Toujours impossible de sortir de l'espace Shengen mais, on traverse quand même la Méditerranée, direction le Maroc, Casablanca avec Meryem Aboulouafa, une jeune femme qui bouscule les frontières entre orientalisme et modernité.

Meryem Aboulouafa - Deeply (Official Video) le 29 mai 2020.
Meryem Aboulouafa - Deeply (Official Video) le 29 mai 2020. © Capture d'écran/YouTube/Site officiel de Meryem Aboulouafa

C'est une des chansons que Meryem a composée à la guitare, seule, dans sa chambre, elle était alors inspirée par le rock anglais de Pink Floyd, son père en était fan et par la chanson française.

Jusqu'il y a peu, cette jeune marocaine enseignait l'architecture d'intérieur, elle avait même monté sa propre entreprise mais la musique rôdait autour d'elle, depuis trop longtemps.

Et pourtant, il lui a fallu du temps pour faire sonner les choses au plus juste, pour mûrir ses intuitions et accueillir les accidents et les rencontres.

Et des rencontres, il y en a eu pour que ce premier album aussi envoûtant qu'étonnant voit le jour, 

La première, c'est avec un label français, Animal 63 qui héberge The Blaze, ce duo de cousins qui met des images sur l'électro et le rappeur lover, Myth Syzer.

Comme ça, pas forcément de rapport avec les mélopées digitales de Meryem si ce n'est la même indépendance farouche. 

« Say The Truth And Run », avec le vibrato délicat de Meryem Aboulouafa, un des premiers titres produits par Maxime Daoud et Para One qui signe les BO de Céline Sciamma, 

Des titres qui se sont affinés avec la complicité de Keren Ann, grande sœur musicale attentive qui va aider Meryem à agencer son répertoire, pour créer le plus bel espace possible, susceptible d'accueillir cette musique hybride, si particulière, comme si Kate Bush s'était installée dans la Medina.

Une musique par laquelle on a envie de se laisser porter, il y a quelque chose d'alangui dans sa poésie, de voluptueux dans ses arrangements, de nostalgique mais sous-tendue par une exaltation toute orientale.

« Ya Qalbi », reprise d'un traditionnel algérien, seule incursion orientale réellement affirmée de son premier album tout simplement intitulé « Meryem ».

Onze ballades interprétées en arabe et en anglais car Meryem tient à ce que ses chansons intemporelles passent au-delà des frontières.

Et elle a beau apparaître voilée, en costume traditionnel dans un de ses clips, sa proposition musicale s'appuie sur des sons et une réflexion résolument moderne.  

Cette diplômée de l'Ecole Supérieur des Beaux-Arts de Casablanca est une passionnée d'art, c'est une amoureuse de la peinture italienne, son inspiration est avant tout picturale, voire parfois radicale comme lorsqu'elle évoque sa fascination pour l'exposition itinérante et controversée « Real Bodies » qui donnait à voir des cadavres.

La mort, la prière, l'acceptation de soi, l'amour... Meryem Aboulouafa chante tout cela, loin de la world music ou du folklore mais dans un nouveau langage qu'on est heureux de découvrir.

Meryem Aboulouafa - "Meryem". Label Animal 63

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