« Possible », comme un message envoyé à lui-même plutôt qu’aux artistes en devenir, ou qui aspireraient à devenir "quelqu’un" dans le monde de la musique.

Chaton dans une capture d'écran d'une vidéo d'une création dans l'émission Foule sentimentale
Chaton dans une capture d'écran d'une vidéo d'une création dans l'émission Foule sentimentale © France Inter

La possibilité de fait pour Chaton, est de parvenir à se faire écouter plutôt qu’entendre, en prenant la forme des chansons qui précisément ne sont faites que pour être entendues. Il y a dans ce ressort voulu aux effets pervers recherchés, quelque chose de proprement intelligent.  Prendre les outils du pire ou de la déviation pour en faire le meilleur. Comme si le félin nous indiquait à travers ses 10 chansons, l’état des lieux émotionnel d’un artiste revenu à peu près de tout. De l’illusion que procurent les mirages du show-bizness, aux travers d’une industrie musicale qui est tout sauf une industrie du risque. Chaton met le vers dans la pomme d’une chanson industrielle. Il nous dit que seule la poésie saura le sauver, tout en lui donnant une forme wharolienne, d’où l’utilisation de l’auto tune, outil bionique de réverbération, qui fait briller le rap et les musiques urbaines qui dominent le marché.

« Poésie » fut la première chanson de Chaton que nous avons découvert il y a quelques mois sur France Inter. Et qui illustre sous ses dehors avenant une sorte de spleen moderne. Une mélancolie teintée aussi d’un romantisme jusqu’au boutiste : J'ai pas le refrain qui en dit long /Seulement quelques mots brisés dans la gorge /Parfois j'ai besoin d'un sac en craft /Quand simplement respirer devient un effort /Et au bord de la faillite /Je continue d'écrire des poésies...

Chaton, comme les chats, a d’ailleurs déjà eu plusieurs vies artistiques. Une première dans le reggae sous le nom de Siméo. Puis une deuxième où les griffes du chaton se sont affûtées au contact d’artistes populaires pour lesquels il a écrit. La troisième vie qui nous occupe aujourd’hui, est née d’une fracture intime et physique. Une rupture du talon d’Achille qui l’immobilise, doublée d’une crise profonde d’identité qui lui fait écrire un versant 2.0 du « Allo maman bobo » d’Alain Souchon. Lettre à sa mère donc pour dire : Tes idoles je les connais, je bois du café avec elles, tu serais déçue si tu savais, c’est pas vraiment glorieux je t’assure, c’est pas beau une chanteuse maman, c’est pas beau… 

Chaton a été aussi  le résident dans foule sentimentale. Et il y a quelques semaines, il était soumis à un exercice particulier lors de notre célébration de mai 68. C’est aussi là où l’on peut capter la profondeur de l’auteur compositeur. A partir d’un slogan de mai 68, il a écrit une chanson sidérante de vérité et d’émotion.  « Vivre sans temps mort et jouir sans entrave »

Chaton montre aussi contrairement à ce que disent les cadors de l’industrie musicale que l’on peut commencer une carrière à 34 ans, puisque c’est son âge. Commencer ou recommencer. « Possible ». En fait cet album, c’est la chambre d’écho la plus puissante de notre époque. Un homme blessé, qui avance à ciel ouvert avec ses écorchures, un homme en proie à des instants de faiblesses qui ne veut en rien ressembler à l’homme moderne d’aujourd’hui. Le porteur en négatif des valeurs actuelles dont on sait qu’elles valorisent la rentabilité, les illusions de l’auto-entreprise startupienne, le pouvoir de l’égo-trip qui rayonne dans le rap. Chaton chante : le succès ça n’arrange rien à l’intérieur ... Et c’est extrait de son nouveau single qui vient d’entrer en Play List sur France Inter.

Chaton sera en concert dans le cadre du festival We Love Green dont France Inter est partenaire. Et comme l’écrivait Victor Hugo

Le possible est une matrice formidable 

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