Le 17 avril 1998, paraissait l’album "Clandestino" qui se vendra à plus de trois millions d’exemplaires dans le monde. Rien ne prédestinait pourtant cet album à connaître ce triomphe international. C’est même par hasard qu’il est devenu ce que l’on en connait aujourd’hui.

Manu Chao en concert à Saint-Nolff en 2013
Manu Chao en concert à Saint-Nolff en 2013 © Maxppp / David Cormier

Cette année-là, en 1998, Manu Chao sortait d’une expérience musicale qui aura duré huit ans : La Mano Negra, un groupe rock à la fois festif et alternatif, grâce à qui toute une jeune génération a pu, entre autres, s’éveiller à la politique, à l’époque des « potes » révoltés et métissés (celle de la main jaune, avant celle de la main noire), à travers notamment leur tube « Sidi’h bibi », en résistance au Front National. 

Quand le groupe décide de se séparer, « en douceur, par consentement mutuel », Manu Chao se met à voyager en Amérique du Sud, où il va vivre quelque temps en Bolivie, au Brésil, au Mexique, puis à Cuba, pour terminer son périple en Europe, entre Madrid et Barcelone… Sans oublier de recueillir, au passage, les ambiances sonores des lieux visités, muni de son magnétophone. Des bouts de vie que l’on peut entendre entre chaque titre de l’album « Clandestino »

Lorsque Manu Chao songe à enregistrer un nouvel album en solo, il a en tête de ne plus se compromettre avec aucun label et, surtout, d’être le plus indépendant possible. Son expérience avec les labels discographiques n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. C’est pourquoi, en cette fin des années 90, il choisit de se tourner vers le milieu de la techno, une filière encore très marginale à ce moment-là, qui s’auto-organisait, afin de s’émanciper des contraintes de l’industrie du disque. 

Manu Chao se met donc en quête de mettre en musique le carnet de voyage qu’il s’est constitué au gré de ses pérégrinations, un projet musical qu’il qualifie lui-même de « techno hardcore », dans son petit studio installé à Sèvres, en banlieue parisienne. 

Un bug à l'origine de la chanson "Clandestino"

Seulement, la technologie étant ce qu’elle est dans ces années-là, une nuit, un bug informatique a supprimé toutes les parties techno des enregistrements qu’il avait effectués. Dépité, il fait appel à l’ingénieur du son Renaud Létang (pas encore très connu) qui travaillait alors avec Alain Souchon. Mis devant le fait accompli, ce dernier décide de mettre en relief les influences sud-américaines rapportées par Manu Chao, et de donner à l’album la forme que nous lui connaissons aujourd’hui sous le nom de « Clandestino »

L’album défendait la cause des populations déplacées et immigrées, sujet ô combien d’actualité aujourd’hui !… 

Vingt et un ans plus tard, « Clandestino » reparaît, enrichi de trois nouveaux titres dont une nouvelle version de la chanson-titre, retravaillée avec la célèbre trinidadienne Calypso Rose, féministe de première heure, et avec qui Manu s’est liée d’amitié lors du Carnaval de Trinidad. 

« Roadies Rules » est tiré des séances de « Clandestino » et a été retravaillé par les deux artisans sonores de l’album, Manu et Renaud Letang. Il s’agit d’un blues autobiographique à propos d’une pulsion suicidaire sur une route au milieu de nulle part. 

Enfin le troisième inédit, « Bloody Bloody Border », est une chanson originale interprétée en anglais. C’est un clin d’œil faussement joyeux à l’accent cowboy qui évoque les conditions épouvantables qui règnent dans les camps de migrants, à la frontière américano-mexicaine, en Arizona. Manu Chao l’a écrite en 2011 après avoir tourné dans cet état. 

Manu Chao : album « Clandestino » Édition limitée remasterisée. (Radio Bemba / Because). 

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