Ils ne se connaissent pas je présume, mais ils appartiennent à une même famille de créateurs rétifs, rebelles, ennemis des sentiers battus de la littérature pour l’un, et du cinéma pour l’autre. L’un, l’écrivain suisse allemand Matthias Zschokke une dizaine de romans déjà et le Prix Fémina Etranger pour « Maurice à la Poule » qui refuse de « tirer le lecteur comme un poisson au bout de la canne à pêche", et ce tout jeune cinéaste estonien, Martti Helde, auteur d’un premier film « La Croisée des Vents » d’une extraordinaire beauté et originalité formelle.

Paula Jacques

Matthias Zschokke

Matthias Zschokke, né à Berne en 1954, a d’abord choisi une carrière de comédien. Mais les quelques années qu’il passera au Schauspielhaus de Bochum, dirigé à l'époque par Peter Zadek, le convaincront à tout jamais qu'il n'est pas fait pour cet art-là. En 1980, il part s'installer à Berlin et se lance à corps perdu dans trois autres activités artistiques, écrivain, dramaturge et cinéaste.

Ces trois professions, il les mène de front, "comme on assaille une forteresse, en attaquant de tous les côtés". Jour après jour, il se rend dans une usine désaffectée où il dispose d'un étage entier pour réfléchir au monde qui l'entoure. C’est là qu’il écrit six œuvres en prose, sept pièces de théâtre et trois films. Des œuvres que la critique, immédiatement séduite par son style reconnaissable entre mille, commente et encense abondamment, à commencer par Max , son premier roman, qui lui vaudra le Prix Robert Walser en 1981. Cinq ans plus tard, son talent du cinéaste lui vaut le Prix de la Critique allemande pour son film Edvige Scimitt . Puis en 1989, tandis que la prestigieuse revue théâtrale allemande Theater heute l’élit meilleur jeune auteur de l’année après la création de sa pièce Brut à Bonn, son second film, Der wilde Mann , se voit primé à Berne.

Prix Gerhard Hauptmann en 1992 pour sa pièce Die Alphabeten , et plus récemment, Grand Prix bernois de littérature pour l'ensemble de son œuvre, Matthias Zschokke n'a pourtant jamais été un auteur "en vogue". Son nid, c'est en marge des phénomènes de mode en tous genres qu'il a choisi de le faire et c'est de là qu'il observe le monde.

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Si la vie n’est pas littéraire il faut pouvoir en faire matière à littérature.

M. Zschokke

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L'homme qui avit deux yeux
L'homme qui avit deux yeux © x / x

L’Homme aux deux yeux est à la fois le roman d’aventures d’un héros moderne et la mise en scène d’un monde aussi noir que vide de sens. Dans cette histoire, Matthias Zschokke est acerbe contre la société d’aujourd’hui et sa diatribe est ici brillante.

L’homme qui avait deux yeux se distingue à peine des autres, visage, cheveux, vêtements et mallette couleur sable. Il perd sa femme, son chat, son travail de chroniqueur judiciaire, son appartement dans la capitale. A cinquante-six ans, il s’en va à Harenberg, une petite ville de province dont la femme avec qui il vivait lui a recommandé les bienfaits.

Tout au long de sa lente marche vers la grisaille, le dénuement et la mort possible ou souhaitée, ses souvenirs lui apparaissent, aussi attendrissants que fâcheux, ses révoltes éclatent dans des formulations caustiques, mais son corps a encore besoin de chaleur. A Harenberg Rosaura, qui tient un bar et accepte de longs diaogues, lui offre de curieux plaisirs.

Ce roman raconte en filigrane une histoire d’amour avec «la femme qui préférait se taire», celle qui chantait dans la même chorale au temps de leur jeunesse.

Matthias Zschokke est passé maître dans l’art de raconter de petits riens en les tirant à hue et à dia jusqu’à ce qu’ils apparaissent dans une lumière étrange où ils perdent leur évidence et nous étonnent.

Nous sommes là devant un diamant noir.

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Les Suisses parlent une autre langue, je pense que je me traduis quand j’écris, c’est pourquoi sans doute ma langue sonne différemment…

M. Zschokke

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Martti Helde

Né en 1987 à Tallin en Estonie, Martti Helde est réalisateur et scénariste. La croisée des vents est son premier long après deux courtsintitulés Superbia (2014) et Külm on (2010).

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la croisée des vents
la croisée des vents © arp
  • Crosswind / A la Croisée des vents , en salle le 11 mars

Le 14 juin 1941, les familles estoniennes sont chassées de leurs foyers, sur ordre de Staline. Erna, une jeune mère de famille, est envoyée en Sibérie avec sa petite fille, loin de son mari. Durant 15 ans, elle lui écrira pour lui raconter la peur, la faim, la solitude, sans jamais perdre l’espoir de le retrouver. « Crosswind » met en scène ses lettres d’une façon inédite.

Mon grand-père a été dans ces camps et m’a raconté son histoire, je voulais mettre ce récit sur la pellicule ce qui n’avait jamais été fait jusqu’ici »

M. Helde

  • La bande annonce

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  • Paula Jacques vient de publier un nouveau roman "Au moins il ne pleut pas " aux éditions Stock, elle en parle au micro de Philippe Vallet sur France Info

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Au moins il ne pleut pas
Au moins il ne pleut pas © Paula Jacques / Paula Jacques

Hiver, 1959. Nous sommes au port de Haïfa. Deux adolescents, Solly et Lola Sasson, débarquent sous une pluie glacée. Deux orphelins venus d’Égypte, perdus, apeurés, qui ne savent rien du monde sur lequel ils viennent d’atterrir. Solly, le petit frère, c’est de la graine de voyou, séducteur, résolu à se tailler une place au soleil. Lola, son aînée de treize mois, rêveuse et timorée, estime que la vie dans les livres est plus intéressante que la réalité. Où aller ? Où les portera cette nouvelle vie de déracinés ? À Wadi Salib, sur les hauteurs de Haïfa, chez deux femmes étranges, Ruthie la silencieuse et Magda la bavarde, qui vivent comme des soeurs, liées par un pacte de la mémoire : ce sont deux rescapées des camps.Du moins, c’est ce que le lecteur va croire au début de ce roman foisonnant, humain, émouvant et provocateur à la fois. Les déportées le furent-elles vraiment ? Quel est le prix à payer pour survivre ? Et dans l’Israël des pionniers et de la coexistence difficile entre les communautés sépharade et ashkénaze, comment s’adapter, que choisir et qui être ?{iframe|daily|420|639|x2i3lf7}

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