Le rappeur Rocé est le concepteur de la compilation “Par les Damné.e.s de la terre, des voix de luttes 1969-1988” qui réunit 24 chansons francophones issues des 4 coins de la planète.

Francis Bebey, chanteur camerounais, musicien et écrivain, qui apparaît sur la compilation "Les Damné.e.s de la terre"
Francis Bebey, chanteur camerounais, musicien et écrivain, qui apparaît sur la compilation "Les Damné.e.s de la terre" © Getty / Frans Schellekens, Redferns

Rocé est d’origine algérienne par sa mère et argentin par son père, le résistant et anticolonialiste Adolfo Kaminsky, lui-même d’origine russe. 

Rocé justifie cette aventure en expliquant qu’il fait partie de cette génération qui a vu naître le rap français, et avec lui l’énorme engouement pour cette musique des enfants de la deuxième et troisième génération d’immigrés. Il a donc voulu creuser au-delà du rap, fouiller les artistes de la langue française qui véhiculent ce qu’il appelle la poésie de l’urgence, la poésie à fleur de peau, engagée malgré elle, parce que le contexte ne lui donnait pas le choix, c’est-à-dire la poésie des « damné.e.s de la terre »

Dans l’ombre des chanteurs à texte qui sont médiatisés, existent aussi des femmes et des hommes devenus artistes juste le temps d’un disque, comme ce Péloquin, un chanteur, poète et écrivain québécois – auteur du célèbre « Lindberg » pour Robert Charlebois - qui avait écrit cette chanson « Monsieur l’indien » en 1975. 

Le contexte actuel des migrations et des questionnements identitaires donne une résonance toute particulière à cette compilation... Pour Rocé, ce projet musical qui se veut aussi patrimonial, répond surtout à un besoin : donner et redonner la voix aux nouvelles générations qui évoluent en France avec une absence d’identification, un oubli de l’histoire de leurs parents dans le paysage politique et culturel qu’elles traversent en grandissant. 

La compilation « Par les Damné.e.s de la terre » écrit une autre histoire de la musique en français, à la jonction des luttes de libération des pays d’origine, des luttes ouvrières ou des exils. A ses yeux, il importe « de transmettre ces moments de tous les possibles afin d’en imprégner la morosité dans laquelle grandissent les nouvelles générations ». 

Parmi les artistes présents sur la compilation, citons pêle-mêle le burkinabé Abdoulaye Cissé, qui dans les années 1970, était devenu le chef d’orchestre des chorales révolutionnaires à l’époque du président anti-impérialiste Thomas Sankara assassiné en 1987 ; le camerounais Francis Bebey ; le gabonais Pierre Akendengué ; la star algérienne Slimane Azem ; Colette Magny, une rebelle notoire qui fut de tous les combats politiques et sociaux ainsi que le bénino-togolais Alfred Panou, découvert par le producteur Pierre Barouh qui l’avait signé sur son label Saravah. En 1970, il interprète « Je suis un sauvage », considéré comme le premier morceau de slam enregistré en français, accompagné par le Art Ensemble of Chicago, un groupe de free-jazz qui se trouvait à l’époque en résidence à Paris. 

« Par les Damné.e.s de la terre » compilation de 24 titres compilés par Rocé (chez Hors Cadres / Modulor). Un livret de 40 pages accompagne ce disque, très richement documenté, à la fois sur les luttes qui ont été menées durant l’histoire et sur les artistes présents sur le CD.

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