Le talent d'Eric Orsenna, conjugué avec celui d'Isabelle de Saint Aubin, parvient à nous passionner pendant plus de 270 pages sur la saga du moustique ou plutôt des moustiques.

 Aedes detritus : un moustique du littoral méditerranéen et atlantique dont les larves fréquentent les zones plutôt salées.
Aedes detritus : un moustique du littoral méditerranéen et atlantique dont les larves fréquentent les zones plutôt salées. © JB Ferré/EID Méditerranée

Iil existerait quelque 3 500 espèces répertoriées, dont 65 en France.
Ami de la nature, l'académicien commence par plaider, en soulignant que tous les moustiques ne sont pas condamnables, que ce sont d'excellents pollinisateurs et que sans eux, beaucoup d'oiseaux, de poissons ou de chauves-souris, je cite « crèveraient la dalle ». Je confirme !

Pourtant ils tuent près de 750 000 personnes chaque année.

Erik Orsenna en a évidemment bien conscience et c'est ce qui va le conduire en Guyane, au Cambodge, à Pékin, au Sénégal, au Brésil ou encore en Ouganda pour comprendre les mécanismes du chikungunya, de la dengue, de la fièvre jaune, du zika et autres. Le paludisme, à lui seul, tue 400 000 fois par an.

Avant de faire ce constat, les auteurs lèvent le voile sur la vie des moustiques.

Une vie qui commence avec des œufs pondus à la limite de l'eau par la femelle. Deux jours plus tard, l'embryon déchire la coquille et se transforme en larve, qui va passer d'un millimètre de long à 12 fois plus en une semaine. S'ensuivent alors une multitude de métamorphoses. C'est « David Bowie au monde des insectes » nous décrit Orsenna, qui précise qu'en 3 jours, la nymphe devient un moustique « d'une incontestable élégance » ajoute -il.

C'est le besoin de se reproduire qui va poser problème.

La femelle (c'est elle et elle seule qui pique) a besoin de sang pour développer ses œufs. Là encore, l'académicien plaide la tolérance : « sachez que ce n'est pas la femelle qui vous pique, c'est la mère » ! Mais avant d'en arriver là, il faut qu'elle séduise un mâle. Et sa méthode, c'est de battre des ailes pour attirer ces messieurs. Pour information, chaque espèce a son propre battement d'ailes, ce qui évite les confusions.
Les mâles se précipitent donc : le plus rapide aura droit à l'accouplement.
Les femelles sont particulièrement bien équipées pour prélever le sang. Elles disposent d'une trompe qui est pourvue de mandibules chargées de perforer la peau et surtout de 2 canaux: le premier aspire le sang, le second libère de la salive contenant un anticoagulant afin que le sang ne se solidifie pas. Et c'est par cette salive qu'elle nous transmet des parasites qui peuvent se révéler meurtriers.

Comment s'en débarrasser ?

L'objectif est notamment de trouver des médicaments limitant la multiplication des parasites en empêchant que se divise le noyau de leur cellule. L'ennui c'est qu'à chaque fois, les parasites trouvent une parade. Les auteurs, Erik et Isabelle, résument la situation en concluant : « la brièveté de leur existence se trouve largement compensée par ce formidable génie de l'adaptation ». Et à propos de longévité, sachez que contrairement à ce que l'on croit, les femelles ne meurent pas après avoir piqué, mais plus tard, après avoir pondu. Ce qui veut dire une durée de vie de 6 jours à un mois.

Ce livre Géopolitique du moustique nous entraîne dans une incroyable saga, au plus près du terrain et non sans humour, ce qui est quand même une gageure lorsqu'il s'agit d'un animal qui a le don de nous agacer, voire de nous révolter !

Dans l'actualité

Du 2 au 6 juin, c'est le 9ème du genre qui mettra notamment en valeur la Tour du Valat, un centre de recherche et de conservation créé par un homme admirable, Luc Hoffmann, qui a acheté près de 2600 hectares dans le territoire de Crin-blanc.
A noter qu'il y a 90 ans, la Camargue fut classée première réserve naturelle nationale et le festival revisitera évidemment cette formidable épopée avec des sorties nature, des conférences et des spectacles en tous genres.

►►► EN SAVOIR PLUS | Le festival de la Camargue et du delta du Rhône du 2 au 6 juin à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Le livre de la semaine

Après Orsenna, c'est un autre académicien, Frédéric Lenoir (lui aussi fervent défenseur des animaux) qui nous propose une « lettre ouverte aux animaux » édité par Fayard. Ce livre est une manière de demander pardon au peuple des bêtes pour tant de souffrance, mais surtout la proposition d’envisager une cohabitation plus respectueuse.

Et dans la foulée : « le mythe de la vache sacrée » comprenez « la condition animale en Inde » par Florence Burgat, chez Payot-Rivages.

►►► EN SAVOIR PLUS | "Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment)" de Frédéric Lenoir aux éditions Fayard.

►►► EN SAVOIR PLUS | "Le mythe de la vache sacrée" de Florence Burgat aux éditions Payot-Rivages.

La citation de la semaine

« Que voudront dire les mots « nature humaine » lorsqu'il n'y aura plus de nature autour de l'homme ? » Jean Renoir.

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