Turquie pendant son service militaire, Jacques Prévert y fait la connaissance de Marcel Duhamel. De retour à Paris, ils s'installent dans le quartier de Montparnasse qui va devenir le coeur de l'avant-garde des années 1920. Entre petits boulots et fêtes enivrantes, Prévert fait la connaissance d'Aragon, Breton, Desnos, avec lesquels il écrit quelques-unes des plus belles pages du surréalisme. Mais la politisation de Breton ébranle le groupe d'amis. Viscéralement indépendant, Jacques Prévert prend ses distances vis-à-vis d'un mouvement avec lequel il ne va pas tarder à rompre et fait de nouvelles rencontres déterminantes, notamment avec Giacometti et Pierre Batcheff. S'ouvre alors pour lui une nouvelle carrière de scénariste.

On retrouve, au fil de cette évocation littéraire et graphique de la jeunesse de Prévert, la patte d'Hervé Bourhis et de Christian Cailleaux, auteurs dans la collection « Aire Libre », de Piscine Molitor. À travers ce portrait juste et très documenté (les auteurs ont eu accès aux archives de la famille Prévert), c'est aussi le foisonnement intellectuel et artistique du Montparnasse des années 1920 qui nous est conté.

Bleu Archipel
Bleu Archipel © Radio France

Archipel . Comment ne pas voir dans ce mot, par lequel Thomas Savy fait référence aussi bien à son disque qu’au groupe qui l’a enregistré, une forme de métaphore ? Même si les musiciens, parfois, aimeraient bien s’en dispenser et garder entier le mystère de leur art, les titres en disent souvent long, entre les lignes, sur ce qui se trame dans la musique, et révèlent un peu de l’âme de ceux qui la composent.

Thomas Savy est un archipel. En lui, coexistent des mondes qui font la richesse de sa personnalité musicienne, et donnent à son univers une profondeur dont on n’a pas encore sondé toutes les richesses. Son sincère attachement à la tradition afro-américaine du jazz n’éclipse pas une sensibilité européenne férue de musique allemande.

Sa culture du phrasé be-bop, marquée du sceau des héros du sax ténor, s’appuie sur une aisance instrumentale qui se souvient, dans l’inflexion et dans le timbre, des pièces pour clarinette du répertoire contemporain. Son attachement viscéral au swing n’éclipse pas un sens de l’équilibre collectif tout chambriste. La clarinette basse est, pour lui, l’instrument de la réconciliation. Celui qui permet d’être Dolphy et Brahms, Boulez et Coltrane, Mozart et Lester Young. La possibilité non pas d’une île, mais d’un archipel.

La clarinette basse aussi est un archipel. Elle est l’instrument des extrêmes, du grave vibrant et de l’aigu saisissant, de la rondeur et de la fureur, de la puissance et de la délicatesse. Extrêmement rares sont les musiciens qui ont réussi à dompter ce faux-ami, exigeant, instable, traître même, que son aspect recourbé fait prendre à certains pour un saxophone.

Il suffit de l’avoir vu en jouer une seule fois pour comprendre que Thomas Savy l’a adoptée comme on enfourche une monture. Avec le désir d’aller le plus loin possible, et de pousser la bête dans ses retranchements. L’éventail des nuances expressives qu’elle déploie sous ses doigts est sans égal dans le paysage du jazz actuel, évoquant tour à tour la vibration d’un violoncelle, le rugissement d’un ténor ou la grâce d’un cor anglais. Elle répond à l’impétuosité de son lyrisme, elle restitue l’intensité de sa verve, elle retranscrit l’exactitude de sa pensée.

Thomas Savy sait qu’elle est son compas pour mener sa musique à bon port.

Dates de concert :

18 octobre - Sunset (Paris) - "Archipel"

22 octobre - Toulouse - Jazz sur son 31 "Archipel"

8 novembre - Jazz au fil de l'Oise - "Archipel"

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