Sur les traces du passé de Las Maravillas de Mali, Richard Minier a filmé, réenregistré des nouvelles versions de « Africa Mia », et réédité l’unique album du groupe produit en 1967.

Boncana Maïga, musicien, seul membre restant et actuel de la formation originelle de Las Maravillas de Mali à Jazz in Marciac le 8 août 2018.
Boncana Maïga, musicien, seul membre restant et actuel de la formation originelle de Las Maravillas de Mali à Jazz in Marciac le 8 août 2018. © Maxppp / SEBASTIEN LAPEYRERE/PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI

Lorsque le Mali accède à l’indépendance en septembre 1960, son président Modibo Keita ambitionne de promouvoir l’émancipation du pays face au modèle colonial français en créant un répertoire original qui s’inscrirait dans la modernité tout en puisant dans le vivier très riche de la tradition malienne. 

C’est ainsi qu’en 1963, en pleine guerre froide, dix jeunes étudiants maliens sont invités à aller suivre une formation musicale à La Havane. C’est le temps des « amitiés communistes » entre l’Afrique des indépendances et le Cuba révolutionnaire de Fidel Castro et du Che

Ils intègrent tous le conservatoire Alejandro Garcia, où ils ont pour professeurs les plus grands maestros du pays, dont Rafaël Lay, le prince de l’aragon,  et prennent alors le nom de Las Maravillas de Mali… 

La réputation des Maravillas de Mali va très vite dépasser les frontières de son pays d’origine et de Cuba, pour embraser toute l’Afrique ainsi que la communauté afro-cubaine installée au sud-est des États-Unis. Hélas, cette belle aventure musicale va prendre fin le 19 novembre 1968. Ce jour-là, un coup d’état renverse le président Keita et installe un lieutenant qui prend la direction du pays. C’est bien sûr une toute autre ambiance qui y régnera désormais. Sentant que l’avenir du groupe est compromis, Las Maravillas de Mali qui n’était jusque-là qu’un groupe de scène, décide de graver pour la postérité leurs chachachas, leurs guarachas, leurs son-montunos et autres boléros de toute beauté. 

C’est cet album, « Africa Mia », qui fut réédité le 3 mai dernier. Aux côtés des chansons originales datant de l’âge d’or du groupe, quelques titres ont été réenregistrés récemment par des artistes africains contemporains (en l’occurrence Mory Kanté et Ina Modja), et d’autres qui ont fait l’objet de remixes discutables, et que nous laisserons à l’appréciation des auditeurs... 

Après le coup de force militaire, les Maravillas de Mali décident de rentrer au pays. Désormais associé à l’ancien régime, le groupe sera aussitôt dissous. 

C’est le musicien et documentariste Richard Minier qui a ressorti ces légendes des oubliettes de la mémoire collective. On lui doit cette laborieuse reconstitution de longue haleine qui a consisté à parcourir pendant vingt ans le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Niger et Cuba pour retrouver les membres de ce groupe mythique. Cinquante plus tard, sur les traces du passé de Las Maravillas de Mali, Minier a filmé, réenregistré des nouvelles versions de « Africa Mia », et réédité l’unique album du groupe produit en 1967. 

« Africa Mia », c’est aussi la bande originale d’un documentaire de 90 minutes qui sortira dans le courant du mois de mai et qui raconte cette fabuleuse histoire commencée dans ces années bénies, au temps des échanges entre l’Afrique et Cuba… 

S’il fallait retenir un seul titre parmi ceux enregistrés par Las Maravillas, ce serait « Rendez-vous chez Fatimata », l’hymne qui les a fait connaître dans toute l’Afrique de l’Ouest et qui reste encore aujourd’hui un tube joué dans toutes les fêtes africaines… 

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