Depuis sa sortie le 16 février dernier, le nouvel album de Grand Corps Malade ne quitte pas le sommet du top album.

Grand corps malade en février 2018
Grand corps malade en février 2018 © Maxppp / PHILIPPE PAUCHET LA VOIX DU NORD

C’est toujours difficile d’analyser un tel succès mais ici, il se conjugue sans nul doute à une prime à la longévité artistique (12 ans et six albums studio tous différents) ce qui est devenu une denrée rare.  Le succès de Grand Corps Malade c’est avant tout une conviction : cette façon de ne jamais s’être déjugé, d’avoir réussi à faire du slam un art véritablement populaire et d’avoir su lui donner une extension musicale hybride, entre chansons, pop, électro, hip-hop, bref, de faire de son propre genre musical un genre à part entière. 

Mais surtout, Grand Corps Malade, c’est l’histoire d’une fidélité à sa passion pour la poésie contemporaine

Lui qui n’a de cesse de répéter que ses Baudelaire, Verlaine, Victor Hugo à lui, ce sont Renaud, Brassens, Barbara et autre Brel, ces maîtres de mots qu’il avait déjà célébré dans le précédent album

Ces poètes chanteurs  qu’il continue à honorer dans son dernier album avec une chanson qui élève la nostalgie au rang de sentiment constitutif de la personnalité, sans pour autant en faire une maladie dégénérative. C’est aussi l’idée d’un homme qui peu ou proue affirme être au beau milieu de son existence

Grand Corps Malade c’est aussi ce personnage qui au-delà de la chanson, a su faire partager un autre regard sur le handicap et avec cette vision qui n’appelle jamais à la compassion. Qui exprime le monde et ses vicissitudes dans une droiture qui n’a pour le coup besoin d’aucune béquille : revendiquer un volontarisme, faire preuve d’un humour face aux situations désespérées ou décourageantes et avec cette extrême politesse de celui qui considère que la notoriété n’autorise pas tout. 

Grand corps Malade est un humble partageur d’expérience, qui pourtant nous indique qu’il ne faut jamais être humble face aux accidents de la vie

Après le succès de son film « Patients » il enfonce le clou en portant au sommet de l’ambition la valeur des " Plans B ". Dans une société qui ne reconnaît que les gagnants et désigne avec affliction les perdants, Grand Corps Malade redessine un projet de société où chacun peut trouver sa juste place. On peut avoir des tas de moyens de rêver sa vie, on peut aussi souffrir d’avoir des rêves qui ne se réalisent pas. Ce n’est pas une raison pour autant de refuser de croire que le rêve n’a qu’une issue. 

Grand Corps Malade c’est aussi un artiste engagé et qui une fois de plus le prouve dans ce nouvel album, mais là encore, l’engagement est dénué de toute leçon de morale. Aujourd’hui, on ne compte plus les chansons sur les réfugiés. C’est peut-être un moindre mal pour nous déculpabiliser de cette honte humanitaire. Grand corps Malade à la encore choisi le bon angle de vue. Dans sa chanson « Feu Rouge » il met en collusion le vécu d’un homme citoyen d’ici, aux prises avec ses propres préoccupations quotidiennes, et le récit d’une réfugiée syrienne qui de son déracinement déroule sa vie de femme qui n’était pas programmée pour subir les blessures de guerre que sont l’indifférence, l’ignorance et la peur de l’autre. Elle n’a pas choisi d’être là ; Grand Corps Malade nous le rappelle et il lui redonne une part de son histoire

Et puis sur l'album " Plan B " il y a cette chanson au-dessus des autres... il a d’ailleurs suffit que Grand Corps Malade l’interprète une seule fois en télé à 1 h du matin chez Laurent Ruquier pour que la chanson, non programmée pour être un single, devienne l’emblème de cet album. Une chanson bouleversante dictée par son amoureuse et qui est l’occasion de lui faire une déclaration d’amour qui dure. La chanson est portée par la guitare du prodige Bruno Dias. La chanson soigne de cette étrange angoisse chantée jadis par Gréco dans « Je hais les dimanches ». Elle fait étrangement écho aussi à Renaud qui avec les " Dimanches à la con " nous offrait sa belle vision de la nostalgie. 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.