Depuis vendredi dernier, Didier Varrod revient pour clôturer la semaine en musique, pendant ces temps de confinement sur France Inter. Son coup de cœur est "Braquage", le premier album de Marie-Flore.

Marie-Flore, auteure compositrice interprète, avec "Casse toi" extrait de son album "Braquage".
Marie-Flore, auteure compositrice interprète, avec "Casse toi" extrait de son album "Braquage". © Capture d'écran/YouTube/Site officiel de Marie-Flore

Braquage à cœur armé, il fallait oser, Marie-Flore l’a fait. Rarement dans un premier album on aura écouté autant d’audaces et d’allant pour exprimer les turpitudes du transport amoureux. 

Douze chansons, comme douze instantanés de la cartographie passionnelle d’une femme d’aujourd’hui, littéralement possédée par l’amour, qui en visite tous les reliefs, et les pulsions parfois assassines. 

Comme dans cette chanson « QCC », acronyme énigmatique en 3 lettres, où le Q, 17ème lettre de l’alphabet, comme par hasard mène la danse en homonymie avec le cul qui ne fait pas dans la dentelle lorsque Marie-Flore écrit à celui qui vient de la plaquer : 

Qu’est-ce que tu veux ? une médaille ? Pour moi t’es qu’un détail. Une pipe de plus que j’taille ». 

Dans nos cœurs saisis à blanc c’est l’automatique arrosage. La crudité change de rive. Du hip hop, elle revient à la pop comme lorsque Gainsbourg faisait rimer Love on the beat. 

Marie-Flore, 32 ans, auteure compositrice interprète, échappée du conservatoire déboule dans le territoire de l’électro pop, détrempée par les ravages de l’amour. 

S’il est vrai que parfois la soumission désarme la colère, Marie-Flore, n’hésite pas non plus à rallier Auguste Conte dans l’idée que la soumission peut être aussi la base du perfectionnement et de la douce revanche.

Marie-Flore, c’est aussi cette voix très singulière, à l’intonation sensuellement désœuvrée. Quelque chose aussi de rond et de détaché qui marque l’extrême caractère libertaire et libre de l’artiste. 

Amoureuse, ascendant féministe, elle se livre dans l’exercice périlleux de la chanson plus classique, et transcende la langueur naturelle de la pop sentimentale, en ballade vénéneuse et sulfureuse. Attention frissons : 

Voilà ce qu’est Marie-Flore. Une femme qui sait que plaire aux hommes est un art compliqué, qui demande qu’on gomme tout ce qui relève de la puissance patriarcale. Et qui en reprenant les armes du langage masculin, retrouve l’intégrité de sa séduction. 

Marie-Flore est donc camp, une fille intrigante, belle sans être fatale, sexy sans être arrogante, femme puissante sans être femme phallique. Elle aime les cigarettes, la nuit, Biolay, Gainsbourg Damso, Lomepal, Emilie Dickinson poétesse américaine que l’on pourrait ainsi paraphraser 

Se charger à l'extrême comme le tonnerre. Et puis, alors que toute chose se terre, éclater grandiose/Voilà ce que serait la poésie

Voilà ce qu’est donc aujourd’hui Marie Flore, des mots d’une poésie crue qui inventent un style. 

Marie-Flore : "Braquage" (label Six et Sept)

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