Dans la playlist de France Inter Matthieu Conquet nous présente une musicienne un peu chamane : La Chica.

 “La Loba” de La Chica
“La Loba” de La Chica © Adriana Berroteran

« Somos la e », nous sommes l’énergie. C’est par cette chanson, « 3 » soit le triangle, celui de pyramide, que commence l’édification du nouvel album de La Chica, qui sort aujourd’hui. 

Je devrais dire mini-album puisque ce sont seulement 7 compositions, 7 pistes, mais ces 22 minutes de musique, de chanson, de piano et de textures croisées forment un tout si cohérent et dense qu’on trouverait presque dommage de le réduire, de le « mini-miser ».

Alors trois c’est la figure du triangle et si la Chica apparaît sur la pochette avec de petites pyramides noires dans les mains, c’est qu’elle souhaitait souligner le chamanisme moderne qui traverse sa musique, à commencer par son piano. 

Comme les touches du clavier en noir et blanc, Sophie Fustec, alias La Chica, est partagée entre d’un côté l’Amérique du Sud (le Venezuela, le Mexique) et de l’autre la France, entre sa formation de pianiste classique de l’autre la musique pop, électronique, contemporaine qu’elle joue depuis des années. 

Qu’elle soit seule, en son nom La Chica ou dans les 3SomeSisters, le groupe très théâtral dont elle faisait partie (et que vous avez peut-être entendu aux côtés de Yaël Naïm) les harmonies vocales baroques et le piano classique ne la quittent jamais tout à fait. 

Elle a souvent dit sa passion pour Debussy et ses couleurs harmoniques (la Suite Bergamasque, Arabesques, Doctor Gradus ad Parnassum ont été selon elles de véritables révélateurs) et même de façon très concrète : 

Si vous la jouez, c’est une musique qui procure, dans les mains et les avant-bras, des sensations puissantes » 

L’élégie c’est d’abord un genre poétique, et sans faire exactement de vers qui alterneraient entre hexamètres et pentamètres, il y a chez La Chica comme une brume, une plainte douloureuse, qui enveloppe tout le chant. 

L’année 2020 a été éprouvante pour beaucoup, elle s’avère particulièrement chargée et charnière pour La Chica qui a perdu deux oncles, trois amis et surtout un frère, son petit-frère mort après un accident au Mexique cet été.

Aussi quand elle travaille et compose à partir de la légende mexicaine de La Loba (la louve) qui ramasse des os pour rendre vie à un corps éteint, La Chica trouve là une résonnance directe. Et toutes les chansons suivantes de s’accorder autour de ce thème. 

« La Loba », c’est le titre de ce « grand mini album » et c’est la chanson que je vous propose d’écouter. Passer de la colère à la lumière, redonner de la vie et du courage, c’est tout que j’y ai entendu. La Chica, elle, y voit surtout un chant féministe. A chacun sa louve. 

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