La véritable existence est dans la mémoire. Se souvenir, c'est être soi-même jusqu'à la racine, jusqu'à l'enfance dissimulée, l'espace d'un instant. Je ne suis que le fruit de cette mémoire, sa résultante. Si elle venait à défaillir, je me trouverais suspendu au-dessus du néant. Enfant, j'avais pour habitude de m'allonger sur mon lit pour me représenter le plus clairement possible les lieux où je passais mes vacances d'été...C'est que la mémoire révèle avec une grande clarté ce qui est éloigné dans le temps, parfois dans les moindres détails, parfois en ôtant le superflu pour offrir l'essentiel. Une histoire ancienne qui flotte dans ma mémoire veut qu'après avoir découvert l'écriture, le savant égyptien qui était à l'origine de l'invention soit allé voir le pharaon pour lui faire part de cette nouvelle incroyable, de cette découverte prodigieuse. Après l'avoir écouté, le pharaon admit que c'était, en effet, un moyen formidable de préserver la mémoire, avant d'ajouter que, cependant, il y était tout-à-fait opposé. Mais les bûchers et les livres qui brûlent ne font pas encore partie de la mémoire de la ville. L'évènement se passe en ce moment même. Le brasier des livres ne fait pas partie d'un passé lointain, d'un forfait qu'on aurait commis en cachette. Cependant, la mémoire n'est pas une copie conforme de l'original. Nous devrions rire de la fragilité de la mémoire ou, pour le moins, sourire des ruses auxquelles l'oubli a recours. Les héros sont morts, les idoles tombées dans l'oubli, l'exaltation n'est plus au goût du jour. Il fut un temps où nous étions un peuple tout nouveau. La mémoire est ce qui m'a sauvé du chaos mental. La vision de mes parents et de la maison de mes grands-parents dans les Carpattes ne m'a pas quitté des yeux tout au long de la guerre. Je les voyais jour et nuit. Je pensais : si je les vois avec une telle netteté, cela signifie qu'ils sont vivants, qu'ils viendront bientôt me trouver. Je me disais qu'ainsi, par le truchement de l'écriture, je pourrais saisir, fût-ce par la mémoire, ce qui autrement ne saurait être conservé, à savoir la vie elle-même. De : Gamal GHITANY, Aharon APPELFELD, Manuel RIVAS, Abdourahman WABERI et Lidia JORGE.

invité(s)

Abdourahman A. WABERI

Né à Djibouti ville, dans ce qui s'appelait encore la Côte française des Somalis, dans un milieu modeste, Abdourahman A. Waberi a quitté son pays en 1985 afin de poursuivre des études en France, à Caen. Ecrivain et professeur d'anglais, admirateur déclaré du Somalien Nuruddin Farah, auquel il a consacré une thèse, il a publié depuis 1994 plusieurs recueils de nouvelles et romans dont Le Pays sans ombre, Cahier nomade et Aux Etats-Unis d’Afrique, salués par la critique et récompensés par de nombreux prix. Il vit entre Paris et les Etats-Unis où il enseigne la littérature. Ses récits, nouvelles et articles ont été publiés par les journaux et revues tant africains qu’internationaux Son œuvre est traduite en une dizaine de langues.### Manuel RIVAS

Né en Galice, Manuel Rivas écrit dans sa langue maternelle et s'auto-traduit en Espagnol. Son oeuvre est d'ailleurs largement centrée sur la terre galicienne et sa culture. Titulaire d'une maîtrise en Sciences de l'information,### programmation musicale

Natacha ATLAS

WAHASHINI ### MISIA

CANTO ### Yael NAÏM

PARIS ### Guy & Elisabeth SKORNIK

DAY TO DAY ENTERPRISE album: CEZ 4062 - plage 35label: Koka - Universal### Rachid TAHA

HEY ANTA ### Luz CASAL

PIENSA EN MI ### Pierrick HARDY

THE DAILY GRIND album: CEZ 4062 - plage 34label: Cezame / Koka - Universal

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