« J’ai toujours cherché la reconnaissance, l’attention. Je voulais occuper le devant de la scène, faire carrière, transcender ma vie grâce à mon art. J’assume à fond mon désir de succès...»

Eddy de Pretto lors de la soirée des Victoires de la musique le 9 février 2018
Eddy de Pretto lors de la soirée des Victoires de la musique le 9 février 2018 © Getty / Marc Piasecki

Pour arriver à ses fins, inutile de vous préciser qu'Eddy de Pretto n’a pas choisi la voix de la neutralité ou du « ni ni » ou encore du « en même temps » qui fait souffler un vent nouveau sur notre pays. Eddy de Pretto, c’est l’histoire d’un garçon de 25 ans qui a mis tous ses désirs contrariés dans sa musique ambivalente et dans ses mots perçants et saignants comme un couteau sur une peau vierge pour exprimer, bravache à la face de notre époque, son besoin d’exister dans sa singularité. C’est aussi un message pour cette jeunesse de France, qui cherche ses repères. Affirmer que l’on peut être certes perdu, ou même avoir peur de la dilution sociale, mais que pour avoir une chance de se trouver, il faut revendiquer ce que l’on est, d’où l’on vient et d’où l’on chante. 

Cette hybridation dont Eddy de Pretto est aujourd’hui l’emblème le plus saillant, c’est le reflet d’un vécu qui ne se dissimule pas. Il y a chez lui quelque chose de viscéralement ancré dans la violence d’une utopie perdue, celle de l’esthétique des banlieues dont il est un enfant légitime. Des villes modernes tatouées de « nique ta mère », et qui sans pitié crient « pédé » à la moindre faiblesse. Des banlieues qui avaient pourtant l’outrecuidance de s’appeler Créteil Soleil ou Beaulieu.

Sur l'album "Cure ", il y aussi une chanson qui ressemble à un petit chef d’œuvre. " Normal " une chanson d’amour, qui sur un rythme cardiaque, comme un match sur un ring de désirs effrontés, fait boxer Eddy avec un amoureux, garçon de passage, un bel assassin référence à Jean Genet.

Eddy de Pretto miroir inversé de Genet pourrait valider les mots du poète du condamné à mort :  J'arrive dans l'amour comme on entre dans l’eau, /Les paumes en avant, aveuglé, mes sanglots / Retenus gonflent d'air ta présence en moi-même / Où ta présence est lourde, éternelle. Chez de Pretto on écoute la même plainte, comme un cri de chien perdu et désirant...

On  a beaucoup dit que ce jeune auteur-compositeur-interprète faisait de la question du genre le centre de son inspiration.  Le genre et par extension l’idée de normalité. Le fait d’être toujours désigné pour et par sa différence, de naviguer dans un mode de vie et une société hétéronormée conditionne forcément le travail sur sa propre intériorité. Vincent Van Gogh disait : la normalité est une route pavée : on y marche aisément mais les fleurs n’y poussent pas... C’est précisément cette fleur sauvage ou cette soi-disant mauvaise herbe qui fait la grandeur du style de Pretto.

N’allez pas croire pour autant que l’album d’Eddy de Pretto ne soit qu’une succession de plongées dans les abysses de la désespérance, du sexe kleenex ou de la drogue en descente. On le sait aussi il y a une forme de romantisme absolu dans la musique et l’écriture de Eddy. Et en prime de l’humour et de la distance comme dans une version 2.0 du chanteur de Balavoine devenu « Ego » il y aussi les interrogations d’un jeune homme de son temps happé entre les attractions désastres de Tinder et le miroir aux tentations des sextos.

Car oui Eddy le chante : Il manque souvent cette audace /Des prises de position classes /Avec des « je t’aime » efficaces /Sans les « je te baise à la ramasse.  Il me manque ce petit tact /De sûr de soi pour que ça marche. C’est peut-être vrai en amour, mais dans sa musique c’est absolument l’inverse. Tout est dit, c’est l’audace, les je t’aime, les positions classes, et le tact pour que ça marche. 

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