Le jeudi, c’est Éric et Quentin, et le duo se souvient de la bande originale du film de Mathieu Kassovitz, "La Haine", qui, 25 ans après sa sortie est toujours d'actualité.

"La haine ", film de Mathieu Kassovitz avec Vincent Cassel, Hubert Koundé et Saïd Taghmaoui  en 1995.
"La haine ", film de Mathieu Kassovitz avec Vincent Cassel, Hubert Koundé et Saïd Taghmaoui en 1995. © AFP / CANAL+ / COFINERGIE 6 / COLLECTION CHRISTOPHEL

Quentin : Éric, les images font la une des médias, les Etats-Unis s'embrasent à la suite de la mort de George Floyd, tué par un policier dans la ville de Minneapolis dans le Minnesota.

Éric : Oui, il s'agit d'une énième bavure policière et surtout un événement terrible qui trouve un écho important dans la culture hip-hop et le rap.

Q : Effectivement aux Etats-Unis le mouvement Black Lives Matter, traduit par "La vie des noirs compte" est porté depuis plusieurs années par des artistes tels que Beyoncé, Rihanna, Kendrick Lamar ou encore Jay-Z et en France, le rap s’est lui aussi à une époque engagé contre les violences policières.

E : Je suppose que tu veux parler de la bande originale créée pour le film La Haine de Mathieu Kassovitz qui est sorti il y a 25 ans et dont l'histoire débute le lendemain d'une nuit d'émeute en banlieue. 

Q : Mais attention la BO de La Haine n’est pas un simple brûlot musical anti-flics, les groupes de rap présents sur ce disque ont réussi à faire de leurs chansons une véritable analyse sociologique des problèmes dans les quartiers, décrivant une réalité extrêmement dure, réalité qui conduit parfois à la triste dérive des violences policières.

E : Alors sur la BO, je vois de grands groupes de rap tels que IAM, Ministère A.M.E.R. ou encore Expression Direkt.

Q : Oui, Expression Direkt avec Dealer pour Survivre, le titre de la chanson veut tout dire.

E : Dealer pour survivre, tel est le chemin prit par les crapules des tés-ci, les cités, dealer pour survivre, tel est le chemin prit par ceux qui veulent nourrir leur mi-fa, leur famille.

Q : Un quotidien âpre décrit par ces paroles, quotidien duquel on a parfois envie de s’échapper, c’est ce que racontent les Sages Poètes de la Rue avec Bons Baisers du Poste, morceau mythique de la BO.

E : Menottes et claques ça fait cher le pack de bière.

Q : Oui, dans le ghetto, même lorsqu’on a envie de s’évader un peu pour fuir la réalité, la police, parfois, nous en empêche.

E : Une pression constante qui peut mener à l’irréparable.

Q : Oui, effectivement, c’est ce qu’on appelle malheureusement une bavure policière, c’est ce qui est arrivé à George Floyd aux Etats-Unis, étouffé par le genou d'un policier. Dans la BO de La Haine c’est Rockin Squat, le chanteur d’Assassin qui parle de bavure à travers la figure de Malik Oussekine, jeune étudiant frappé mortellement par des policiers lors de manifestation en 1986.

E : La chanson s’appelle L’État Assassine, c’est clairement l’État le responsable ici. 

Q : Oui, car pour le cas Malik Oussekine les policiers ont été jugés et condamnés mais sans peine de prison ferme. Pour George Floyd aux Etats-Unis, le policier en question a été condamné pour l'instant pour homicide involontaire. Les violences exprimées dans la rue ou par des textes crus dans le rap sont tout simplement l’expression d'un désir de justice équitable.

E : Pas de paix sans justice comme on dit, c’est ce que les artistes présents sur la BO de La Haine ont voulu signifier.

Q : Oui, chacun à leur manière, on se souvient notamment de Ministère A.M.E.R. et du morceau Sacrifice de Poulet présent sur la BO de La Haine qui lui avait valu une interdiction de réédition.

E : Ah, c’est pour ça que ma mère ne trouvait plus la BO alors qu’elle avait adoré le film La Haine.

Q : Voilà c’est pour ça. On va terminer avec un titre de cette BO, c’est MC Solaar qui raconte un peu tout ce que l’on vient de dire, comme si l’on était dans un film de John Woo.

E : Malheureusement, tout est de la réalité et non pas de la fiction.

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