Le groupe pop emmené par Pierre Guénard reviendra à la rentrée avec un nouvel album mais aujourd’hui sort un premier titre qui annonce la couleur.

Radio Elvis revient avec un nouveau single
Radio Elvis revient avec un nouveau single © AFP / THOMAS SAMSON

Et quelle couleur, puisque ce premier titre met nos sens en alerte et provoque une sensation gratifiante quand on aime comme moi, depuis ses débuts la musique du groupe Radio Elvis. Il se trouve qu’en une seule chanson qui annonce le cap difficile du deuxième album on ne parlera plus de Radio Elvis autrement qu’en parlant d’un style. Et depuis que le romantisme est né on sait que le style est l’homme. Ici le style est le groupe. Fini donc les étiquettes toujours embarrassantes à la longue pour expliquer que Radio Elvis c’est du rock à la croisée de la chanson et de la pop. Qu’il y a un peu de Dominique A et de Bashung dans le même lit. Non c’est du Radio Elvis. Du Radio Elvis qui définit un style. Et ce style est toute l’expression de ce qui se passe au cœur de la psyché du groupe, de toutes ses idées, de ses hallucinations, de ses rêveries, de ses écarts d’imagination, de ses vertus, et de ses souvenirs parfois blessés qui forgent une l’identité. « Ces garçons-là » titre du premier single raconte tout ça…

Une chanson évidemment portée par la voix du chanteur Pierre Guénard.

Et cette voix Hélène c’est quelque chose de rare aujourd’hui. Cette voix, c’est un corps longiligne, droit et présent qui structure la chanson. Voix timbrée qui pose le décor, et qui dans sa façon d’interpréter donne du grain à chaque mot. Masculinité qui trouble tout ce qu’elle touche, fragilité induite qui s’évapore de son corps d’éphèbe de beau Brummell rock, Pierre Guénard affûte son charisme rien qu’en chantant. Ce qui est assez rare pour être souligné. 

Mais Radio Elvis c’est aussi cette combinaison miraculeuse avec ces deux autres garçons Manu Ralambo à la guitare électrique et à la basse, et Colin Russeil à la batterie et au clavier. Ensemble, ils forment un trio qui est aussi ce triangle parfait, symbole de stabilité et de puissance. Cette puissance qui était déjà là dans leur premier album « les conquêtes » où il était toujours question de souffle, de ruée, et de mouvement saisonnier

« Les moissons » titre extrait du premier album de Radio Elvis. Un album qui leur offrira aussi une victoire de la musique en 2017 dans la catégorie « album révélation » et que l’on avait retrouvé cette année dans l’album tribute de Yves Simon . La revisite de Manhattan était l’une des plus belles réussites de "Tribute"

Radio Elvis même réussi à faire basculer Yves Simon dans une « Sergent Peppperisation » du titre qui est aussi une des marques de fabrique émotionnelle du groupe. Des français qui intègrent naturellement cette culture pop européenne. 

De Pasolini à Burroughs

Dans leur nouveau single on plonge dans la mythologie inconsciente des ragazzis de Pasolini, ou celle des garçons de Mauro Bolognini. C’est aussi un paysage mental qui appartient à la nature même de la mystique rock’n’roll. Celles des garçons sauvages de William Burroughs plus désaxés.  Mais c’est surtout celle de l’initiation des rebelles sans cause qui sortent de l’ordinaire par leur singularité. Ici la singularité c’est celle d’un jeune homme ordinaire qui cherche son identité et qui va la trouver par l’écriture, force émancipatrice ultime.
C’est toujours cette même histoire qui de Edouard Louis aujourd’hui à Rusty James dans les années 7O rappelle qu’en écrivant, on ramasse tout ce qui traîne dans la langue pour en faire un champ de bataille. En composant la chanson en une forme de diptyque abrasif, Radio Elvis réussit musicalement à traduire ce rite de passage. De l’innocence adolescente à la lucidité adulte, de la pop solaire au rock fiévreux. Avec à la manœuvre aux arrangements de cordes ruisselants et infectieux Rémy Galichet et au mix aérien Pierrick Devin.

Ce nouveau titre de Radio Elvis électrise notre mémoire adolescente, c’est de la pop en feu qui nous rappelle aussi ce passage dont l’entrée nécessite l’accomplissement de rites, de séparation de l’enfance asexuée pour être agrégé au monde adulte, sexué et désirant. Radio Elvis illustre aujourd’hui magistralement ce rite de passage. Inutile de vous dire qu’on attend la suite avec beaucoup d’impatience.

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