Dans les coulisses de la culture d'une exposition intitulée “La Femme, un regard différent”. Une exposition d’un genre un peu particulier au centre pénitentiaire de Réau en Seine-et-Marne, puisque ce sont les détenus eux-mêmes qui l'ont organisée et qui en sont les commissaires.

Au centre pénitentiaire de Réau, une exposition créée par les détenus se tient jusqu'au 8 mars
Au centre pénitentiaire de Réau, une exposition créée par les détenus se tient jusqu'au 8 mars © AFP / THOMAS SAMSON

C'est une expérience hors-norme et ambitieuse avec Paris Musées. Pendant un an, une dizaine de détenus, des femmes et des hommes ont conçu cette exposition avec l'aide de deux conservateurs de musées.

Cela va du choix des œuvres, à leur accrochage en passant par la rédaction des cartels, d'un livret et ce sont les détenus qui assurent les visites. Ces dernières sont réservées à tous les autres détenus, aux habitants de Réau et aux familles de ceux qui ont participé à cette exposition.

Il y a 80 oeuvres originales, autour des femmes, de leurs luttes et des rapports femmes-hommes. Au départ de l'exposition, on découvre devant nous cette phrase de Misstic "Délivre-moi du mâle". Le ton est donné ! Les détenus détaillent leurs œuvres et font la visite. 

Boubou, une jeune détenue, présente un masque africain qu'elle a choisi : "C'est un masque ventral de femme enceinte en Tanzanie. C'est habillé de haut en bas, mais par des hommes. Ce sont des hommes qui dansent en mimant la douleur des femmes enceintes. C'est pour célébrer la Femme, la déesse-mère. C'est pour ça que j'ai choisi ce masque ventral, c'est ça qui m'a touchée. J'ai connu trois grossesses, donc je connais très bien. Cela parle aux femmes et aux hommes aussi. Tout le monde est violent. Pour ma part, cela parle plus aux hommes. J'ai vécu des choses terrifiantes." 

L'art, ça ne va pas changer, mais on veut faire passer un message fort. On est des femmes, on a le droit à tout ce que vous faites, vous les hommes.

Mais est-ce que l'art peut faire changer les choses ? "On est égaux. Le refus de la violence, surtout. Je ne suis habituée aux musées et à faire des choses comme ça et ça aussi, ça me donne confiance en moi et cela m'a beaucoup aidée par rapport à la parole."

Karim, lui, a choisi une statuette du Paléolithique.

"C'est la Dame de Brassempouy. C'est l'œuvre la plus émouvante, car c'est la première représentation d'un humain du Paléolithique. Et c'est une femme ! Pour le coup, c'est assez exceptionnel."

Karim explique qu'il n'est jamais allé au musée avant de faire cette exposition. Il se dit fier d'avoir participé à cette exposition : "J'ai acquis un bagage de connaissances, sur comment on élabore une exposition du début jusqu'à la fin". Et l'image de la femme, a-t-elle changé à ses yeux ? "J'ai toujours eu une image valeureuse de la femme. C'est un don de Dieu, c'est un bijou, qu'il faut protéger et il faut y faire attention. Que cela entre en conflit avec la représentation d'autres détenus tant mieux, et si cela leur permet d'assister à une exposition."

Bernadette, qui termine bientôt sa peine, s'arrête devant des dessins provocateurs d'Annette Messager et des textes de Louise Michel.

"Si on est ce qu'on est aujourd'hui, c'est grâce à elles. Moi, c'est Louise Michel, qui m'a permise de réagir. Quand j'étais plus jeune, j'étais toujours en train de batailler contre tout. J'étais un peu révolutionnaire. Et il y a une vieille dame, qui m'avait comparée à elle, très gentiment. C'est pour cela que j'ai tenu à la mettre dans l'exposition. Elle a été emprisonnée et déportée plusieurs fois pour ses opinions politiques. Elle communique en prison avec l'Abbé Folley, à qui elle va faire un dessin, qui est juste ici. C'est une fleur de lierre, et elle l'a nommé 'La fleur des prisons'." 

Et c'est Xavier qui poursuit sur les relations amoureuses : "Là nous avons l'amour interdit, là l'amour non partagé et enfin l'amour chaste. Dans la vie, on apprend toujours, quel que soit l'âge que l'on a. En prison, ce qui est important, c'est de voir des gens qui viennent de l'extérieur, sinon on ne parle que de prison et ce n'est pas bon, notamment pour la réinsertion. Il faut savoir remettre les gens qui étaient en prison, dehors en bonne intelligence. Pour moi, c'est d'une grande aide."

Vincent Gilles, conservateur de la maison Victor Hugo, est l'un des deux co-commissaires de l'exposition qui ont accompagné les détenus. Cette expérience l'a bousculé, l'a changé : "ça m'a changé et ça me change toujours. C'est un vrai plaisir de partager ces œuvres d'art, de partager ces questionnements avec d'autres publics et avec des gens qui commencent par vous dire 'Oh vous savez l'art c'est pas pour moi, les musées, c'est pas pour moi'. Et un an plus tard, on peut leur dire 'vous voyez, l'art, les musées, c'est pour vous'. La beauté c'est pour tout le monde, c'est un vecteur fabuleux. Elle réjouit. Elle soigne, elle guérit et quand vous prenez des publics qui sont des gens plus fragiles, qui ont des parcours de vie plus compliqués, on voit que cela décuple le pouvoir des œuvres."

L'exposition a lieu jusqu'au 8 mars !

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