Une série d'un genre pas banal se tourne en ce moment entre la ville de Saint-Louis et le nord du Sénégal. Un thriller politique sur la gouvernance et la participation citoyenne, à destination des jeunes et des femmes d'Afrique de l'Ouest, coproduite par l'Agence Française de Développement et TV5 Monde.

Le réalisateur Oumar Diack sur le tournage de Wara dans les rues de Saint-Louis, au Sénégal.
Le réalisateur Oumar Diack sur le tournage de Wara dans les rues de Saint-Louis, au Sénégal. © Radio France / Alexandra Ackoun

La série s'appelle "Wara", ce qui en malinké (langue parlée dans toute l'Afrique de l'Ouest) signifie "les fauves". L'histoire : celle d'un professeur de droit, Moutari Warra, autorisé à revenir dans sa ville natale, Tanasanga, ville fictive, à condition de ne pas faire de politique. 

Sauf qu'à l'occasion des élections municipales anticipées, Moutari, poussé par une de ses étudiantes, va se porter candidat et ainsi devenir le porte-parole d'une génération qui réclame un changement de société. 

"On se rend bien compte qu'il y a des populations qui ne sont pas représentées, notamment les femmes et les jeunes"

La particularité de ces 8 épisodes de 45 minutes qui ciblent principalement les jeunes et les femmes, c'est qu'ils s'inscrivent dans un projet d'edutainment, terme un peu barbare qui désigne l'éducation par le divertissement. Un domaine dont l'ONG sénégalaise Réseau africain pour l'éducation, la santé et la citoyenneté (RAES), a fait sa spécialité.

"L'idée c'est que les populations des communautés puissent se les approprier et s'appuyer dessus pour pouvoir échanger et engager un débat d'idées sur des questions un peu taboues à l'échelle de nos sociétés :  le patriarcat, la capacité des femmes ou pas à s'engager dans le débat public et finalement de briser ce plafond de verre que constitue le foyer", explique Cyrille N'Toné, chef de projet. 

"La possibilité pour les jeunes également de s'exprimer dans des sociétés où l'âge de la décision est celui d'un âge avancé, entre 40 et 50 ans. Il n'y a qu'à regarder l'âge moyen des élus de la nation au Sénégal qui est environ de 54 ans! On se rend bien compte qu'il y a des populations qui ne sont pas représentées, notamment les femmes et les jeunes." 

"Ce n'est pas la France qui fait passer ses messages, ses valeurs"

Pendant que les comédiens répètent leur prochaine scène, je suis allée m'entretenir avec Arnaud Garcette qui pilote ce projet pour l'Agence Française de Développement (AFD). C'est elle, principalement, qui finance "Wara". Pourquoi ? Quel intérêt la France peut y avoir ? Y faire passer des messages ? 

"Ce n’est pas la France qui fait passer ses messages, ses valeurs, ses normes. C'est un projet en effet financé par la France mais en réponse à une demande d'un partenaire sénégalais et donc on a mis notre expertise, nos moyens au service de la mise en oeuvre de ce projet", explique Arnaud Garcette. 

"On ne l'a pas conçu et encore moins mis en oeuvre. L'idée c'est de pouvoir s'assurer que, dans nos pays d'intervention, où on soutient tout un tas d'autres secteurs historiquement (la santé, les infrastructures, l'énergie, l'éducation) nos opérations s'inscrivent dans des cadres de gouvernance qui soient vraiment représentatifs des aspirations des citoyens, que les politiques publiques soient transparentes et que les élus, les interlocuteurs avec qui on travaille soient véritablement représentatifs de leur communauté, qu'elle soit locale ou nationale."

Le showrunner Charli Beléteau discute avec le réalisateur Oumar Diack.
Le showrunner Charli Beléteau discute avec le réalisateur Oumar Diack. © Radio France / Alexandra Ackoun

Sur le plateau, deux hommes discutent angle de la caméra. Il s'agit de Oumar Diack, l'un des deux réalisateurs de "Wara", du collectif français Kourtrajmé et du showrunner Charli Beléteau. 

Charli Beléteau n'en est pas à sa première production africaine. Ancien scénariste de "Plus belle la vie", il est aussi le showrunner d'une série qui cartonne depuis 3 ans dans les pays du Sahel : "C'est la vie", autre série d'edutainment sur la santé et la sexualité. Avec le producteur Alexandre Rideau, ils ont certes fait venir de France quelques techniciens mais la plupart de l'équipe a été recrutée sur place. Ce qui rentre aussi dans la philosophie de ces programmes d'éducation :        

"Avec Alexandre Rideau on a une marque de fabrique maintenant. On a la confiance des équipes ici, des acteurs et aussi on a créé de l'envie parce que, comme ça marche, les gens ont envie d'évoluer et ils savaient qu'en étant sur ce projet, ils allaient passer un autre cap et on est en train de le passer! C'est le projet qui a formé tous ces gens-là. Tourner huit fois 45 minutes, en sept semaines, à deux équipes, vous les comptez sur les doigts de la main en France!" 

Mais avec des budgets qui n'ont rien à voir : 135 000 euros par épisode pour "Wara". En France, un épisode de fiction coûte en moyenne un million et demi d'euros. "Wara" sera diffusée en 2020 sur toutes les antennes de TV5 Monde, avec la possibilité de toucher 291 millions de téléspectateurs dont des dizaines de millions sur toute l'Afrique francophone.   

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