Nous sommes les survivants, les rescapés…Nous sommes l’urgence, l’urgence : le moteur sans mélange de Miossec.

Miossec aux Vieilles Charrues en 2014
Miossec aux Vieilles Charrues en 2014 © Getty / Erick James

« Nous sommes »... Un titre court, aux contours lapidaires, l’art de la concision dans lequel Miossec excelle toujours, avec cette adresse à la fois collective et autobiographique, qui fait de lui le porteur décisif des états d’âme de sa génération, mais qui sait pertinemment toucher le cœur des hommes dans ce qu’il a de plus universel.

Miossec revient avec « Les rescapés », un nouvel album deux ans à peine après « Mammifères » qui sonnait comme une reconstruction personnelle et artistique. 

Miossec déjà, mais je dirais comme toujours, a eu ce besoin impératif de remettre son titre en jeu. Changement de label, d’équipe, et de musiciens. La mort du grand Remy Kolpa Kopoul, le deuil donc, puis une rupture amoureuse, doublée assez vite d’un coup de foudre ont fait leur ouvrage. Une révolution intime et extérieure.  « Mammifères » offre à Miossec l’occasion de revenir à l’essence de son métier. Le blues Tzigane et les accords rock’n’roll et toniques d’un accordéon feront le reste, avec surtout le plaisir retrouvé de renouer avec les petites salles, la proximité, la sueur, la vérité...

C’était aussi la conséquence de la période traversée par les attentats.  « Vu ce qui s’est passé, je ne me voyais plus sur scène avec des barrières de sécurité, un gros son et des jeux de lumière. Il fallait se tenir chaud, chercher la proximité. » dira Miossec au journal Le Monde. 

Le traumatisme est toujours là, mais Miossec aujourd’hui, poursuit sa quête de vérité

Il est toujours ce chercheur d’organique, il est plus que jamais l’homme qui imagine ses chansons à l’os. Il balaye le superflu, les effets jolis, et ne privilégie que le muscle de ses compositions. Le nouvel album se construit peu à peu, en trois périodes, de Brest à Paris. A Brest se dessine la tonalité fondatrice du disque. Des claviers et surtout une boite à rythme italienne, une Elka, du matériel d’avant les programmations, mais qui donnent cette impérieuse nécessité d’offrir un feu intérieur aux chansons. Ça groove chez Miossec comme jamais.  Et puis il y a les textes et la voix de Miossec. C’est Bashung déshabillé de ses costumes de métaphore. Forcément, ça brûle mais c’est utile. On retrouve toujours cette bouleversante urgence doublée d’une lucidité confondante. Miossec chante pour tout dire. Et écrit quelques-unes de ses meilleures chansons.

« Je suis devenu » très subtil autoportrait sans concession, mais paradoxalement très printanier dans sa tonalité. Le bel âge que chantait Léo Ferré, avec Miossec, c’est la cinquantaine. Il y aussi « On meurt », « La mer », « La vie sentimentale » et un sommet absolument saignant, saillant, poignant, la meilleure chanson de Miossec depuis « La fidélité ». Une chanson qui s’intitule précisément « Les infidèles ».

Mais en attendant de vous faire découvrir ce disque qui fera date dans le parcours de Miossec, revenons à « Nous sommes », pavé déterré, hymne aux rescapés, aux survivants d’une époque qui n’a pas connu la guerre militaire au sens strict, mais une succession de guerres intimes, de la maladie aux terrorismes, de la crise d’identité aux épuisements dus à la désillusion qui a fabriqué tant de désespérance.

« Les rescapés » : un grand disque pour tous les réparés de la terre. Un album dont Miossec dit qu’il s’en sent pleinement responsable. Rendez vous cet automne.

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