« Nuits sans sommeil » est le deuxième album de Cléa Vincent dont elle est l’auteur compositrice et interprète.

Cléa Vincent, auteure-compositrice-interprète, en concert au festival australien So Frenchy So Chic 13 janvier 2019 à Melbourne.
Cléa Vincent, auteure-compositrice-interprète, en concert au festival australien So Frenchy So Chic 13 janvier 2019 à Melbourne. © Getty / Naomi Rahim

Michel Berger avait écrit dans un moment de sourd désespoir une chanson à l’adresse de Véronique Sanson qui s’intitule « Ce que la pop a fait d’une petite fille », y décrivant les ravages de la déviance de la culture pop sur une prodige de la musique. 

Lorsqu’on parle de Cléa Vincent, on est systématiquement ramené à Michel Berger et Véronique Sanson. C’est ainsi. Non pas pour évoquer la noirceur de leurs amours presque gémellaires, ou la plongée dans la mythologie sex, drogue & rock’n’roll de la Sanson française, mais plus pour caractériser chez Cléa Vincent, la précision méticuleuse qu’elle emploie pour réussir de vraies chansons pop bien charpentées comme le fit Michel Berger. 

Et aussi pour traduire ce lien indicible sur la liberté de l’ultra féminin qui défie le surpuissant masculin, qui fait de Cléa, une petite fille, sœur libellule de Véronique Sanson qui s’exprime dans ce nouvel album avec le titre « Sexe d’un garçon ». 

Cléa Vincent vient de l’école rigoureuse du conservatoire, de l’apprentissage du piano et du jazz, mais elle s’en est éloignée pour s’immerger à fond dans la pop. Que ce soit dans son esthétique ou dans sa raison d’être. Cléa Vincent évolue effectivement dans ce vaste champ de l’insoutenable légèreté de l’être. Avec elle on peut toujours sourire même lorsque c’est grave. Elle a imaginé son album comme une ballade entre le crépuscule et l’aube où les corps s’éveillent à la sensualité, au désir, et à l’envie de lâcher prise en goûtant aux psychotropes pour franchir la barrière de corail de la perception transcendantale. Jusqu’au moment où l’on a besoin de reprendre possession de son corps, de sa respiration, par le yoga. 

La voix de Cléa Vincent est acidulée, faussement ingénue, avec un arrière-goût de tristesse contemporaine. Quelque chose de la lumière rohmérienne des nuits de la pleine lune. Des couleurs de Mondrian pour masquer la peur de ne pas connaitre l’amour. Cléa Vincent restitue parfaitement les amours impossibles de top 50 à travers « Maldonne » qu'elle partage en duo avec Voyou

On l’aura compris, Cléa Vincent, fait bien partie de cette nouvelle génération qui ne met plus de hiérarchie entre la culture populaire et une chanson qui se doit d’être exigeante. La preuve avec le titre « Femme est la nuit » de Dalida. Et Cléa Vincent d’en faire une version presque comateuse, ressuscitant l’esprit des jeunes gens modernes, ce que Daho qualifiait de: armée de romantiques avec une esthétique de la désillusion.

Dans les Inrocks de cette semaine, Sophie Rosemont consacre un très joli portrait à Cléa Vincent.  Un de ses fans autoproclamés, le réalisateur et acteur Félix Moati, dit dans l’article, être très ému par la chanteuse : 

Elle est singulière car elle capte très bien le souvenir amoureux par des symboles, des métaphores... Quand je l’écoute, j’ai l’impression qu’elle s’adresse à moi. 

C’est exactement ce qui se passe dans le deuxième album de Cléa Vincent qui nous renvoie à la phrase du philosophe français Maurice Blanchot

là où la légèreté nous est donnée, la gravité ne manque pas

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.